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SAQ: les limites de la performance

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Marlon E

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En début de semaine, une nouvelle étude est venue mettre sur le tapis l’enjeu de la performance de la SAQ. Nous sommes habitués de lire les jugements péremptoires sur cette société d’État jugée inefficace et dont plusieurs voudraient bien remettre en question l’existence. Dans l’étude préparée par le Centre de la productivité et de la prospérité, affilié à HEC Montréal, nous avons plutôt droit à une analyse plus fine de la situation.

En fait, on nous présente un constat qui tranche avec les propos les plus en vogue. Non, la SAQ n’est pas inefficace et n’a pas à rougir de sa performance lorsqu’on la compare à la LCBO (son équivalent ontarien) ou au reste du commerce au détail. Dans les trois cas, de 2000 à 2014, l’évolution de la productivité du travail aura été de 23 %. Difficile, face à ce genre de résultat, de continuer à plaider pour la privatisation afin de lutte contre une société d’État à la bureaucratie tatillonne.

Or, le jupon idéologique de l’équipe des HEC finit tout de même par dépasser. Non pas que leur étude ne soit pas intéressante et instructive, mais disons qu’il s’y trouve de petites perles de contradictions qu’il faut relever. On nous dit que les résultats similaires à la LCBO et au reste du commerce de détail doivent être relativisés, voici pourquoi.

Pour la LCBO, les auteurs affirment que les résultats de la SAQ ne s’expliquent qu’en raison d’un creux provenant de l’évolution de la performance de la société d’État québécoise. À la fin des années 1990, avec le virage commercial de l’entreprise et l’ouverture de grand nombre de succursales ou d’agences, la SAQ aurait sous performé. Les bons résultats de 2000 à 2014 ne seraient alors qu’un rattrapage.

Cette présentation des résultats pose problème à deux niveaux. D’abord, elle laisse de côté toute analyse des conditions des bons résultats financiers de la SAQ des 15 dernières années. Il est plutôt surprenant de reprocher aujourd’hui à la SAQ les stratégies d’investissement qui aujourd’hui lui permettent de générer en revenus totaux pour le gouvernement près de la moitié de ce que l’ensemble des entreprises versent en impôt à l’État. Mais aussi, l’analyse offerte, par son obsession pour le seul enjeu du calcul de la performance, est incapable d’intégrer l’ensemble des objectifs que doit poursuivre la SAQ : offrir des produits similaires sur l’ensemble du territoire, offrir des prix compétitifs (ce que nos récentes études démontrent, voir ici et ici), offrir un bon rendement à son actionnaire, etc. Pour atteindre ces objectifs, la SAQ ne doit pas seulement chercher à augmenter sa performance d’une année à l’autre, elle doit se doter d’un plan stratégique qui peut très bien impliquer des choix pouvant sembler contreproductifs à première vue.

L’étude des HEC prétend également que ce n’est pas nécessairement bon signe si la SAQ a pu enregistrer une aussi bonne performance que l’ensemble du commerce de détail. Ici, les auteurs n’ont pas peur de se contredire. D’un côté ils nous disent que la SAQ est forcément moins productive que les détaillants privés parce qu’elle n’est pas soumise à la concurrence, mais de l’autre côté, il faudrait que le quasi-monopole qu’est la SAQ performe mieux que le privé précisément en raison de son caractère monopolistique. Il faudrait se décider. Être un monopole public c’est bon ou non? Soit la concurrence pousse à la performance, soit le monopole peut mieux performer en raison de l’absence de concurrence. Il est difficile de soutenir les deux à la fois.

Notons également, cette contradiction mise de côté, que la SAQ parvient à des résultats similaires que ceux du secteur privé tout en ayant une politique salariale bien plus généreuse pour ses employé·e·s. Il y aurait peut-être là un modèle duquel il faudrait s’inspirer et non s’acharner à critiquer.

Il y a donc des limites à analyser une organisation comme la SAQ du simple point de vue de la performance économique. Bien qu’une telle analyse a certes sa pertinence, il faudrait élargir le spectre de l’étude pour réellement porter un jugement sur la trajectoire de cette société d’État.