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Quartier musulman: une question d'argent

Quartier musulman:  une question d'argent

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Quand j’ai vu et entendu le promoteur du quartier ‘full’ musulman envisagé à Brossard hier à la télé, j’ai tout de suite compris qu’il ne s’agissait pas d’une tentative téléguidée de l’Arabie saoudite pour embêter les Québécois, mais le désir d’un individu de s’enrichir grâce à la charia.

Reste à savoir si c’est son idée ou celle d’un quelconque groupe intégriste obscur qui travaille à faire entrer la charia par la porte d’en arrière. Qui sait ? Les Frères musulmans sont très actifs au Canada.

Pour l'instant, tout ce que je sais du promoteur Nabil Warda, comptable et fiscaliste, vient de son site web: 'Nabil warda est reconnu pour sa rigueur, son professionnalisme et sa créativité.'

Les intérêts, c’est interdit

La clé du projet n’est pas tant de rassembler une cinquantaine de familles musulmanes pratiquantes dans une bulle islamique mais de pouvoir vendre ces propriétés selon les préceptes de la finance islamique établis par la charia qui interdit aux pieux de contracter une hypothèque traditionnelle.

Payer ou percevoir des intérêts est haram (interdit) en islam.

La transaction est construite sur une fiction légale : la banque achète la maison et la revend au même prix mais en exigeant des frais de service qui tiennent lieu d’intérêts. Je simplifie à outrance mais c’est le principe de base.

Pas besoin d’être musulman pour profiter de services financiers islamiques – en Grande-Bretagne, la moitié des hypothèques dites halal sont contractées par des non-musulmans - mais l’instauration de ce système sur une grande échelle voudrait dire qu’il y aurait deux systèmes bancaires parallèles au Canada.

Le Canada sollicité

Le Canada subit beaucoup de pression pour offrir des produits financiers islamiques. Les banques à charte y voient, avec raison, une occasion de percer un riche marché. La finance islamique est très répandue aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Même l’Arabie saoudite aurait passé un coup de fil au premier ministre à ce sujet. Le gouvernement Harper n’était pas opposé à cette idée.

Pour ce faire, le Canada devrait modifier sa fiscalité.

Selon une étude du groupe financier Thomson Reuters, des coopératives d’habitation, des compagnies d’assurances et même des organismes gouvernementaux qui financent des entreprises canadiennes qui font affaire avec des pays musulmans offrent sur une petite échelle des produits financiers conformes à la charia.  

Beaucoup de bidoux

C’est un immense marché. Les 57 pays membres de l’Organisation de coopération islamique ont un PIB combiné de 6,7 billions US$, ce qui en fait la quatrième puissance économique au monde après les États-Unis, la Chine et l’Union européenne. Difficile de passer à côté.

La très anglo protestante Toronto Financial Services Alliance espère que Toronto deviendra un centre majeur de finance islamique dans le monde et fait son lobbying en ce sens. La finance islamique ne couvre pas que l’achat d’immeubles mais toutes les formes d’investissements.

Depuis 2009, la Bourse de Toronto offre même un Shariah Index des fonds mutuels islamiques transigés au Canada.

‘Le Canada a besoin de dizaines de milliards d'investissements et il y a des milliards de dollars dans le Golfe qui ne demandent qu'à venir au pays’ disait Walid Hejazi, professeur au Rotman School of Management de Toronto au Journal Les Affaires.

La vertu au service de l’argent

Pour mieux faire passer la pilule, ses promoteurs comparent la finance islamique à la finance socialement responsable parce qu’elle interdit aux musulmans de s’enrichir grâce au péché : Tout investissement dans l’alcool, le porc, la pornographie, les jeux de hasards, etc. est strictement interdit. C’est la finance vertueuse.

Prochaine étape ? Les promoteurs de la finance islamique espèrent que les gouvernements du Canada et des provinces émettront bientôt des bons du Trésor islamiques, appelés sukuk. Ce serait un ‘bon’ début pour donner à ce secteur en croissance un coup d’envoi officiel au Canada.

Tribunaux islamiques, banques islamiques, quartiers islamiques, écoles islamiques, centres communautaires islamiques, la charia a le vent dans les voiles au Canada, comme partout en Occident.

Faudra-t-il s'y faire ?