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Affaiblir le Québec

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Il y a quelques semaines, les Québécois s’en sont fait passer une belle par Ottawa. Encore.

Le gouvernement fédéral a accordé une rallonge de 2,9 G$ à sa garantie de prêt offerte à Terre-Neuve pour le projet catastrophique de Muskrat Falls. Passé de 6,4 à 12,9 milliards de dollars, ce projet, affrontant des problèmes ridicules comme des pylônes qui s’enfoncent dans le sol et des structures qui s’effondrent, vise directement à concurrencer le Québec.

Il s’agissait de contrer les velléités expansionnistes d’Hydro-Québec, qui voulait racheter Énergie Nouveau-Brunswick. En installant un câble sous-marin entre la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve, on souhaite libérer cette dernière de l’obligation de faire passer son courant sur notre territoire.

Unanimité

On ne peut pas reprocher à une province d’avoir des tactiques commerciales qui servent son intérêt. On peut toutefois en vouloir au gouvernement fédéral quand il contribue à affaiblir le Québec. Nous avons toujours payé pour nos projets d’hydroélectricité, nous.

À plusieurs reprises, l’action d’Ottawa dans ce dossier a été dénoncée à l’unanimité par l’Assemblée nationale. Ainsi, on pourrait s’attendre à ce que cette opposition soit réverbérée par les 75 députés fédéraux que nous élisons et que nous payons pour nous représenter.

C’est beaucoup trop demander à ces parlementaires qui, s’ils obtiennent leur légitimité chez nous, visent le pouvoir ailleurs. Les néo-démocrates ne portent les intérêts du Québec que lorsque les intellectuels de l’Université de Toronto le permettent, les conservateurs considèrent qu’on peut tout imposer à une province qui reçoit de la péréquation et les libéraux ont Justin.

Justin est gentil. Même ceux qui votent pour lui ne lui en demandent pas plus.

L’exil intérieur

Ne restent que les dix députés du Bloc Québécois pour s’opposer, donc. N’étant pas reconnu comme parti officiel à la Chambre des communes, il ne peut forcer un débat sur le sujet.

Depuis une génération qu’on se faisait demander à quoi le Bloc pouvait bien servir. Ceux qui prétendaient que le Québec serait plus fort en faisant partie du gouvernement qu’en étant dans l’opposition reçoivent maintenant une réponse bien cynique.

C’est le pire des scénarios, l’exil intérieur du Québec au sein du Canada, prédit par le politologue Guy Laforest. On ne veut pas se séparer, mais on ne se préoccupe plus assez de ce qui se passe à Ottawa pour veiller sur nos intérêts.

Dignité

Le Québec a beau recevoir de la péréquation, celle-ci ne vise pas à échanger notre dignité contre notre silence. Nos entreprises exportatrices ont payé très cher pour une surchauffe pétrolière dans l’ouest qui a gonflé artificiellement la devise canadienne, comme notre secteur agricole doit composer avec des traités négociés pour vendre du bœuf plutôt que des produits laitiers.

Pendant qu’on attend toujours pour Bombardier, le dossier de Muskrat Falls nous rappelle que le chèque que nous recevons n’est pas une aide de dernier recours. Il compense notre participation à une fédération qui nous désavantage économiquement.