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En français, mais avec parcimonie

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Photo AFP Jim Corcoran, mélomane et admirateur de Cohen, nous parle de son rapport au défunt artiste et de la relation qu’il entretenait­­ avec la langue française.

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Connu pour ses classiques comme Suzanne, Hallelujah et Bird on The Wire, le grand Leonard Cohen, fier Montréalais et amoureux du Québec, a également chanté en français, au cours de sa longue et fructueuse carrière.

The Partisan, pièce bilingue que l’on retrouve­­ sur Songs From A Room, et Un Canadien­­ errant, que l’on peut entendre sur Recent Songs, en sont de rares exemples. Captée au cours de sa récente tournée mondiale, sa reprise de La Manic de George Dor, qui se retrouve sur Can’t Forget : A Souvenir of the Grand Tour, vient s’ajouter à ses exceptionnelles­­ incursions dans la langue de Molière.

«Leonard Cohen respectait beaucoup la langue française et je crois qu’il l’utilisait avec modération par respect», a expliqué Jim Corcoran, passionné de musique et animateur de l’émission À propos, diffusée sur les ondes de CBC Radio 1 et Radio 2, au cours d’une entrevue accordée au Journal.

Perfectionniste, Leonard Cohen s’imposait des années de travail sur certaines chansons avant de les présenter, et ce, même si elles étaient écrites dans sa langue maternelle.

«Comme il s’imposait tellement de travail pour bien écrire dans sa langue, il n’aurait jamais osé s’aventurer à écrire en français. Ça témoigne de son grand respect de la langue. Il n’a jamais fait quelque chose d’à peu près, en anglais. Il savait qu’il ne pouvait pas arriver à cette même perfection dans une langue qui n’était pas sa langue maternelle.»

Initiation

Avant même qu’il amorce sa carrière «officielle» dans le monde de la musique, Jim Corcoran chantait les trois premiers opus de Leonard Cohen dans des cafés pour payer ses études.

«J’étais trop gêné pour chanter mes compositions, alors parfois, j’en glissais une entre deux chansons de Cohen», a-t-il relaté

D’ailleurs, ce grand admirateur du poète se rappelle très bien son premier contact avec son œuvre qui, étonnamment, a eu lieu au beau milieu d’une randonnée pédestre.

«J’étais dans les montagnes Catskills, à New York, en même temps que le Festival de Woodstock. Je me promenais seul lorsque j’ai croisé deux hippies, dans une tente. Quand je leur ai dit que je venais du Québec, ils ont dit qu’ils avaient entendu, dans Greenwich Village, un Montréalais chanter des chansons et qu’ils en avaient même appris­­ une. Ils m’ont alors chanté Suzanne

L’artiste se rappelle avoir été fasciné par la «poésie magnifique», mais aussi la mélodie de cette chanson.

«Quand ses premiers disques sont arrivés, ç’a été le coup de foudre. J’étais tellement admiratif de l’intelligence et de l’accessibilité de ses chansons. Ses mélodies sont merveilleuses et mémorables. C’était facile, musicalement­­, de chanter du Cohen. Comprendre­­ ce que je chantais, par contre, c’était autre chose.»

Incontournable

Selon Jim Corcoran, tous les francophones qui admirent l’œuvre de Cohen devraient se procurer Étrange musique étrangère, un livre de Michel Garneau publié aux Éditions de l’Hexagone.

Jim Corcoran
Photo d'archives
Jim Corcoran

«C’est Michel Garneau qui traduit l’œuvre de Cohen en français. C’est un must, a-t-il affirmé­­. C’est quand même étrange, parce qu’en lisant ce livre, j’ai compris l’œuvre de Cohen autrement. Il faut dire que Garneau était un chum de Cohen. Il y a des Français qui ont essayé de le traduire, et ç’a été un désastre. C’était pointu et inutile. Ils n’avaient pas compris Cohen, le Québec et Montréal. Michel Garneau, lui, a tout saisi.»

Même si Cohen écrivait dans la langue maternelle­­ de Jim Corcoran, ce dernier dit avoir saisi de nouvelles facettes de sa poésie en lisant Garneau.

«C’est fascinant, quand même. Il faut dire qu’il n’a pas traduit ses chansons pour qu’elles soient chantées. Il a voulu en saisir le sens.»

Ouverture

Jim Corcoran, qui se veut lui-même un ambassadeur de la musique­­ francophone québécoise, ailleurs au pays (son émission À propos, qu’il anime depuis 29 ans, ne présente que des chansons en français), tient également à souligner la grande ouverture dont faisait preuve Cohen, dans sa vie comme dans son art.

«Sur la planète, il y a peu de gens qui avaient une aussi grande ouverture envers les différentes cultures et les religions. Il était juif, mais il était fasciné par toutes les démarches de l’homme vers la spiritualité. C’est très rare. Il était unique. Il n’y en aura plus, d’artistes comme lui. Nous avons été chanceux que le cosmos nous ait offert Cohen.»


Jim Corcoran anime l’émission À propos sur les ondes de CBC Radio 1 (le samedi 23 h à minuit) et CBC Radio 2 (le dimanche de 16 h à 17 h).