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Les mots des autres

Sur Chansons jalouses, Jean-Pierre Ferland reprend des chansons de Diane Tell, Claude Dubois, Éric Lapointe et Félix Leclerc, entre autres.
Photo ben pelosse Sur Chansons jalouses, Jean-Pierre Ferland reprend des chansons de Diane Tell, Claude Dubois, Éric Lapointe et Félix Leclerc, entre autres.

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Après avoir cultivé un complexe par rapport à sa voix durant presque 60 ans, c’est à travers les mots des autres que Jean-Pierre Ferland a appris à s’assumer comme chanteur, au cours des derniers mois. «Sur cet album, j’ai pu chanter d’une façon différente, comme je ne l’avais jamais fait avant», a affirmé l’artiste de 82 ans, rencontré à quelques jours du lancement de son disque Chansons jalouses, sur le marché depuis hier.

Le complexe de Jean-Pierre Ferland a commencé à se développer peu après le lancement de son tout premier disque, un 45 tours paru en 1958, sur lequel on retrouvait les chansons Le chasseur de baleine et Marie-Ange la douce.

«Les collègues avec qui je travaillais, à Radio-Canada, m’avaient recommandé de suivre des cours de chant, puisque je faussais un peu. C’est ce que j’ai fait. J’ai suivi des cours et mon ­complexe a ­commencé là.»

L’artiste dit avoir été blessé par les commentaires de son professeur, mais aussi par ceux du président d’un concours – dont il avait remporté le grand prix pour Feuille de gui, à Bruxelles –, qui lui avait rappelé que c’était pour la beauté de sa chanson qu’on l’avait couronné, puisqu’il ­chantait «très mal».

«Depuis, je me suis toujours défendu en écrivant mes chansons. Je me suis dit que comme je les écrivais, j’avais le droit de les chanter.»

Complices

Jean-Pierre Ferland explique que c’est grâce à André Leclair, qui signe les ­arrangements et la réalisation de ce ­nouvel album, qu’il peut aujourd’hui ­présenter des chansons aussi réussies.

«Il a travaillé de son côté pour trouver la vraie tonalité de ma voix, a-t-il expliqué. Il m’a orienté à la bonne place. Il a compris ma voix.»

«Mon complexe de chanteur s’est effacé au fur et à mesure qu’on enregistrait les chansons. Ce disque-là, je l’écoute tous les jours et je m’aime, dessus, a-t-il ajouté, ému. Pour la première fois de ma vie, je trouve que je chante bien.»

Inspiration

Directeur musical de l’artiste depuis ­février, André Leclair a réussi à séduire ce dernier en lui démontrant son savoir-faire, tout simplement.

«Pendant que je travaillais sur La ­femme du roi (son projet de comédie musicale), je lui ai demandé d’écrire une musique, de l’enregistrer et de me l’envoyer, a raconté le chanteur, qui cherchait alors de nouveaux collaborateurs. J’ai été blowé. Il m’a présenté quelque chose de moderne, de nouveau et de senti. C’est ce que je cherchais.»

C’est donc à deux que s’est amorcée la création de ce nouveau projet, qui a ­permis à l’auteur de classiques comme Une chance qu’on s’a et Le petit roi de chanter les chansons des autres pour la première fois de sa carrière.

«On a commencé en ne sachant pas où on s’en allait. J’ai donc dressé une liste de chansons. Tout de suite, j’ai su qu’il devait y avoir Si Dieu existe de Claude Dubois­­ et du Félix (Leclerc). Je ne pouvais pas me passer de lui sur ce projet. Il m’a tout appris.»

Pour la suite des choses, l’artiste dit s’être tourné vers des auteurs-compositeurs qui l’ont «inspiré».

«Quand on commence dans ce métier-là, on apprend des autres, forcément, a-t-il souligné. Léo Ferré, dont je chante la pièce Est-ce ainsi que les hommes ­vivent?, fait partie de ceux-là. Quand je suis allé chez lui, la première fois, il m’a dit: viens, je vais te faire entendre quelque chose. C’est là, en Italie, que j’ai entendu la musique qu’il avait faite pour ce poème d’Aragon. J’ai trouvé ça ­tellement fort, tellement beau. Cette chanson-là, à mes yeux, est la vraie chanson qui inspire toutes les chansons francophones du monde.»

Compétition

En plus de rendre hommage à des ­artistes de qui il a beaucoup appris, Jean-Pierre Ferland reprend également des classiques de Gilles Vigneault (J’ai pour toi un lac) et Robert Charlebois (Ordinaire), avec qui il dit avoir été «en compétition», à une certaine époque.

«Alors que moi, j’étais juste un sensible, un romantique, Charlebois, lui, était un comique­­. Il a changé la chanson québécoise. Quant à Gilles Vigneault­­... Quel poète exceptionnel!»

En plus d’interpréter des pièces ­comme Mon ange (Éric Lapointe), Si j’étais un homme (Diane Tell), La ­chanson des vieux amants (Jacques Brel) et Tout simplement jaloux (Michel Rivard), le chanteur n’a pu s’empêcher de reprendre l’une de ses créations: La musique.

«Dans la pochette du disque, je dis que je ne voulais pas être jaloux de la ­personne qui allait écrire une chanson comme celle-là, que c’est pour cette ­raison que je l’ai composée avant (...) C’est ma chanson préférée.»