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Castro: Violence, Santé et Contreparties

Castro: Violence, Santé et Contreparties
Photo AFP

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Fidel Castro était un tyran.  Son décès, sans réjouir personne, ne devrait pas attrister qui que ce soit. Et pourtant, Castro a ses défenseurs. Certains sont tout simplement des antiaméricains ou des anticapitalistes sans profondeur qui répondent (sans avoir tort) que l’embargo américain a appauvri l’île de Cuba ou que le régime de Fulgencio Batista n’était guère mieux (encore une fois, sans savoir tort mais sans comprendre non plus que dénoncer Castro n’empêche pas de dénoncer Batista par la même occasion). Certains partisans offrent une vision un peu plus profonde en signalant les indicateurs de mortalité infantile et d’espérance de vie à Cuba comme une des contributions importantes de Castro. Et ils ont raison de souligner cela. Cependant, en soulignant cet élément, ils donnent raison aux gens qui dénoncent Castro.

Pour l’instant d’un moment, je vais présumer que les statistiques quant à Cuba sont entièrement valides. Mais c’est seulement aux fins d’un argument puisqu’il y a des manipulations bien documentés. Par exemple, on classifie le décès de jeunes enfants comme des décès néonataux tardifs – même si l’enfant a plus de deux mois. Ce genre de manipulation est suffisant pour changer dramatiquement le taux de mortalité infantile cubain.  Autrement, les médecins cubains sont aussi pénalisés pour ne pas atteindre certains « quotas » de mortalité. Sous la menace de ces pénalités, il y a une incitation à sous-rapporter les décès. Mais comme j’ai dit plus haut, je vais suspendre mon scepticisme l’instant d’un moment aux fins de mon argument.

Peu de gens réalisent qu’il est assez facile de réduire le taux de mortalité de certaines maladies même pour les pays pauvres. Plusieurs maladies infectieuses (pensez à la variole) se diffusent parce qu’il est difficile de coordonner l’action individuelle de milliers d’individus et parce qu’il y a un gain à resquiller. Par exemple, si 90% des gens se font vacciner contre la variole, le 10% restant aura toute la protection sans avoir eu à subir les coûts. Ce genre de problème de santé publique peut être combattu avec l’utilisation de la coercition de l’État – que ce soit par des mesures assez banales comme la vaccination ou par des mesures plus extrêmes comme l’isolation forcée, la déportation ou l’exécution pure et simple (oui, ça s’est vu).  

Mais il y a une contrepartie à ce genre de politiques. Le genre d’institutions qui est capable d’utiliser aussi facilement des mesures coercitives est aussi le genre d’institutions qui est incapable de générer un développement économique. En l’absence de développement économique, on est plus susceptibles de mourir de maladies comme la tuberculose, la fièvre typhoïde, la néphrite, la diarhée (oui), la gastro-entérite ou la méningite. C’est-à-dire des maladies de « pauvreté ». 

Et à Cuba, c’est exactement ce qui s’est produit. Premièrement, il faut se souvenir que Cuba était un des endroits en Amérique avec le plus haut niveau de développement économique en 1959 et l’un des plus bas niveaux de mortalité infantile. Et il faut aussi se souvenir que c’était le résultat, en partie, de la violence inouïe dont les Américains ont fait preuve lors de la guerre avec l’Espagne à la fin du 19ème siècle. En effet, les Américains ont forcé l’adoption de plusieurs mesures coercitives sur la population afin de réduire l’incidence de la fièvre jaune (avec succès). Certaines mesures étaient banales – l’élimination de marais favorisant la prolifération par les moustiques. D’autres mesures étaient plus extrêmes comme l’inclusion forcée dans la constitution cubaine d’une disposition autorisant les États-Unis à ré-envahir l’île cubaine si une épidémie de fièvre jaune devait se produire. Au cours des occupations militaires américaines, la brutalité à l’égard des civils a été intense. Un large coût à payer pour cette réduction du taux de mortalité de la fièvre jaune. Et c’est sur ce passé institutionnel que Castro a construit son régime.

Les politiciens américains avaient autorisé les mesures extrêmes pour des raisons politiques domestiques et afin de réduire la mortalité des soldats américains sur l’île. Fidel Castro a autorisé des mesures encore plus extrêmes afin d’acquérir des partisans à l’étranger qui défendent son régime. De la perspective castriste, il faut assurer la survie du régime en montrant que même une horloge brisée a raison deux fois par jour (et espérer qu’on se souvienne seulement des deux fois).

Il a imposé d’importantes restrictions sur le comportement privé des cubains (ce qu’ils peuvent manger, boire et faire). Afin de réduire le taux de mortalité infantile, les médecins sont parfois forcés à avorter (sans le consentement des mères) des grossesses si il y a des risques trop élevés. Les pénalités auxquelles les médecins doivent faire face s’ils n’atteignent pas leurs cibles les empêchent de faire preuve d’humanité.  Plus fréquemment, on enferme les femmes enceintes dans les Casas de Maternidad même si elles ont exprimé le désir de demeurer chez elles.   Dans certains cas, on stérilise des femmes récalcitrantes.  Lorsque certains environnements familiaux sont jugés à risque, on refuse aux mères d’amener leurs enfants à la maison. Il s’agit là de mesures coercitives extrêmes. Mais, le taux de mortalité infantile et la mortalité des maladies infectieuses ont baissé dramatiquement à Cuba.

La contrepartie c’est que Cuba – en dépit des subventions massives du gouvernement soviétique jusqu’en 1990 – a été incapable d’augmenter le niveau de vie matériel de la population. En conséquent, plusieurs maladies hautement corrélées avec le développement économique sont demeurés ou ont progressé. En 1959, Cuba avait le plus bas taux en Amérique latine de mortalité par gastro-entérite (une maladie largement déterminée par l’accès à de l’eau de qualité). Aujourd’hui, il est clair qu’il n y a eu aucun progrès sur ce front alors que cette maladie s’est effacé du reste de l’Amérique latine.  En fait, plusieurs maladies liées à la pauvreté semble resurgir à Cuba  de telle sorte qu’alors le taux de mortalité infantile chute, le taux de mortalité globale augmente

Castro a réduit la mortalité infantile au coût d’une violence inouïe et en sacrifiant le développement économique de son peuple, ce qui a fait grimper les décès causés par des « maladies de pauvreté ». Ceux qui défendent Castro sur la base des réalisations en matière de santé publique devraient reconsidérer leurs opinions.