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Un rapport confidentiel fait état de troublants constats dans les CHSLD

Trois députés — une libérale, un péquiste et un caquiste — ont visité six centres d’hébergement

CHSLD
Photo d'archives Un rapport déposé par erreur à l’Assemblée nationale et conjointement rédigé par le député caquiste François Paradis, la députée libérale Marie Montpetit et le député péquiste Sylvain Rochon fait état de pratiques inquiétantes dans les CHSLD.

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Manque de personnel, soins insuffisants et nourriture tiède: un rapport confidentiel présente les troublants constats de députés à la suite de visites dans des CHSLD.

Le ministre Gaétan Barrette répète à qui veut l’entendre que les cas de mauvais traitements de personnes âgées qui font les manchettes sont le fruit d’une campagne de maraudage syndical.

Un rapport rendu public par erreur à l’Assemblée nationale fait pourtant état de pratiques inquiétantes dans des CHSLD de la province. Trois députés — la libérale Marie Montpetit, le péquiste Sylvain Rochon et le caquiste François Paradis — ont visité six établissements entre le 7 décembre 2015 et le 22 janvier 2016.

Le manque criant de personnel est constaté dans tous les centres inspectés par les parlementaires, notamment parce que les personnes hébergées présentent des conditions physiques et psychologiques de plus en plus lourdes.

Les conséquentes sont inquiétantes. C’est le cas au centre d’hébergement de Saint-Eugène de Chaudière-Appalaches. «Les repas, fournis en général par un préposé à huit personnes, prennent du temps et la nourriture tiédit», relèvent des proches de personnes hébergées.

« Une chaîne de production »

Au centre d’hébergement du Manoir-de-Verdun, à Montréal, «les résidents ne reçoivent pas tous les soins nécessaires», peut-on lire dans le rapport. L’équipe soignante soutient que des résidents sont «parfois laissés seuls» en raison du peu de personnel, «ce qui augmente les risques de chute».

Les soins d’hygiène écopent également. Faute de préposés, l’horaire des bains n’est pas flexible. «Un résident qui refuse de prendre son bain le jour prévu devra attendre la semaine suivante», dit le document.

Le personnel infirmier dit ne pas disposer du temps souhaité pour s’occuper des patients. «On gère une chaîne de production. On a oublié l’être humain.»

Second constat des élus: la clientèle des centres d’hébergement est passablement hétérogène. Dans certains établissements, comme le CHSLD Côté-Jardin de Québec, cette diversité amène tout un défi pour la sécurité des résidents. Toxicomanes, aînés et trentenaires souffrants de sclérose en plaques se côtoient.

Pas des experts

Jointe par notre Bureau parlementaire, la députée libérale Marie Montpetit estime qu’il faut être «prudent» avec l’interprétation des constats qui ont été faits. «Ce sont des constats qui ont été faits par des députés, insiste-t-elle. On n’est pas des experts dans le domaine».

Elle rappelle que les élus ont remis un rapport en juin dernier à la suite de ces visites et que le gouvernement a récemment annoncé un investissement de 65 millions $ pour ajouter 1150 employés de plus dans les CHSLD.

Extraits du rapport

CHSLD du Manoir-de-Verdun (Montréal) - Centre public, 220 places d’hébergement

• «Selon [l’équipe soignante et les représentants des syndicats des employés], les résidents ne reçoivent pas tous les soins nécessaires. Ils illustrent leur propos en donnant l’exemple des résidents qui sont parfois laissés seuls, ce qui augmente les risques de chute. À propos des soins d’hygiène, on rapporte que l’horaire des bains n’est pas flexible. Ainsi, un résident qui refuse de prendre son bain le jour prévu devra attendre la semaine suivante.»

• «Entre autres problèmes soulignés, le nombre de douches est, à leurs yeux, insuffisant et les bains sont désuets. Enfin, les chariots de distribution des repas ne permettent pas de garder les aliments à une température adéquate.»

• «Le personnel infirmier, comme les préposés, dit ne pas disposer de suffisamment de temps pour s’occuper comme il le voudrait des résidents. “On gère une chaîne de production. On a oublié l’être humain”.»

CHSLD Côté-Jardin (Capitale nationale) - Centre privé non conventionné, 281 places d’hébergement

• «La lourdeur administrative de la reddition de comptes est soulevée à la fois par les membres du comité des usagers et par la direction. Avec un budget de 6000 $, le comité des usagers dit devoir rendre des comptes “sur chaque crayon utilisé”».

• Hétérogénéité de la clientèle: «Le CHSLD héberge aussi des personnes ayant des problèmes de toxicomanie, de santé mentale ou d’alcoolisme. Certaines viennent de la rue. De même, d’autres personnes, dans la trentaine ou la quarantaine, souffrant par exemple de sclérose en plaques, y sont dirigées en attente d’une autre ressource. Aux yeux de la direction et des intervenants sur place, assurer la sécurité, la qualité de vie et la satisfaction de clientèles hétérogènes pose donc un immense défi.»

Centre d’hébergement de Richmond (Estrie) - Centre public , 54 places d’hébergement

• «La présence des proches auprès des résidents serait essentielle, selon plusieurs personnes rencontrées, car le personnel ne peut suffire à la tâche.»

Centre d’hébergement de Saint-Eugène (Chaudières-Appalaches) - Centre public, 32 places d’hébergement

• «Certains proches de personnes hébergées soulignent le travail et le dévouement des préposés. (...) Ils déplorent toutefois leur nombre trop restreint par rapport aux besoins de la clientèle. Selon eux, les résidents pâtissent de cette situation: les repas, fournis en général par un préposé à huit personnes, prennent du temps et la nourriture tiédit.»