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Amir Khadir: In English s'il-vous-plaît...

Soirée électorale - Québec solitaire
photo ben pelosse, Agence qmi

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Pour tout parlement, Amir Khadir serait un empêcheur essentiel de tourner en rond. Pour ou contre les idées de Québec solidaire, le député de Mercier tient tête là où d’autres, plus timorés, courbent l’échine.

Les exemples ne manquent pas. Deux, cependant ressortent du lot.

En 2009, le député solidaire confronta l’ex-grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) en termes on ne peut plus francs.

En commission parlementaire - et après des pertes colossales essuyées à la CDPQ sous la direction de Henri-Paul Rousseau -, M. Khadir accusa ce dernier, entre autres choses, «d’être un suppôt de la famille Desmarais et d’avoir manqué de «courage» en quittant son poste avant l’effondrement des marchés financiers».

Pour visionner l’échange musclé, c’est ici.

En 2011, encore une fois en commission parlementaire, M. Khadir confronta à son tour l’ex-premier ministre Lucien Bouchard. Et ce, comme personne n’avait jamais osé le faire. M. Bouchard était alors président de l’Association pétrolière et gazière du Québec.

Comme le rapportait Le Devoir :

«M. Bouchard venait réclamer l’indemnisation des pétrolières détentrices de permis dans une zone du fleuve, en amont de l’île d’Anticosti, où leurs activités seront interdites.

Le député de Québec solidaire l’a accusé de «ne pas avoir été fidèle à ses engagements en tant que serviteur du bien public» et de ne pas avoir défendu les intérêts du Québec, ce qui a provoqué l’ire de M. Bouchard, déjà réputé pour avoir un tempérament plutôt vif.

«Est-ce que je suis ici pour subir les jugements moraux de ce monsieur?» l’a interrompu M. Bouchard, furieux. «Est-ce que c’est la tradition dans cette enceinte [...]? Mais c’est absolument indigne, ça! Où est-ce qu’on est? C’est la cour du roi Pétaud! Vous me dites que je n’ai pas été fidèle aux Québécois, monsieur! Vous n’avez aucun droit pour porter des jugements sur ma fidélité aux Québecois, aucun! Il est en dehors de ses pompes, là, lui!»

Nullement démonté, M. Khadir poursuivait quand il a été arrêté par le président de la commission, le député péquiste Claude Pinard, qui essayait de reprendre le contrôle. «Oui, il y a certaines choses qui se passent différemment depuis la dernière élection, s’est-il excusé à M. Bouchard. Nous essayons de maintenir au mieux le décorum.»

M. Khadir est finalement revenu avec sa question, reprochant à M. Bouchard d’avoir lui-même bradé les droits pétroliers et gaziers de l’État québécois dans ces zones en liquidant la Société québécoise d’initiative pétrolière (SOQUIP), du temps où il était premier ministre, ce que le principal intéressé a réfuté.»

Pour visionner cet autre échange mémorable, c’est ici.
 

***

Ce mercredi matin, à l’Assemblée nationale et en pleine période de questions, le député Khadir réussissait à nouveau à mettre le doigt sur un problème politique réel d’une manière aussi originale qu’exceptionnelle en cette auguste enceinte.

Comme  le rapporte Le Journal:

«Dans un geste inédit, le député solidaire Amir Khadir a posé ses questions dans la langue de Shakespeare mercredi à l'Assemblée nationale pour que les électeurs anglophones soient informés du «financement illégal» au Parti libéral.

«The corruption is not just en français, a plaidé le député de Mercier. Les anglophones sont très attachés au Parti libéral, qui reçoit 80 % de leur appui. Mais seulement le quart d'entre eux semblent au courant du financement illégal du parti au pouvoir. Dans l'intérêt public, je vais donc poser ma question en anglais, car les anglophones ont le droit d'en savoir davantage».

L'élu de Québec solidaire affirme que les libéraux sont les «champions» toutes catégories des dons illégaux. Il déplore que cet argent serve à gagner des élections.

Selon M. Khadir, en raison de leur proximité avec le PLQ, les médias anglophones sont moins «incisifs» sur les problèmes de corruption des libéraux.

«Quand on aime quelqu'un, on a tendance à nier ses problèmes, on a tendance à se fermer les yeux sur ses fautes. Alors, il se peut aussi que, dans les médias anglophones, il y ait une plus grande, je dirais, difficulté à jeter une lumière crue sur la corruption dans le financement du Parti libéral», croit-il.

Le fait que les bulletins de nouvelles des chaînes nationales anglophones comme CTV ou CBC accordent moins d'importance aux informations du Québec n'est pas non plus étranger à ce phénomène, insiste le solidaire.

Amir Khadir se présente comme un grand défenseur de la langue française. Dans l'intérêt de la nation québécoise, il a tout de même jugé bon recourir à la langue anglaise dans l'enceinte du Parlement. Pour «que le Québec ne soit pas soumis aux diktats de l'argent sale ramassé par le Parti libéral, (...) j'estime qu'on est en droit de poser des questions en chinois, en espagnol, en hindi, en farsi et en anglais!».»

***


La question du vote quasi-monolithique des Anglo-Québécois pour le PLQ est bien évidemment complexe et toute simple à la fois.

S’il est vrai que les médias canadiens hors Québec s’intéressent de moins en moins à l’actualité politique québécoise, ce n'est pas tout à fait le cas pour les médias anglophones du Québec – électroniques ou écrits. Les scandales de corruption y sont bien rapportés. Même ceux du PLQ!

Là où M. Khadir a toutefois raison est lorsqu’il note aussi ceci, non sans un brin d’ironie : «Quand on aime quelqu'un, on a tendance à nier ses problèmes, on a tendance à se fermer les yeux sur ses fautes

Un exemple parmi d’autres : en 2010, cette fameuse couverture du magazine MacLean's où l’on y voyait un Bonhomme Carnaval corrompu, aux valises d’argent débordantes.

Le tout, sous un titre particulièrement démagogique : Québec, «The Most Corrupt Province in Canada».

Pour les curieux, voici ce que j’en avais écrit à l’époque.

Le côté démagogique du titre se trouvait dans l’immense généralisation qu’il tirait des reportages sur la corruption, l’industrie de la construction et le financement politique illégal.

Sur cette page couverture mémorable, c’était en effet tout le Québec - «Province» -, qui, illico, se retrouvait sur le banc des accusés. Alors que, dans les faits, un parti politique bien spécifique y régnait au pouvoir depuis 2003...

S’il est vrai, comme le dit M. Khadir, que l’amour rend parfois aveugle, force est aussi de constater qu’il peut même lui arriver de rendre muet et sourd...

Cela étant dit, Jean-François Lisée et François Legault ont beau dire qu’ils veulent courtiser le vote anglophone massivement libéral – ce vote, soit dit en passant, est tout à fait légitime sur le plan démocratique -, ce qui «fidélise» véritablement la vaste majorité de l’électorat anglophone au PLQ est un phénomène politique pourtant amplement connu.

C’est la combinaison d’un attachement fondamental au Canada et d’un rejet viscéral du souverainisme comme option politique, mais aussi du nationalisme québécois, qu’il soit «identitaire» ou non.

En d'autres termes, Good Luck messieurs Lisée et Legault...

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Addendum :

Pour ceux et celles que cela intéresse, voici aussi la transcription (version non révisée) de l’intervention in English du député Khadir.

Vous remarquerez sûrement qu’en anglais, le président de la Chambre se fait beaucoup moins sévère sur le choix de mots pourtant très durs utilisés ici par un député...

«M. Khadir : M. le Président, les anglophones sont très attachés au Parti libéral, qui reçoit 80 % de leur appui. Mais seulement le quart d'entre eux semblent au courant du financement illégal du parti au pouvoir.

Dans l'intérêt public, je vais donc poser ma question en anglais, car les anglophones ont le droit d'en savoir davantage. Since years, the Liberal Party is riddled by corruption scandals.

The Chief Electoral Officer revealed, three years ago, that $13 million, mostly illegal donations, were collected by political parties.

The Liberal Party was, sadly, the champion of that scandal. These millions are still in the Liberal Party's bank account. With these millions, the Liberals win their elections. Verdun's by-election, next week, is rigged by this money in their favor. But Québec Anglophones, like all honest people, don't accept rigged elections. 70% of them favor a suspension of public funding of the Liberals. Will the Prime Minister pay back those millions and accept...

Le Président : Mme la ministre responsable de l'Accès à l'information.

Mme de Santis : Merci, M. le Président. Et je dois dire que, depuis 2010, il y a un nombre de lois qui ont été adoptées unanimement par cette Assemblée pour assainir le financement des partis politiques.

Nous avons répondu aux demandes de la commission Charbonneau avec le projet de loi n° 101, qui a été adopté en juin dernier, et nous sommes allés beaucoup, beaucoup plus loin que les recommandations de la commission Charbonneau nous demandaient. On a donné des pouvoirs d'enquête au Directeur général des élections qui n'étaient pas demandés.

On a aussi changé la période de prescription pour permettre au Directeur général des élections de demander que des contributions illégales qui auraient été faites soient repayées par les partis politiques qui les avaient... qui les ont reçues, et cela, à partir de trois ans de sa connaissance.

Le Président : En terminant.

Mme de Santis : Je suggère qu'on...

Le Président : Est-ce qu'il y a une... Oui? Première complémentaire, M. le député de Mercier.

M. Khadir : That's not enough. Québec Liberal Party fundraisers pocketed huge payouts in government real estate deals.

According to CBC, it could be the biggest real estate fraud involving government buildings in Canadian history. A Liberal bagman reporting to Jean Charest, Mr. Charles Rondeau, testified he collected $1.5 million a year for the Liberal Party.In order to turn the page to Charest years, I ask the Prime Minister : Shouldn't he refund the illegal money, which, according to The Gazette, amounts to...

Le Président : M. le ministre des Finances.

M. Leitão : Mr. Speaker, indeed, that's a very serious question that is raised by our colleague, those... that alleged fraud in real estate.

Des voix : ...

M. Leitão : I'm answering the question. That alleged fraud worries us a lot. We want to make sure that all the light is shed on this particular issue. That is why the file was referred to the police, to the UPAC, so that they can investigate. As well, the Auditor General is examining the entire file. And, if, indeed, individuals profited from this transaction that... by illegal means, our justice system will deal with them.

Le Président : Deuxième complémentaire, M. le député de Mercier.

M. Khadir :M. le Président, given what we know about the government buildings sale scandal, given over $2 million that were embezzled by Liberal bagmen under the forgetful eye of Jean Charest's Finance Minister...

Des voix : ...

Le Président : S'il vous plaît! J'entends à peine la question, on pourrait baisser le ton un peu? M. le député de Mercier, c'est à vous la parole...

M. Khadir : ...that were embezzled by Liberal bagmen under the forgetful eye of Jean Charest's Finance Minister. It's fair to say...

Des voix : ...

Le Président : S'il vous plaît! J'entends à peine la question. Est-ce qu'on pourrait se... baisser le ton un peu? M. le député de Mercier, c'est à vous la parole.

M. Khadir : I think it's fair to say that the Liberal government is in the muck. This party could drown if the actual prime minister does not take into account the disgust of the English community for these scandals and the illegal money used to win elections.
What does he want to do?

Le Président : M. le ministre des Finances.

M. Leitão : M. le Président, encore une fois, il s'agit de culpabilité par association.

Nous avons maintenu ici dans cette Chambre depuis déjà quelques semaines que ces transactions-là, nous les trouvons très, très troublantes et nous voulons que toute la lumière soit faite sur ces transactions-là. C'est d'ailleurs pour cela que les services policiers enquêtent ces choses. Nous sommes tous ici de façon unanime... été d'accord pour envoyer le Vérificateur général vérifier cela.

Et comme j'ai dit tantôt, s'il y a des personnes qui ont bénéficié de façon illicite de telles transactions, notre système de justice va s'occuper d'eux, M. le Président.»

***