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Des écoles primaires qui débordent à Montréal

Une institution scolaire sur deux est en surpopulation dans la plus grosse commission scolaire du Québec

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Photo Ben Pelosse

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Bibliothèque qui disparaît, manque de casiers, locaux d’anglais convertis en classes. Près d'une école primaire de la CSDM sur deux déborde, certaines atteignant même plus de 160 % de taux d’occupation.

«Ça a commencé avec l’accès au local d’ordinateurs qui a été enlevé [pour faire de la place pour une classe]. Et puis la bibliothèque a été démantelée. Ensuite, ils ont converti la salle d’anglais en classe», raconte Stéphanie Richard, présidente du conseil d'établissement de l'école Saint-Léon-de-Westmount.

Occupée à 107 % de sa capacité, la situation de l’école Saint-Léon est pourtant loin d’être la pire. En effet, près de la moitié des écoles primaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) sont en surpopulation, selon des chiffres obtenus par Le Journal. La championne a un taux d'occupation de 165 %, elle qui accueille 188 élèves de plus que sa capacité.

« Aberrant »

À l’école Des Nations, les élèves laissent leurs bottes et parfois leur manteaux dans le corridor en raison du manque de casiers. Du côté des professeurs, plusieurs n’ont plus de locaux.
Photo Ben Pelosse
À l’école Des Nations, les élèves laissent leurs bottes et parfois leur manteaux dans le corridor en raison du manque de casiers. Du côté des professeurs, plusieurs n’ont plus de locaux.

«On trouve ça aberrant, que personne n’ait vu venir [cette tendance]. Les bras nous en tombent», s’exclame Pascale Grignon, porte-parole du mouvement Je protège mon école publique.

«Cette année, c’est pire que jamais», observe de son côté Jocelyne Bilodeau, directrice de l’école Des Nations, dans Côte-des-Neiges, qui est occupée à 133 %. Avec environ un casier pour deux élèves, impossible d’ignorer les bottes, manteaux et sacs à dos amoncelés dans le corridor quand on y entre.

Non seulement les professeurs d’art et d’anglais n’ont plus de locaux, les orthopédagogues doivent parfois rencontrer les élèves dans la cuisine du personnel, illustre Mme Bilodeau.

La situation existe aussi en dehors de Montréal (voir autre texte), mais la croissance du nombre d’enfants est particulièrement flagrante dans les écoles de la métropole, remarquent plusieurs intervenants. Dans l’ouest de l’île, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys a vu un bond record de 1700 nouveaux élèves par rapport à l’an dernier.

Rétention des familles

<b>Catherine Harel-Bourdon</b><br />
Présidente de la CSDM
Photo courtoisie
Catherine Harel-Bourdon
Présidente de la CSDM

À l’immigration s’ajoute le baby-boom qui a frappé le Québec autour de 2005, mais aussi le fait que de plus en plus de jeunes familles choisissent de rester à Montréal, note Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM.

«L’augmentation est tellement importante, ça prend beaucoup d’agrandissements ou de constructions pour combler les besoins», avoue-t-elle. Or, un an peut s’écouler entre le moment où une commission scolaire en fait la demande auprès du Ministère et l’approbation. «Le chantier peut ensuite durer deux à trois ans, s’il n’y a pas de pépin», ajoute-t-elle.

Le phénomène se concentre surtout dans les écoles primaires pour l’instant, mais la CSDM prépare déjà le terrain pour accueillir cette vague au secondaire.

Le ministère de l'Éducation et le cabinet du ministre n'ont pas rendu nos appels.

 

EXTRAITS DU SONDAGE

«Il y a plusieurs classes maintenant au sous-sol, et le couloir du sous-sol a été en partie transformé en classe pour le cours de danse. Donc, il faut faire le grand tour de l’école pour traverser d’un côté de l’école à l’autre.»

«Manque de casiers, certains sont rouillés.»

«La cour d’école [...] est trop petite.»

«Ajout de deux classes de maternelle sans ajout de budget. Des parents ont fait des dons de mobilier.»

 

Les 10 écoles primaires de la CSDM les plus surpeuplées

49,8 % des élèves qui vont à l'école francophone sur l'île étaient à la CSDM en 2014-2015.

  • Saints-Martyr-Canadiens (Ahuntsic-Bordeaux): 165%
  • Saint-Bernardin (Ahuntsic-Bordeaux): 164%
  • Saint-Justin annexe (Tétreaultville): 159%
  • Saint-Mathieu (Saint-Michel Sud): 141%
  • Saint-Albert-le-Grand (Rosemont): 140%
  • Sainte-Odile annexe (Cartierville): 139%
  • Fernand-Séguin (Ahuntsic-Bordeaux): 138%
  • Marie-Rivier, pavillon Louvain (Saint-Michel Nord): 137%
  • Fernand-Séguin, pavillon Julie-Payette (Ahuntsic-Bordeaux): 135%
  • Des Nations (Côte-des-Neiges): 133%

 

Des classes pleines à craquer ailleurs au Québec

 

Si la surpopulation des écoles primaires est criante à Montréal, le problème inquiète de nombreux parents à travers la province, comme le montre un sondage réalisé par le mouvement Je protège mon école publique.

Réalisé en ligne cet automne auprès de 713 répondants, dont 610 parents, ce sondage a permis de relever de nombreux exemples de la façon dont les écoles sont affectées par la surpopulation.

Trop d’élèves

Près des deux tiers des répondants ont d’ailleurs affirmé qu’il y avait trop d’élèves dans leur école. La majorité des répondants provenaient de la région de Montréal, mais aussi de l’Estrie et de la région de Québec.

Les banlieues montréalaises sont elles aussi touchées. À Laval, les écoles sont à pleine capacité et il n’y a plus d’immeuble excédentaire, indique la présidente Louise Lortie.

À la commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud de Montréal, il n’y a plus qu’un seul local disponible pour les huit écoles primaires du secteur Saint-Hubert, selon un document obtenu par Le Journal.

Pendant ce temps, les écoles anglophones ne semblent pas aussi affectées par la surpopulation, selon plusieurs intervenants.

Le mouvement Je protège mon école publique rendra publics les résultats de son sondage aujourd’hui lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale.

 

Les effets de la surpopulation à travers le Québec

Transférés même s’ils habitent à un coin de rue

Mélanie Crépeau habite à un coin de rue de l’école Notre-Dame-de-la-Garde à Verdun, mais ses deux jumeaux ont quand même été transférés dans une autre école à l’extrémité de l’arrondissement en raison de la surpopulation. Le soir, un autobus ramène ses fils au service de garde de l’école près de chez eux, explique Mme Crépeau.

12 heures dans le même local

«Lors des jours de pluie, certains élèves passent TOUTE la journée dans le même local.» Cette citation tirée du sondage illustre comment la surpopulation affecte aussi les écoles en dehors des heures de classe, notamment parce que les locaux du service de garde ne suffisent plus. Ainsi, de nombreux enfants dînent dans la même classe que celle dans laquelle ils suivent leurs cours à longueur de journée. La situation est d’autant plus déplorable par grands froids ou lorsque la météo ne permet pas de sortir pour la récréation, illustre Pascale Grignon.

Emprunter le bureau de la direction

Les orthopédagogues, psychologues et orthophonistes manquent parfois de bureaux. «Il y a des écoles où le directeur doit prêter son bureau aux professionnels pour qu’ils puissent rencontrer les enfants, note Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM. Ça arrive parfois que des rencontres avec l’enfant se fassent dans le corridor, si ce n’est pas un dossier confidentiel.»

Plus de local d’arts

«Les enseignants d’art plastique, de musique et d’anglais n’ont pas de classe, ils se déplacent avec un chariot», remarque un répondant du sondage panquébécois réalisé par Je protège mon école publique. Les locaux dédiés aux cours de spécialité sont souvent les premiers coupés pour être transformés en classe lorsqu’une école déborde, indiquent plusieurs intervenants. Cette situation nuit à l’apprentissage de l’enfant, croit Pascale Grignon du mouvement Je protège mon école publique. «Les enfants ne peuvent pas faire les mêmes projets. Par exemple, s’il n’y a pas de lavabo, comme dans un local d’art, on ne peut pas faire de gouache», illustre-t-elle.

Gymnase divisé

Dans plusieurs écoles, le gymnase est partagé de façon à ce que deux groupes suivent leur cours d’éducation physique en même temps, indiquent plusieurs intervenants. «Ils ne peuvent pas courir d’un bout à l’autre du gymnase. On parle d’enfants qui ont besoin de bouger», s’indigne Anny Létourneau, résidente de l’arrondissement Verdun et mère de deux enfants. Dans le sondage, des parents ont aussi noté que les élèves n’avaient pas tous un accès égal au gymnase. «Les classes de maternelle ont peu accès au gymnase pour laisser la priorité aux autres niveaux, dont les heures d’éducation physique sont réglementées», a écrit un des répondants.