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Un premier ministre soudainement trouillard

CUBA-CANADA-CASTRO-TRUDEAU
Photo d'archives

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Notre premier ministre canadien s’abstiendra d’assister aux funérailles de Fidel Castro après avoir essuyé de vives critiques et admis que celui-ci était un dictateur. Il avait eu peine à cacher son enthousiasme pour le révolutionnaire ami de son père, alors que maintenant, il se terre sous de faux prétextes pour ne pas se rendre à La Havane.

Cette soudaine gêne est doublement embarrassante, car elle révèle un premier ministre à la vision courte et elle augure un à-plat-ventrisme devant le voisin étatsunien. Je disais, dans une chronique précédente, que le Lider Maximo n’avait pas que de bons coups à son crédit, mais il a tout de même permis des avancées extraordinaires pour son peuple. Son pays, Cuba, se positionne devant plusieurs des pays d’Amérique latine en ce qui a trait à la qualité de vie.

J’ai de la difficulté à comprendre l’intensité des attaques portées contre l’ex-dirigeant cubain et le ton moralisateur de plusieurs chroniqueurs à l’égard de ceux qui ne partagent pas leur jugement ex cathédra. Fidel Castro n’affichait pas que des vertus, mais c’était aussi vrai pour plusieurs autres dirigeants à travers le monde et pourtant leur mort n’avait pas créé tout l’émoi dont nous sommes témoin avec celle du révolutionnaire cubain. Même notre assemblée nationale tergiverse sur une motion en lien avec sa mort.

Je n’ai pas vu beaucoup de textes qui déploraient la participation du premier ministre Harper et de ses prédécesseurs aux funérailles de l’ancien premier ministre israélien Ariel Sharon, responsable des massacres de Sabra et Chatila et de la colonisation sauvage en Palestine. Il est tout aussi ridicule de voir Donald Trump exiger des autorités cubaines d’en faire plus pour la population sous risque de renier les ententes conclues avec Obama, alors que l’administration américaine est restée coite devant les Peron, Pinochet, Somosa et autres dictateurs d’Amérique latine, qui ont laissé leur population dans un plus piètre état.

Nos chroniqueurs et nos politiciens étaient moins déchainés pour manifester leur indignation à la mort du roi Abdallah d’Arabie saoudite et les hommages pleuvaient d’un peu partout sur la planète, y incluant notre ex-premier ministre canadien. Combien d’autres ploutocrates au semblant démocratique sont décédés au fil des ans sans que l’on s’insurge contre les sympathies exprimées lors de leurs décès ou sans que l’on s’indigne contre la participation de nos chefs d’état à leurs obsèques?

Il est facile d’accuser la gauche d’aveuglement volontaire et d’admiration béate devant quelques grands leaders vite qualifiés de sanguinaires et d’obscurantistes par la droite. Toutefois, il faudrait élargir l’analyse aux impératifs auxquels ont dû répondre des illuminés comme Mao ou Castro et y jouxter en comparaison le mutisme dont fait preuve une certaine droite face aux exactions des dirigeants qui s’emploient à maintenir le système  privilégié par celle-ci.

Par respect pour les Cubains et par souci d’indépendance pour la politique extérieure du Canada, Justin Trudeau devrait participer aux funérailles de l’ex-dirigeant Fidel Castro.