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Les survivants du cancer victimes d’une injustice

Les assurances leur réclament une surprime ou les refusent comme clients

Ken Gagnon
Photo Martin Chevalier Treize ans après sa guérison, Ken Gagnon n’est toujours pas admissible à l’assurance habitation, hypothécaire et invalidité.

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À la demande du Parti québécois, le gouvernement Couillard est prêt à examiner la possibilité d'éliminer les obstacles pour les survivants du cancer, qui sont incapables de contracter une assurance ou qui doivent payer des surprimes.

«Le principe se défend aujourd'hui sur la base de la science, il y a des cancers que l'on considère comme étant guéris après une période d'inactivité», a convenu jeudi le ministre Gaétan Barrette. Il estime qu'un débat de société sur le sujet est souhaitable.

Sa collègue de la Justice, Stéphanie Vallée, croit qu'il faut toutefois en évaluer l'impact sur les primes d'assurance de l'ensemble des Québécois.

Guéri de son lymphome de Hodgkin depuis 13 ans maintenant, Ken Gagnon demande au gouvernement de légiférer pour que cesse cette «injustice» à l'égard des survivants du cancer.

Sept ans après

Encore aujourd'hui, l'homme de 37 ans est inadmissible à l'assurance habitation, hypothécaire et invalidité. Il a réussi à contracter une assurance vie seulement sept ans après sa rémission.

Mais il doit payer une surprime de 20 % en raison de son antécédent de cancer.

«Je suis en pleine santé, je m'entraîne deux à trois fois par semaine, j'ai une vie saine, alors je ne vois pas pourquoi je devrais payer plus que la majorité de la population», confie ce père de famille.

«Je suis le gros revenu familial, si j'étais mort dans les premières années, quand je n'étais pas assurable, ma famille, mes enfants se seraient probablement ramassés à la rue», insiste Ken Gagnon.

Un sur deux

Près d’un Québécois sur deux sera atteint d’un cancer au cours de sa vie.

Maintenant, 64 % des personnes survivent à leur cancer. Une nouvelle réalité que les compagnies d'assurance doivent prendre en considération.

«De plus en plus de gens vont vivre une vie pleine et entière après avoir eu un cancer», dit M. Gagnon.

Une clause de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne permet aux assureurs de discriminer pour des raisons de santé.

Droit à l’oubli

Comme l'avait proposé son rival Alexandre Cloutier durant la course à la direction du PQ, Jean-François Lisée souhaite s’inspirer de la France et instaurer un «droit à l’oubli» pour les survivants des types de cancer les plus courants, comme le cancer du sein, de la thyroïde, de la peau, du col de l’utérus et des testicules.

Au maximum 10 ans après la fin de leurs traitements, les survivants verraient leur cancer être effacé de leur historique médical. «Ce sont des gens qui sont deux fois malchanceux. Ils ont une maladie déjà, et puis, cette maladie, elle guérit, et ils continuent d'en payer le prix toute leur vie», dénonce le chef péquiste.

M. Lisée tend la main aux libéraux pour légiférer en ce sens.