/investigations/sptrades
Navigation

Un terrain contaminé considéré propre

Pour Québec, le site de Catania est «réhabilité»

Terrain de la Jenkins
Photo Agence QMI, Élizabeth Laplante Le liquidateur de Catania dit avoir encore 6 M$ à dépenser en frais de décontamination sur l’ancien terrain de la Jenkins, où le promoteur doit construire le VillaNova.

Coup d'oeil sur cet article

Le terrain contaminé de Lachine où Catania veut construire un projet résidentiel de 500 habitations est pourtant considéré comme propre par le ministère de l’Environnement depuis près de deux ans.

Québec a changé le statut du terrain en février 2015, cinq mois après que le liquidateur PricewaterhouseCoopers (PwC) eut pris le contrôle de Développement Lachine Est, la filiale de Catania qui réalise le projet VillaNova sur l’ancien terrain Jenkins.

Dans une mise en demeure envoyée à Solroc, la firme qui a signé l’avis de décontamination du terrain, PwC affirme qu’il contient toujours beaucoup de métaux lourds. «[...] l’étude effectuée révèle la présence de contaminants dans des concentrations supérieures aux limites permises pour un usage résidentiel et même commercial ou industriel», mentionne la lettre.

Fié au « roi du taudis »

Comme c’est habituellement le cas, le Ministère n’a fait aucune inspection du site de la Jenkins après les «travaux de réhabilitation».

«Une vérification du rapport de fin de travaux attesté par l'expert est réalisée, afin de s'assurer que les objectifs prévus au plan de réhabilitation approuvé ont été atteints», écrit Émilie Simard, l’attachée de presse du ministre David Heurtel, dans un courriel. Règle générale, Québec se fie donc aux consultants à contrat avec les promoteurs.

L’ancien propriétaire du terrain de Catania, qui a cosigné l’avis de décontamination de 2014, n’est pourtant pas reconnu pour sa gestion responsable. Robert Sebag est même surnommé «le roi du taudis» pour ses nombreux logements insalubres.

<b>Robert Sebag</b><br /><i>Ex-propriétaire</i>
Photo d'archives
Robert Sebag
Ex-propriétaire

En prison

Avant de finir entre ses mains, la compagnie à numéro qui détenait le terrain a aussi appartenu à une série d’entrepreneurs mentionnés à la commission Charbonneau ou ayant eu des liens d’affaires avec le caïd Raynald Desjardins, aujourd’hui en prison pour meurtre.

Mais la loi n’exige aucun test gouvernemental sur un terrain «décontaminé».

«Il n’y a pas de contre-vérification; on prend acte de ce que les consultants du propriétaire ont écrit», explique Michel Bélanger, avocat en droit de l’environnement.

Sa collègue Odette Nadon, du cabinet BCF, ne blâme pas Québec. Selon elle, c’était au nouveau propriétaire de se protéger en menant ses propres tests.

«Quand on achète une friche industrielle, on doit faire ses devoirs!»