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Coupable d’avoir versé des cadeaux à des résidences

La pharmacienne payait même pour un local dont elle n’avait pas les clés

Anne-Marie Ratté
Photo d'archives, Chantal Poirier Anne-Marie Ratté
Pharmacienne

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Une pharmacienne vient d’être reconnue coupable d’avoir donné plusieurs cadeaux à des propriétaires de résidences pour aînés. Une décision qui risque de faire école.

Anne-Marie Ratté, qui pratique dans la région de Québec, faisait face à sept chefs d’infraction devant le conseil de discipline de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

En échange de cadeaux, elle a pu desservir en priorité les aînés de quatre résidences de la région de Québec. Il s’agit d’une des premières fois où un professionnel est reconnu coupable d’avoir versé des avantages de la sorte pour décrocher de la clientèle dans une résidence.

On lui reproche entre autres d’avoir loué deux locaux à la résidence Manoir de la rivière pour un total de 10 000 $ par année. Or, après enquête, on a découvert qu’elle n’avait même pas les clés d’un de ces locaux et que l’autre était utilisé par l’infirmière-chef de la résidence.

La résidence Manoir de la rivière à Cap-Rouge est l’une de celles qui ont reçu des avantages en échange de la possibilité de servir ses 40 résidents.
Photo Didier Debusschere
La résidence Manoir de la rivière à Cap-Rouge est l’une de celles qui ont reçu des avantages en échange de la possibilité de servir ses 40 résidents.

Tout a débuté à l’été 2014 lorsque la pharmacienne a acheté une ensacheuse de médicaments au coût de 250 000 $. Elle espérait ainsi percer le lucratif marché des résidences pour personnes âgées.

Dénoncée par un collègue

C’est un collègue qui l’a dénoncée après avoir appris du propriétaire du Manoir de la rivière qu’il demandait des avantages au pharmacien avec qui il faisait affaire.

Il y a quelques semaines, notre Bureau d’enquête avait levé le voile sur des façons de faire controversées dans les résidences. On y faisait état d’exploitation de dépanneurs, de fourniture d’équipements ou encore de montants en argent comptant.

Quatre des chefs visant Anne-Marie Ratté ciblent d’ailleurs la fourniture de chariots de distribution de médicaments à des résidences. Ces chariots d’une valeur de 2800 $ chacun étaient offerts gratuitement, mais demeuraient la propriété de la pharmacienne.

Cette dernière a soutenu lors de son audience disciplinaire en mai dernier qu’ils étaient fournis pour permettre la distribution des médicaments préparés par son ensacheuse. Les membres du conseil de discipline ont déterminé qu’il en revenait plutôt au propriétaire de la résidence de payer pour ces équipements puisqu’ils servent au personnel infirmier.

Rabais au propriétaire

Finalement, le conseil l’a reconnu coupable d’avoir fourni des produits d’usage courant comme des culottes d’incontinence pour adultes au prix coûtant. En plus d’en fournir pour les résidents, elle offrait des rabais sur des produits au propriétaire du Manoir de la rivière, Yves Boutet.

«L’intimée elle-même reconnaît avoir posé ce geste en expliquant que cela était normal parce que le propriétaire de la résidence, en échange de ses rabais, lui permet d’augmenter sa clientèle», peut-on lire dans la décision disciplinaire.

Elle dispose d’un mois pour en appeler de la décision.

Liste des avantages versés par la pharmacienne à quatre résidences

  • Deux locaux loués pour 10 000 $ par année, dont un qui n’était jamais utilisé
  • Des chariots de distribution d’une valeur de 2800 $ chacun offerts gratuitement
  • Des produits d’usage courant comme des culottes d’incontinence pour adultes, des gants et des masques vendus au prix coûtant
  • Des produits d’usage courant offerts au prix coûtant au propriétaire de la résidence Manoir de la rivière