/opinion/columnists
Navigation

Gouverner par coupes budgétaires

Étudiants
Photo d'archives Les enfants dans le secteur scolaire public ne reçoivent pas, quoi qu’on en dise, une éducation satisfaisante.

Coup d'oeil sur cet article

Avec un gouvernement de médecins-chirurgiens, de radiologistes et de comptables glamourisés par leur MBA, le Québec est en voie de dégradation avancée.

Les acteurs politiques de l’austérité, en clair le gouvernement libéral de Philippe­­ Couillard, sont des coupeurs sociaux. Pour leurs budgets, ils alignent les colonnes de chiffres, en font disparaître certaines, en réduisent d’autres sans émotion. Raisonnablement, pourrait­­-on dire, sans se soucier vraiment ou en oubliant carrément qu’ils décapitent­­ des personnes et détruisent des bâtiments publics comme des écoles, par exemple. Ils se croient responsables et compétents alors qu’ils s’apparentent à des fossoyeurs.

Le système scolaire, les CHSLD, les hôpitaux sont les victimes de ces politiques de chirurgiens-comptables. Et l’on éprouve un certain vertige quand on ose imaginer l’avenir.

Surpeuplement des classes

Dans l’école publique surpeuplée à Montréal, à Laval et dans leurs banlieues, où habitent près de trois millions de personnes, les spécialistes de tout genre sont réduits à une peau de chagrin et des enfants doivent déposer leurs vêtements et leur sac à dos au sol dans les corridors, comme en font foi les photos publiées cette semaine. Non seulement des enfants en difficulté n’ont plus accès à des services dont ils ont besoin pour surmonter leurs problèmes, mais leurs affaires personnelles qui jonchent le sol faute d’un casier leur renvoient un terrible message: ils n’ont plus de place dans l’école.

Les enfants et les vieillards au Québec­­, que toute société civilisée tend à protéger, sinon à chérir, sont fort mal lotis. Les enfants dans le secteur scolaire public ne reçoivent pas, quoi qu’on en dise, une éducation satisfaisante. Quant aux patients des CHSLD, rien ne nous a été épargné, dans les médias­­, des conditions pitoyables dans lesquelles­­ ils attendent la mort.

La détérioration de l’école publique est un phénomène qui remonte à des décennies. Je me souviens d’avoir fait un reportage à la télévision de Radio-Canada sur les enseignants de l’école publique qui, dans une proportion élevée pour l’époque, il y a 30 ans environ, inscrivaient­­ leurs enfants dans des écoles privées.

L’école publique boudée

Aujourd’hui, les parents qui en ont les moyens boudent encore davantage l’école­­ publique. En fait, les coupes actuelles­­ sont au-delà de ce qui est socialement­­ acceptable dans une société où l’éducation a joué un rôle émanci­pateur au temps de la démocratisation.

Et que pensent nos coupeurs sociaux actuels des retombées catastrophiques des deux dernières années sur le système judiciaire, où on assiste, hébété, à l’annulation des procès faute de juges, de procureurs et de personnel habilité à travailler à la cour?

Le gouvernement Couillard a été élu pour remettre de l’ordre dans les finances publiques, lesquelles sont en piteux­­ état depuis trop d’années. Mais dans sa brutalité, son manque de jugement politique et la faiblesse de sa vision­­ à long terme, l’application de ses promesses électorales s’avère catastrophique­­.

Le cynisme des citoyens envers la politique empire. Il y a une perte de foi dans l’éducation. Une angoisse est perceptible devant l’absence d’accès aux soins de santé et la possibilité pour les vieux d’être placés dans des centres dépourvus de moyens, y compris de couches. Et le plus grave, c’est l’incapacité à croire en la justice quand on voit des criminels libérés faute de tribunaux pour les juger.

Comment détricoter cet échec?