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Sa place était à l’hôpital, dit sa mère

Le suspect du double meurtre avait des problèmes psychiatriques depuis quelques années

Frédérick Gingras
Photo Denis Germain Frédérick Gingras a été intercepté par des agents du Service de police de l’agglomération de Longueuil en fin de soirée.

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Le jeune homme qui aurait abattu deux personnes, en plus d’en blesser une troisième dimanche, à Montréal, était une véritable bombe à retarde­ment qui aurait dû se trouver à l’hôpital psychiatrique, selon sa mère.

«Il est malade, mon gars. Il aurait dû être à l’hôpital, ça fait longtemps», laisse tomber la mère de Frédérick Gingras.

Les problèmes de santé mentale et la consommation de drogue de l’homme de 21 ans lui ont valu plusieurs démêlés avec la justice. Son plus récent passage en cour remonte à octobre dernier, alors qu’il avait asséné un «solide» coup de poing au visage de sa mère.

«Il disait que j’étais le diable. Il a vu noir», dit sa mère, notant qu’elle était «maganée».

Troubles psychotiques

La dame avait pourtant tout tenté pour que son grand gaillard ait les soins dont il avait besoin en lien avec ses troubles psychotiques.

«J’en veux au médecin qui a réduit sa médication cet été. J’en veux à la juge qui l’a laissé sortir [il y a deux semaines]. C’était le temps de s’en occuper», lance la dame qui a requis l’anonymat.

La tante de Gingras croit elle aussi qu’il aurait dû être mieux encadré. «N’importe quelle personne sensée qui était dans la salle [d’audience] aurait dû voir qu’il avait le regard vide et qu’il faisait peur, a-t-elle déploré. Il aurait dû être à l’hôpital psychiatrique et ne pas sortir de là avant qu’il aille mieux.»

Lors de la dernière audience de Gingras, au palais de justice de Joliette, la juge Nancy McKenna l’avait pourtant sermonné.

«Tant et aussi longtemps que vous ne prenez pas votre médication de façon rigoureuse et que vous allez la mélanger avec la drogue, c’est un cocktail explosif», a-t-elle prévenu.

La juge lui avait imposé une série de conditions, dont l’obligation de rencontrer son psychiatre, de suivre toute thérapie, de prendre sa médication et de s’abstenir de consommer drogue et alcool. Ça n’aura vraisemblablement pas été suffisant pour empêcher la cavale meurtrière pour laquelle il a été arrêté dimanche.

La mère de Frédérick Gingras ne se serait jamais doutée que son fils pouvait commettre de tels gestes. «J’ai tellement de peine», a-t-elle confié, en tentant de retenir ses larmes.

Médication requise

Frédérick Gingras devait recevoir une injection de médicament chaque mois. «Tu ne peux pas juste donner une injection à quelqu’un et le remettre dehors comme ça. On ne laisse pas un chien dehors sans soins, encore moins un gars malade», soutient sa mère.

Elle croit qu’il n’a pas dû recevoir sa dernière dose, il y a quatre jours. «Ce n’est pas drôle ce qu’il a fait. Même lui, quand il va reprendre ses esprits, il va capoter ben raide», croit-elle.

– Avec la collaboration de Maxime Deland, Geneviève Quessy, Christian Plouffe, Boris Proulx et Michaël Nguyen

En délire depuis qu’il a frôlé la mort il y a trois ans

Le suspect du double meurtre était dans une spirale psychotique depuis qu’il avait lui-même frôlé la mort après avoir été poignardé en novembre 2013.

Frédérick Gingras aurait subi d’importantes blessures aux jambes à la suite d’une altercation avec d’autres indivi­dus dans ce qui semblait être une transaction de drogue, près d’un immeuble à Repentigny, a-t-on appris.

Le Journal avait rapporté l’événement, précisant que la victime avait «perdu beaucoup de sang». «Il était en choc post-traumatique depuis ce temps-là. Il avait toujours peur. C’était pire que de l’hypervigilance», a décrit sa mère.

D’après cette dernière, Gingras n’aurait pas voulu collaborer avec les policiers à l’époque.

«Il n’avait pas la conscience tranquille depuis qu’il a été poignardé. Il m’a dit: “Maman, j’ai l’impression que la moitié de mon cerveau est mort et que l’autre roule à 100 milles à l’heure”», illustre sa mère.

Durant les trois dernières années, il a cumulé 17 dossiers devant la cour.

Il menace des policiers

En janvier 2014, il a menacé trois policiers de Mont-Tremblant dans un bar où il affirmait être venu se cacher. Il était incohérent et très agressif, allant jusqu’à brandir ses clés pour tenter de blesser les agents, selon nos sources.

Cinq mois plus tard, il a déchargé le contenu d’un extincteur sur deux patrouilleurs de Repentigny qui se trouvaient à l’Hôpital Le Gardeur, avant de se sauver dans la rue. Des agents de la police de Terrebonne avaient dû intervenir en renfort pour le ramener à l’hôpital, selon nos informations.

En tout, les policiers de six villes l’ont intercepté pour différents crimes, si l’on compte l’arrestation de dimanche.

Il devrait normalement comparaître aujourd’hui au palais de justice de Montréal relativement aux meurtres.

Une folle virée meurtrière

1. En fin de soirée dimanche, Frédérick Gingras s’est pointé chez sa tante, sur la Rive-Sud de Montréal. Cette dernière est allée le reconduire à la station de métro Beaubien, à Montréal. Avant de débarquer de l’auto, il lui aurait dit: «Ça se peut qu’on ne se revoie plus jamais.» De là, il se serait rendu chez un individu que l’on croit être son fournisseur de drogue et l’aurait­­ abattu avec une arme longue. Outre le corps de la victime de 20 ans, les agents ont trouvé des stupéfiants dans le logement de la rue Sainte-Catherine, à Montréal-Est, près de la 1re Avenue.

Frédérick Gingras
Photo Agence QMI, Pascal Girard
2. Le suspect aurait­­ ensuite couru jusqu’au Tim Hortons d’une station-service, à l’intersection du boulevard Saint-Jean-Baptiste­­ et de la rue Sherbrooke. Il a menacé­­ de son arme une mère de famille venue y chercher sa fille qui terminait son quart de travail afin de s’emparer de son véhicule. On ignore pourquoi Gingras aurait soudainement fait feu sur la dame de 49 ans. La femme a succombé à ses blessures à l’hôpital.
Frédérick Gingras
Photo Agence QMI, Pascal Girard

3. Prenant la fuite sur le boulevard Saint-Jean-Baptiste, Gingras a roulé moins de deux kilomètres avant de faire une embardée à la hauteur de la rue Notre-Dame Est.

Frédérick Gingras
Photo Agence QMI, Pascal Girard
4. Alors que la police tente de le retrouver, le suspect­­ revient rue de Normandie, à peine un kilo­mètre plus loin, où il choisit une maison au hasard­­ dans le but de voler un véhicule. Le propriétaire hésitant à lui remettre des clés, il aurait fait feu à travers la porte, blessant l’homme de 64 ans aux jambes. «Je viens de me faire tirer [dessus]», a-t-il dit à un voisin qui s’est précipité chez lui.
Frédérick Gingras
Photo Agence QMI, Pascal Girard

5. Gingras s’enfuit de nouveau avec le véhicule de sa dernière victime et prend la direction de la Rive-Sud par le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine. Aperçu­­ par des patrouilleurs­­ sur la route 132, le suspect circule à vive allure, atteignant 170 km/h, et il fait une nouvelle embardée. Le véhicule volé est retrou­vé dans un fossé, à l’angle des autoroutes 10 et 30. L’arme utilisée pour commettre ses crimes a été retrouvée non loin dans l’herbe.

Frédérick Gingras
Photo Agence QMI, Pascal Girard
6. Traqué par quelque 200 policiers du SPVM, de la Sûreté du Québec et de la Ville de Longueuil, Frédérick Gingras­­ est finalement retrouvé avec l’aide de l’escouade canine dans un terrain de stationnement du complexe DIX-30. Il est arrê­té au terme d’une courte poursuite à pied.
Frédérick Gingras
Photo Agence QMI, Pascal Girard

– Avec la collaboration de Maxime Deland, Agence QMI