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Réflexions sur l’affaire Frédérick Gingras

Réflexions sur l’affaire Frédérick Gingras
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Le philosophe Michel Foucault a déjà dit que les prisons et les hôpitaux servaient tous les deux à la même chose: à «protéger» la société des individus trop dérangeants.

Tu ne fais pas partie de la norme? On va t’emprisonner ou t’interner.

Tu persistes à vivre en «dehors» de ce que la société définit comme convenable, acceptable? Alors on va te jeter «en dedans».

C’est une façon pour l’État de contrôler, de guérir, de punir.

D’UN EXTRÊME À L’AUTRE

Il fut une époque où, pour se débarrasser d’un proche que l’on trouvait trop encombrant, il suffisait de dire qu’il était fou.

Les docteurs en blouse blanche débarquaient et on lui mettait tout de suite la camisole de force.

Pensez au poète Émile Nelligan ou à la sculpteure Camille Claudel, qui ont tous deux fini leur vie dans une cellule capitonnée.

Aujourd’hui, on est passé à l’autre extrême.

On craint tellement – avec raison – ces internements injustes qu’on a adopté toutes sortes de mesures rendant l’internement de force extrêmement difficile.

Le défi, maintenant, n’est pas de sortir un malade de l’asile.

C’est de l’y faire entrer.

Parlez à ceux qui ont dû faire interner un proche contre son gré pour le protéger de lui-même ou pour protéger les autres.

C’est hyper compliqué.

On va vous demander s’il a déjà agressé quelqu’un.

«Non, mais, justement, j’aimerais l’interner avant qu’il ne passe aux actes...

— Désolé, madame, mais nous ne pouvons intervenir que s’il agresse un quidam. Sinon, nous ne pouvons rien faire...

— Mais il sera trop tard, voyons! C’est maintenant qu’il faut agir, pas quand il aura commis l’irréparable!»

ON VA TE POURSUIVRE !

Et il y a la Charte des droits qui protège les individus, même ceux qui peuvent représenter une menace pour leurs proches.

Sans oublier les avocats, qui prennent un malin plaisir à poursuivre les psychiatres.

Tu veux interner contre son gré une personne présentant des symptômes de maladie mentale?

On va te poursuivre!

Tu as laissé sortir une personne psychotique qui a attaqué un quidam dans la rue?

On va te poursuivre!

Quoi que tu fasses, on va te poursuivre.

Souvent, c’est le même avocat qui défend une cause et l’autre.

Nous vivons dans une société de droits? Parfait, super. Nous avons raison de nous péter les bretelles.

Mais, parfois, dans certaines circonstances, cette multiplication de droits empêche les autorités de prendre les décisions qui s’imposent pour protéger adéquatement la population.

ENFERMÉS DEHORS

L’affaire Frédérick Gingras est triste à mourir.

Malheureusement, ce genre d’histoires est plus courant qu’on ne le croit.

Entre la protection des droits du malade, et la protection des citoyens, ne peut-on pas trouver un juste milieu?

Faut-il attendre qu’un terroriste fasse exploser une bombe dans un marché public pour l’arrêter?

Faut-il attendre qu’un schizophrène pète les plombs et tue sa mère à coups de hache pour l’interner?

Ce n’est pas un service à rendre à un individu souffrant de psychose que de lui permettre «d’échapper à l’asile»...

Pour certains individus, c’est la liberté qui est une forme de prison...

Rien de pire qu’être enfermé dans sa folie, dans sa psychose.