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Les Bahamas comme party de Noël

Le patron de l’entreprise montréalaise en génie logiciel GSOFT a dépensé un quart de million pour ce voyage

Le président et cofondateur de GSOFT, Simon De Baene, veut changer le monde du travail
Photo Pierre-Paul Poulin Le président et cofondateur de GSOFT, Simon De Baene, veut changer le monde du travail

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Marie-ève Dumont, Le Journal de Montréal

Le patron de l’entreprise montréalaise GSOFT ne fait pas les choses comme les autres pour son party de Noël. Il a dépensé un quart de million cette année pour amener 185 employés sur une croisière aux Bahamas.

Au cours des dernières années, ils ont pris la direction de Las Vegas, Miami, Cuba, la République dominicaine et New York pendant les Fêtes.

«Je pourrais bien tous leur donner un boni, mais ce serait déposé dans leur compte et vite oublié. Je préfère leur offrir une expérience dont ils vont se souvenir. C’est notre façon de les remercier pour le succès que l’on a», explique Simon De Baene, président et cofondateur de GSOFT, qui développe des logiciels de gestion pour les entreprises.

Des compagnies comme celle de M. De Baene ont décidé de réinventer le traditionnel party de bureau pour en mettre plein la vue à leurs employés. Spas, artistes de cirques, manèges: elles ne reculent devant rien pour épater (à lire en pages 38 et 39).

L’entrepreneur de 31 ans a réalisé en 2010, après un party de Noël classique, soit un souper dans un resto du Vieux-Montréal, que ce n’était pas le genre d’entreprise qu’il voulait développer.

« Marcher » jusqu’à Las Vegas

L’année suivante, M. De Baene a donc décidé d’amener tous ses employés – ils étaient une quarantaine – en voyage à Las Vegas.

«Quand on est revenus la première année, j’ai vraiment eu l’impression qu’on avait créé une tradition. Il y avait quelque chose dans l’air, les gens se connaissaient maintenant tous par leur nom», se souvient-il.

Cette année-là, il avait même ajouté un défi avant le départ. En équipe de quatre personnes, les employés devaient faire assez d’activités physiques pour «marcher» l’équivalent de la distance entre Montréal et Las Vegas.

«On a créé une table de conversion selon les sports pour accumuler le nombre de pas. On avait une carte avec le visage des employés qui avançaient vers la destination», raconte-t-il.

Depuis ce temps, les employés fêtent toujours le temps des Fêtes en voyage.

Les employés de GSOFT ont profité du soleil et de la plage lors des voyages à Cuba en 2015 et aux Bahamas cette année.
Photo courtoisie GSOFT
Les employés de GSOFT ont profité du soleil et de la plage lors des voyages à Cuba en 2015 et aux Bahamas cette année.

«C’est drôle parce que c’est à la suite de notre premier voyage qu’on a commencé à connaître du succès comme entreprise, que ç’a décollé pour nous», souligne M. De Baene, dont la compagnie a maintenant un chiffre d’affaires de plus de 45 millions de dollars.

GSOFT paie 75 % des frais et 88 % des employés ont accepté de payer la différence cette année pour aller profiter du soleil des Bahamas à la fin novembre durant quatre jours.

Durant le séjour, une journée d’activités est toujours organisée, où les employés doivent relever des défis en compagnie de collègues avec lesquels ils ne travaillent pas habituellement.

Le président et cofondateur de GSOFT, Simon De Baene, veut changer le monde du travail
Photo courtoisie GSOFT
Le président et cofondateur de GSOFT, Simon De Baene, veut changer le monde du travail
Photo courtoisie GSOFT

Faire la différence

«Au retour d’un voyage avec pratiquement tous tes collègues, tu te sens vraiment partie prenante d’un grand projet», souligne Catherine Salvail, une des employés.

Le président et cofondateur de GSOFT, Simon De Baene, veut changer le monde du travail
Photo courtoisie GSOFT

Ce voyage annuel ne vient donc pas seul, mais s’inscrit dans une culture d’entreprise que bâtit M. De Baene avec ses employés (voir texte plus bas).

«Les travailleurs d’aujourd’hui, surtout les milléniaux, et j’en suis un, veulent être motivés, guidés par une mission, des buts. On veut travailler dans une entreprise qui partage nos valeurs. On veut faire partie d’un projet dans un groupe où chacun fait une différence. Les gens heureux ont plus le goût de se dépasser», croit M. De Baene.

Les destinations pour la Fête de Noël chez Gsoft

  • 2011 : Las Vegas
  • 2012 : New York
  • 2013 : Miami
  • 2014 : République Dominicaine
  • 2015 : Cuba
  • 2016 : Bahamas

Pas que pendant les fêtes

Que se passerait-il si les gens avaient hâte d’aller travailler chaque matin? C’est la question que s’est posé Simon De Baene, président et cofondateur de GSOFT quand il a décidé en 2010 de faire les choses autrement. Le voyage entre collègues pour Noël s’inscrit dans une volonté de développer une nouvelle culture d’entreprise et un environnement de travail agréable. «On passe cinq jours par semaine à travailler, ça n’a pas de sens que ce soit un mal nécessaire. C’est long, 30 ans de notre vie à avoir hâte au week-end. Le bonheur au travail est la clé du succès», croit-il.

Vacances illimitées

Les employés de GSOFT n’ont pas de limite de journées de vacances. L’employeur ne calcule pas le temps qu’ils passent au bureau, mais leurs résultats. C’est donc le «gros bon sens» qui prime. Les employés n’ont qu’à discuter avec les membres de leur équipe s’ils souhaitent prendre des vacances afin de s’organiser pour que le travail se fasse quand même.

Voyages pour innover

GSOFT a loué un appartement cette année à Prague, en République tchèque, où les employés ont pu se rendre pour deux semaines par groupe de six personnes afin de travailler sur un nouveau projet de leur choix. Le concept de la GHouse a débuté en 2015 alors que des employés se sont rendus à Barcelone pour travailler sur de nouvelles choses et ainsi amener l’entreprise plus loin.

Barista et sieste au bureau

Un barista travaille à temps plein dans l’entreprise où il prépare des cafés pour les employés. «C’est son lieu de création», a souligné M. De Baene. Il y a aussi un espace fermé et réservé avec des matelas pour les employés, qui parfois font de longues journées, et qui auraient besoin de s’étendre quelques minutes avant de repartir.

Déjeuner et lunch santé

L’entreprise offre des fruits, du yogourt et se fait livrer des sacs de granolas pour les employés qui veulent se servir.

Ils peuvent aussi choisir parmi un menu de traiteur pour leur dîner, qui leur prépare des repas santé du lundi au mercredi. lls ne déboursent que 3 $ par repas, l’entreprise paie le reste.

Planche à roulettes et ping-pong

GSOFT a installé une rampe pour faire de la planche à roulettes afin que les amateurs de ce sport puissent se dégourdir les jambes. Il n’est pas rare non plus de voir des employés traverser le bureau sur leur planche ou en trottinette. Une table de ping-pong est aussi accessible.

Investir dans le party pour attirer les meilleurs

Il n’est pas surprenant de voir des entreprises créatives organiser des partys de fou à Noël, elles qui se livrent une chaude lutte pour garder les meilleurs employés.

«Une entreprise qui demande à ses employés d’être créatifs ne peut pas être sobre dans son party de Noël. Il faut qu’elle fasse elle-même ce qu’elle demande», insiste Arlaine Cossette de l’entreprise La Firme événements, qui propose des soirées éclatées.

Mme Cossette organise d’ailleurs des soirées grandioses avec des artistes de cirque qui servent des cocktails accrochés dans les airs, des Tyroliennes qui traversent la salle ou des alligators comme «accessoires» pour les photos. Des soirées de cette envergure peuvent coûter jusqu’à 250 $ par tête.

Investissements importants

«Plus on investit de l’argent — si l’employeur met le paquet —, plus l’employé est en mesure de voir que c’est une reconnaissance pour son travail et d’en tirer une certaine satisfaction», résume François Bernard Malo, directeur du Certificat en gestion des ressources humaines à l’Université Laval.

M. Malo n’est pas surpris que les événements les plus spectaculaires soient souvent organisés par des entreprises qui oeuvrent dans le domaine du multimédia, des nouvelles technologies ou de la publicité.

En plus d’être en croissance, ces domaines s’appuient sur leurs ressources humaines pour se développer et prospérer.

Avec le vieillissement de la population, les travailleurs sont de moins en moins nombreux et il existe beaucoup de compétition entre ces entreprises pour attirer et retenir les meilleurs employés.

Attirer du talent

«Ces entreprises doivent trouver des façons de faire parler d’elles, de se faire connaître et de se démarquer. Les employés ont conscience de leur valeur et ne vont pas hésiter à aller magasiner s’ils ne sont pas satisfaits», insiste le spécialiste.

L’agence de publicité et de marketing Sid Lee Montréal investit de son côté 50 000 $ par année pour les activités de Noël.

«C’est une somme assez importante, et les employés le reconnaissent. On gère du talent, il faut être capable d’en attirer. On organise de gros événements à Montréal. Il faut montrer qu’on peut en faire autant pour nos employés», insiste Martin Gauthier, président de Sid Lee Montréal.

Par ailleurs, faire un gros party de Noël n’est pas le seul facteur qui influence le bonheur d’un employé au travail. Si ce dernier n’apprécie pas son travail, ses collègues ou son patron, le party de Noël à lui seul ne sera pas suffisant.

«Le party, c’est la cerise, s’il n’y a rien d’autre sur le sundae ce n’est pas ça qui va attirer et retenir du personnel», illustre M. Malo.

Des entreprises d’ici qui en mettent plein la vue

Les employés de compagnie oeuvrant en création ont droit à des partys de Noël des plus grandioses

Spas, traîneaux à chiens et « gala des morons »

L’entreprise de publicité marketing Sid Lee amène chaque année en janvier ses employés pour une journée dans le grand air où l’on se moque des moins bons coups de l’année.

À midi, les quelque 400 employés cessent de travailler et prennent l’autobus, avec une boîte à lunch de Noël fournie, vers les Laurentides ou l’Estrie.

L’entreprise réserve des centres de villégiature ou des chalets pour ses employés. Durant la journée, ces derniers font des activités hivernales, comme du traîneau à chiens, de la luge, du patin ou du ski-doo. Ils peuvent aussi en profiter pour se faire masser ou se reposer dans des spas portatifs.

Les employés de Sid Lee qui disputent une partie de hockey pendant la sortie de Noël.
Photo Sid Lee
Les employés de Sid Lee qui disputent une partie de hockey pendant la sortie de Noël.

Après le cocktail où ils sont tous déguisés selon un thème déterminé, ils assistent au «Gala des morons», qui célèbre les meilleurs échecs de l’année. Une équipe s’occupe de monter une vidéo d’environ une heure qui présente les meilleurs échecs de l’année dans différentes catégories.

«L’objectif est de démontrer que c’est correct de faire des erreurs et d’en rire. C’est le moment le plus attendu de la journée», souligne Martin Gauthier, président de Sid Lee Montréal.

La soirée se termine avec un souper de Noël, et un DJ vient ensuite animer la soirée jusqu’au petit matin.

Danseurs et pièces de théâtre dans le party

L’entreprise de cosmétiques L’Oréal est aussi reconnue pour ses décors léchés et son fameux kiosque à maquillage lors de ses soirées de Noël.

Les décors de la soirée de Noël de l’Oréal en 2011.
PHOTO Jimmy Hamelin, L'Oréal Canada
Les décors de la soirée de Noël de l’Oréal en 2011.
L’incontournable kiosque à maquillage.
PHOTO Jimmy Hamelin, L'Oréal Canada
L’incontournable kiosque à maquillage.

Cette année, la soirée se déroulera sous la thématique Gatsby, les années 1920, avec des danseurs et des pièces de théâtre qui monteront sur une scène pendant la soirée.

«Les comédiens vont se promener dans la salle après les performances pour créer une ambiance, un dynamisme au thème de la soirée», explique Antoine Dalo, président du comité organisateur de la fête.

Chaque année, l’entreprise amène ses employés de Toronto à Montréal pour que les quelque 750 employés puissent fêter tous ensemble.

Les femmes ont toujours droit à leur coin retouches maquillage, qui est un intouchable, selon les organisateurs.

Les hommes cette année ne seront pas en reste et pourront profiter d’un endroit pour faire cirer leurs chaussures.

«On essaie toujours de surprendre, d’aller plus loin. Nous cherchons à suivre les tendances pour intéresser nos employés qui viennent de plus en plus de la génération des milléniaux. On commence en mars à préparer cette soirée», souligne M. Dalo.

Acrobates et manèges

Ubisoft à Québec organise toujours des soirées grandioses pour faire vivre une expérience unique à ses employés à l’occasion de Noël.

L’entreprise de jeux vidéo a choisi le thème du cirque cette année. Des acrobates, un homme fort, des manèges ainsi que des jeux de fête foraine seront de la partie.

Ubisoft de Québec aura des serveuses dans le genre de celle-ci pour leur soirée-cirque. Et il y aura de la barbe à papa avec le champagne... sur le costume.
Photo Courtoisie, La Firme événements,
Ubisoft de Québec aura des serveuses dans le genre de celle-ci pour leur soirée-cirque. Et il y aura de la barbe à papa avec le champagne... sur le costume.

Les quelque 400 employés pourront aussi disputer une partie de billard sur un terrain géant.

«Je voulais mettre la grande roue dans le stationnement, mais elle n’était pas disponible. C'est important pour l'entreprise de se dépasser. On ne peut pas demander à ses employés de le faire et d'offrir la simplicité», souligne Arlaine Cossette de l’entreprise La Firme événements, qui organise la soirée.

Massages, bronzages et pédicures

Beenox, une entreprise de jeux vidéo à Québec, a opté pour le thème du voyage dans le Sud.

«On cherche toujours les concepts les plus originaux. Il faut que tout soit merveilleux, rien n’est laissé au hasard, chaque détail compte», insiste Arlaine Cossette de l’entreprise La Firme événements, qui met sur pied la soirée de Beenox.

Des spas et des tables de massages seront installés dans la salle pour mettre aux 300 employés participants de relaxer.

Il y aura une tente de spray tan pour avoir l’air bronzé sans soleil, et des aquariums, où les poissons se chargeront de la pédicure.

Ceux qui veulent rester plus actifs pourront pratiquer leur swing dans les 9 trous ou affronter les vagues virtuelles dans un simulateur de surf.

En 2011, l’entreprise Beenox a organisé son party de Noël sous le thème du Grincheux.
Photo Courtoisie, La Firme événements,
En 2011, l’entreprise Beenox a organisé son party de Noël sous le thème du Grincheux.

Ailleurs dans le monde

Benoit Philie, Le Journal de Montréal

De nombreuses entreprises dans le monde offrent à leurs employés des vacances de rêve et des cadeaux hors du commun... Voici quelques exemples.

Google en grand

L’entreprise informatique est réputée pour les fêtes de bureau extravagantes qu’elle offre à ses employés aux quatre coins de la planète. Par exemple, à Dublin, en Irlande, Google aurait dépensé près de 420 000 $ en 2014 pour une seule et unique soirée de célébrations de Noël, selon le quotidien Irish Independant. Plus de 2500 employés étaient conviés à l’événement où avaient été installées une patinoire et une grande roue. Des acteurs incarnaient des personnages de toutes sortes inspirés du thème de la soirée: la grande ville de New York.

Noël aux Maldives

Le fondateur d’une académie d’arts martiaux basée à Singapour amène chaque année depuis 5 ans ses 100 employés en voyage pendant la période des Fêtes.
Photo Courtoisie
Le fondateur d’une académie d’arts martiaux basée à Singapour amène chaque année depuis 5 ans ses 100 employés en voyage pendant la période des Fêtes.

Le fondateur d’une académie d’arts martiaux basée à Singapour amène chaque année depuis cinq ans ses 100 employés en voyage pendant la période des Fêtes. Après la Thaïlande et l’Indonésie, les travailleurs se sont cette fois-ci envolés pour les Maldives, où ils ont séjourné dans un complexe 5 étoiles au bord de la mer. Un cadeau qui a coûté non loin de 650 000 $ au grand patron de l’entreprise, Chatri Sityodtong.

Sources : The Guardian, Agence France-Presse, The Irish Times, Irish Independant, Manor by the Lake, Virgin.com, Daily Mail.