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Les gars et l’école

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Le problème du décrochage scolaire des garçons est connu. Les garçons décrochent presque deux fois plus que les filles. Si on juge un arbre à ses fruits, force est d’admettre que notre système d’éducation comporte des failles par rapport aux gars.

Pourtant, le Conseil du statut de la femme a publié cette semaine un rapport sur l’égalité entre les sexes en milieu scolaire qui n’en fait pas véritablement mention. Je gage que si la situation avait été inversée, soit un décrochage supérieur chez les filles, une part importante du même rapport aurait sonné l’alarme.

Au contraire, le rapport du Conseil détaille les travaux d’un groupe de femmes qui se sont efforcées dans les dernières années à trouver dans les écoles et les cahiers scolaires des exemples de stéréotypes négatifs pour les femmes qui seraient encore véhiculés. Comme des chercheurs de bijoux avec leur détecteur de métaux sur une plage, elles ont fouillé et trouvé peu d’exemples convaincants.

Détourner l’attention

Sauf que leur exercice crée une gigantesque diversion par rapport à la vraie inégalité flagrante: l’écart de décrochage. Le choix de ne pas en parler n’est pas insignifiant, surtout dans un rapport dont le titre parle d’égalité entre les sexes.

Doit-on comprendre que le Conseil du statut de la femme utilise le mot égalité pour bien paraître pendant que ses travaux font un tri parmi les inégalités? J’ai d’ailleurs sursauté en entendant leur porte-parole tenter de justifier que le décrochage chez les garçons serait moins grave que chez les filles.

Avec des mots polis, l’étude du Conseil semble même ouvrir la porte à une réduction des chances des garçons dans le milieu scolaire. On y voit une remise en cause des programmes particuliers comme les concentrations sport-études s’adressant à des groupes de garçons. Pourtant, ces activités apparaissent comme un moyen d’accrocher certains sportifs à l’école.

Que dire de ce concept «d’interventions pédagogiques visant la socialisation égalitaire [...] hors classe»? Fini les jeux de gars à la récréation?

Compliqué

Comprenons-nous. Le problème est complexe. Le Québec n’est pas le seul endroit où les garçons ont tendance à quitter l’école trop tôt. Il s’agit au contraire d’un constat répandu. Mais la performance du Québec en la matière est particulièrement mauvaise.

Les solutions ne sont pas simples. Nous avons vu passer une multitude d’hypothèses au fil des ans. Il manque de modèles masculins parmi les enseignants. Les choix de romans ou d’autres textes de lecture sont faits par des femmes qui inconsciemment préfèrent des sujets plus intéressants pour les filles.

Certains pensent que l’ensemble du modèle de l’organisation scolaire rebiffe les gars. Pas assez de sport, d’activités qui brassent. D’autres croient que les garçons auraient besoin d’une approche plus pratique, moins théorique. Qui a raison? Qui détient la clé? Difficile à dire. Cependant, la négation du problème a peu de chance de nous mener à bon port.

Puisque cela semble n’être qu’une affaire de femmes, j’espère que le Conseil va recevoir l’avis des mamans inquiètes de la réussite de leurs fils.