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«L’amour ne peut se dire qu’en métaphore»

Je me voyage – 
Entretiens avec 
Samuel Dock
Julia Kristeva
Éditions Fayard
Photo courtoisie Je me voyage – Entretiens avec Samuel Dock Julia Kristeva Éditions Fayard

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Les étudiants universitaires en littérature, en linguistique et en sémiologie ont, un jour ou l’autre, entendu parler de Julia Kristeva, une sorte de papesse et d’idole de l’intelligentsia française.

Partie de sa Bulgarie natale, dont le gouvernement faisait encore partie du grand ensemble des pays communistes d’Europe de l’Est, avec la promesse d’une bourse d’études, elle arrive en France à la veille de Noël 1965. La jeune universitaire bulgare a 20 ans et ne connaît rien du milieu où elle va s’enraciner pendant plus de 50 ans. Dotée d’une belle intelligence, elle ne tarde pas à impressionner les intellectuels parisiens, parmi lesquels s’agitent déjà de grosses pointures, les Roland Barthes, Jacques Derrida­­, Michel Foucault, Jean-Pierre Faye, Jean-Paul Sartre, «la célèbre existentialiste» Simone de Beauvoir, Umberto Eco et, bien sûr, le turbulent Philippe Sollers, qui deviendra bientôt son époux.

Kristeva exercera une grande influence auprès de ces jeunes intellectuels qui discutent psychanalyse oscillant entre les pôles freudien et lacanien, philosophie, féminisme, structuralisme et communisme. Elle est une des rares femmes à se tailler une place dans ce cénacle très masculin, entre autres au sein de la revue d’avant-garde Tel Quel. Elle publiera de nombreux articles et ouvrages qui alimenteront la discussion et contribueront à comprendre cette période de grands questionnements et de grands bouleversements. Elle sera du groupe des premiers intellectuels occidentaux à se rendre en Chine, en 1974, en pleine révolution culturelle, depuis que ce pays a été admis à l’ONU, trois ans auparavant.

Renaissances multiples

Déçue quelque peu de la politique, elle se rapproche de la psychanalyse. «Toute cette période, dit-elle, était clairsemée de moments de découragement, de solitude, de désillusion, mais pas vraiment de dépression. Ponctuée de renaissances qui m’ont portée.» Son mariage avec l’écrivain Philippe Sollers fera partie de ces renaissances heureuses. Le créateur du «Nouveau Nouveau Roman» l’encouragea dans ses démarches et facilita son installation permanente en France, lui évitant de se retrouver­­ parmi les sans-papiers.

Sollers l’aidait à supporter l’exil, loin de son pays et de sa famille, l’aidait aussi à trouver le bonheur, ce «deuil du malheur». À son retour de Chine, elle aura maille à partir avec le groupe féministe qui lui avait payé le voyage en contrepartie d’un manuscrit sur la situation des femmes en Chine communiste. Dans Les samouraïs, un roman à forte saveur autobiographique – «le roman prolonge la psychanalyse par d’autres moyens» –, elle réglera ses comptes avec le milieu ­parisien. Elle, la déracinée­­, l’étrangère, la mère d’un enfant handicapé, admet fonctionner très mal en groupe et en confrérie et qu’elle a souvent eu des relations conflictuelles avec certaines­­ féministes.

Fidèle à son éducation communiste, elle se préoccupe toujours du sort des «exclus, des fragiles et des mal-aimés» autour d’elle et dénonce «ces radicalisations intégristes, nouveaux visages du totalitarisme, qui asservissent­­ les femmes, les condamnent à l’ignorance et à la maltraitance, leur dénient­­ toute liberté»...

On en sait très peu sur sa relation amoureuse avec Philippe Sollers, qui dure depuis­­ plus de cinquante ans. Ce sont les plus beaux passages de ces entretiens. La recette du bonheur? «L’amour ne peut se dire qu’en métaphore», écrit-elle.

On referme ce livre d’entretiens avec l’impression d’avoir découvert une femme plus grande que nature, dotée d’une profonde humanité, qui a franchi de nombreuses frontières et barrières, «pour aller jusqu’au bout du sens et de la vie».

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