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Le mythe libéral de l'économie

Le mythe libéral de l'économie

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C'est bien connu, les libéraux sont les meilleurs pour l'économie du Québec. C'est bien connu pour ceux qui ont avantage à avancer cette narrative. Cependant, comme je le dis souvent, ce sont les péquistes qui sont les meilleurs. Ils ne sont pas meilleurs par dessein, mais plutôt par accident (voir mes articles ici, ici, ici et mon livre sur l'histoire économique du Québec ici). Quand les libéraux essaient de me faire une sérénade sur l'économie, je suis toujours assez froid. En fait, je m'inquiète quand un politicien me dit vouloir s'occuper de l'économie. Alors, l'affirmation du premier ministre cette semaine mérite qu'on s'y attarde un peu.

Le premier ministre a affirmé avoir amélioré les finances publiques afin de permettre le financement continu des programmes sociaux québécois. Mais les libéraux (entre 2003 et 2016) ont largement augmenté les dépenses publiques relativement au PIB (d'environ 22% à 26%) (voir ici). Dès le retour aux déficits, le gouvernement libéral a tenté de rétablir l'équilibre largement en augmentant les taxes (pas autant depuis 2014 cependant). Pour mieux voir ceci, il suffit de réaliser qu'à la fin du "plan" libéral, le gouvernement québécois dépensera davantage relativement à l'économie du Québec que lorsque les péquistes ont quitté le pouvoir en 2003. Prenez une pause pour une seconde et laisser ce fait s'intaller dans vos mémoires: à la fin de leur plan, les libéraux auront laissé un État plus imposant que celui les péquistes. À toutes fins pratiques, les libéraux essaient juste - très mal - de nettoyer les dégâts qu'ils ont fait.

Ensuite, parlons d'emploi. Soyons clairs, je ne considère pas l'emploi comme un indicateur de vitalité économique très important. Bien sûr, l'emploi affecte la production et la croissance, mais un emploi ce n'est pas un bénéfice c'est un coût! Lorsque j'occupe un emploi, c'est le fardeau que je dois porter pour obtenir le bénéfice que je désire: des biens, des services, des loisirs, des livres (beaucoup) et bien plus. Plus mon emploi est productif, plus le coût que j'assume est minime. Dit autrement, si l'emploi était un bénéfice, nous pourrions demander à tous les Québécois de construire des routes avec des cuillères! Si on devait construire des routes avec des cuillères, nous serions au plein emploi tout en étant tragiquement pauvre!  Idéalement, on devrait vouloir travailler si peu longtemps en produisant tellement au cours de cette période qu'on puisse avoir la capacité de consommer tous les loisirs qu'on veut, N'importe quel politicien qui me parle d'emploi me démontre qu'il ne comprend pas cette cruciale nuance et qu'il risque d'empirer les choses. Un politicien qui parle de productivité, de croissance ou d'efficience est légèrement supérieur à celui qui parle d'emplois.

Mais, aux fins de l'argument, oublions mon commentaire "théorique". Puisque les libéraux veulent être jugés en fonction des emplois qu'ils créent, indulgeons-les! Comme le bloggeur de gauche Jeanne Émard (disclaimer: il est aussi un membre actif de l'équipe de Québec Solidaire, mais il a raison sur ce point) souligne souvent, les libéraux semblent insister sur l'utilisation des données de l'enquête sur la population active (EPA). Cet ensemble de données est souvent revisé après quelques mois puisqu'il est conçu d'une manière à donner des aperçus globaux de la situation économique. Ils sont généralement plus timides lorsqu'on souligne une autre enquête - reconnue comme étant largement plus précise - qui devrait rendre tiède. L'enquête sur la rémunération et les heures de travail (EERH) de Statistiques Canada propose des résultats beaucoup plus modestes. Cette enquête possède le défaut de toujours être publié avec un délai significatif sur le moment présent (alors que nous sommes en décembre, les données de septembre viennent juste de sortir alors que l'EPA est disponible jusqu'en novembre). En 2015, alors que les libéraux se vantaient des 68,700 emplois qu'ils avaient crée en citant l'enquête sur la population active, les données du EERH montraient une stagnation de l'emploi. Et si on mettait à jour ce "fait stylisé"?

Le graphique associé à ce billet de blogue montre que l'emploi privé et l'emploi total au Québec semble varier entre 100% et 105% du niveau observé au premier trimestre de 2014. Au même moment, la population en âge de travailler (voir la note associée à cette série dans le graphique) augmente. Avec la stagnation virtuelle de l'emploi (plus ou moins), l'augmentation de la population suggère que le taux d'emploi ne semble pas surgir comme les libéraux essaient de nous faire croire. Donc selon cet indicateur que les libéraux ont eux-même choisis comme indicateur de leur succès, on a autant de raison de s'exciter qu'une dinde à la veille de l'action de grâce!

Non, le bilan libéral en matière d'économie ne mérite pas l'attention qu'on lui donne.