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Une ancienne esclave des gangs lutte contre les proxénètes

Une victime de la traite humaine fait tout pour libérer d’autres femmes de leur bourreau

GEN-MELANIE-CARPENTIER
Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

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Une ancienne esclave sexuelle battue à plusieurs reprises et dont le corps a déjà été vendu par des proxénètes est devenue l’ennemie des pimps en aidant les femmes qui tentent de fuir les gangs de rue.

Mélanie Carpentier s’est prostituée pendant trois ans. On l’a humiliée, battue, vendue. Maintenant qu’elle s’est affranchie du proxénète qui s’est enrichi sur son dos, elle passe tout son temps à aider des femmes qui tentent à leur tour de reprendre leur vie en main.

«Quand tu as réussi à t’en sortir, tu ne peux t’empêcher de te sentir privilégiée, mais responsable de celles qui y sont restées», a dit Mélanie Carpentier.

Depuis qu’elle a fondé l’organisme La Maison de Mélanie en 2013, elle a connu des femmes qui se sont fait enlever leur tatouage au fer à repasser, elle s’est fait raconter les horreurs de viols collectifs, a vu des femmes coucher par terre comme des chiennes et être droguées 24 heures sur 24 afin d’être capable de «faire» le plus de clients par jour.

Elle ne compte plus les fois où elle a retrouvé des filles complètement terrorisées à l’idée de retrouver leur liberté, sans rien à manger, à moitié nues et sans argent, qui sont retournées travailler pour leur pimp.

Ennemie

Avec le temps, elle est devenue l’ennemie qui veut enlever le pain de la bouche des proxénètes. Mais malgré les menaces, elle n’a pas peur d’eux.

«Je suis très prudente, car quelques-uns essaient encore de m’intimider», a raconté celle qui étudie maintenant en criminologie à l’université. Selon elle, il serait étonnant qu’ils s’approchent d’elle puisqu’elle est bien connue des autorités.

Il n’y a pas si longtemps, c’est elle qui appartenait à un proxénète. Elle a pensé mourir à plusieurs reprises en raison de la violence sexuelle extrême et physique dont elle a été victime.

Elle passe environ 50 heures par semaine à aider bénévolement celles qui, comme elle, sont tombées amoureuses d’un homme qui les a ensuite forcées à se prostituer.

N’importe qui

Mélanie Carpentier a dû soutenir des femmes éduquées, avec une belle carrière, à se défaire de leur proxénète.

«La traite humaine n’est pas un problème de classe sociale, c’est quelque chose qui peut arriver à tout le monde», dit-elle.

«C’est très difficile pour les victimes d’admettre qu’elles ont perdu le pouvoir de leur vie au détriment d’un individu ou un groupe d’individus qui les a exploitées et réduites à un statut d’objet», explique Mélanie Carpentier.

En pleine croisade contre les proxénètes, Mélanie Carpentier écoute attentivement une victime de la traite humaine qui se confie à elle lors d’une rencontre survenue l’automne dernier.
Photo collaboration spéciale, magalie lapointe
En pleine croisade contre les proxénètes, Mélanie Carpentier écoute attentivement une victime de la traite humaine qui se confie à elle lors d’une rencontre survenue l’automne dernier.

♦ Pour infos: www.lamaisondemelanie.ca

 

Un canon sur sa tête

 

Mélanie Carpentier a vu des gens se faire tuer, elle a été agressée, violée, battue, intimidée, elle a dansé nue et pourtant elle refuse d’être identifiée comme une victime.

«Je crois qu’être victime est un état d’esprit. Accepter de l’avoir été est primordial pour s’en sortir, c’est la première étape, mais tu ne restes pas victime toute ta vie», croit Mélanie Carpentier.

La directrice de La Maison de Mélanie a décidé de se sortir des gangs de rue et de l’esclavage sexuel à l’âge de 21 ans après avoir eu un fusil pointé dans sa direction pendant qu’elle assouvissait les désirs sexuels d’un motard criminel.

«Pour te punir de ton retard, tu vas nous sucer chacun à notre tour», lui a ordonné un membre d’une gang qui avait «acheté» Méla­nie Carpentier.

C’est en descendant le pantalon du client que le revolver est tombé sur la jupe de l’ancienne esclave sexuelle. L’homme l’a pris et a pointé le canon vers Mélanie Carpentier. C’est à ce moment précis qu’elle a décidé de s’en sortir.

«Je me suis dit, révèle Mélanie, si jamais il te tire dessus, il ne t’emmènera pas à l’hôpital. Il te jettera dans les ordures», a relaté la survivante.

Ça faisait alors trois ans qu’elle était payée pour ses services sexuels.

Selon elle, sortir de ce milieu est une des choses les plus difficiles à faire. C’est à la fois dangereux physiquement, mais ça prend également une grande force psychologique, car, quelque part, les filles recherchent toujours la vie de princesse qu’on leur avait promise à la première rencontre.

 

Frôler la mort par l’homme qu’elle aimait

 

Une victime de la traite humaine aidée par Mélanie Carpentier affirme qu’il n’existe pas assez de ressources pour ces femmes vulnérables.

Cette femme connaissait son agresseur, il était son compagnon de vie, son ami, son confident, mais également son proxénète.

«Un soir, j’ai cru mourir enfermée dans la salle de bains. Il y avait des armes blanches tout autour et je saignais abondamment. J’ai frôlé la mort de près, mais j’étais incapable de partir. Ses belles paroles et ses excuses m’ont convaincue de rester. Je l’aimais tellement», dit une ancienne esclave sexuelle dont on doit taire l’identité pour sa protection.

Les biens

Cette victime âgée de 19 ans a dansé dans des bars de danseuses nues et son corps a été vendu dans l’Ouest canadien. Elle raconte avoir touché des sommes astronomiques: «1000 $ ce n’était rien pour moi, c’était comme un 20 $. Je n’ai rien gardé de ces gains», raconte la survivante.

Elle raconte avoir mangé dans des restaurants chics, avoir habité dans de magnifiques condos et avoir reçu des cadeaux de très grande valeur. Aujourd’hui, elle est très consciente que ces présents et ces sorties arrivaient toujours le lendemain d’une très grande fessée. «Il me faisait oublier le mal et je pensais que c’était moi le problème», a dit la jeune adulte.

Mélanie Carpentier a aidé psychologiquement cette victime. Elle l’a accompagnée pour remplir les différents documents de l'Indemnisation des victimes d'actes criminels (IVAC), lui a donné les différents numéros de téléphone à contacter pour connaître ses droits.

Elle a assuré sa sécurité et, surtout, lui a prouvé qu’il y avait de l’espoir.

«Mélanie est devenue plus que de l’aide. Elle est comme une deuxième maman avec qui je partage chaque situation de ma vie», a dit la survivante de la traite humaine.

 

Une maison sans toit

Contrairement à ce que son nom laisse entendre, l’organisme La Maison de Mélanie n’a toujours pas d’endroit pour loger les femmes en raison d’un manque de financement chronique. Parfois, Mélanie Carpentier ouvre la porte de son domicile aux femmes qu’elle aide, le temps de leur trouver une place. Son rêve serait évidemment d’avoir un endroit pour loger ces femmes et intervenir auprès d’elles.