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Diffamation : Djemila Benhabib gagne sa cause

L’École musulmane de Montréal la poursuivait pour des propos qu’elle a tenus à la radio

Au procès, Djemila Benhabib a soutenu qu’elle n’avait pas diffamé l’École musulmane de Montréal. La juge lui a donné raison, mardi.
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Au procès, Djemila Benhabib a soutenu qu’elle n’avait pas diffamé l’École musulmane de Montréal. La juge lui a donné raison, mardi.

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L’auteure Djemila Benhabib n’aura pas à verser un sou à l’École musulmane de Montréal qui la poursuivait en diffamation, a tranché le tribunal dans une décision réitérant l’importance de la liberté d’expression.

«Nous avons gagné, a réagi Mme Benhabib sur Twitter depuis la France, où elle est présentement. Justice a été rendue. Merci à mon avocat Marc-André Nadon + tous mes soutiens. Merci mille fois!»

Me Nadon s’est aussi dit satisfait de la décision de la juge Carole Hallée, qui, selon lui, confirme les principes bien établis concernant la liberté d’expression.

Dans un jugement de 43 pages, la magis­trate a ainsi donné raison à Mme Benhabib, qui était poursuivie pour 95 000 $ à cause de propos tenus au 98,5 FM en février 2012.

Lors de l’entretien avec l’animateur Benoît Dutrizac, elle avait comparé l’enseignement confessionnel musulman offert à l’École musulmane de Montréal (EMM) à «de l’endoctrinement digne d’un camp militaire en Afghanistan ou au Pakistan».

Elle avait également affirmé, entre autres, que les étudiants devaient­­ mémoriser des versets coraniques­­ misogynes, et que les filles devaient porter le voile.

Pour l’EMM, il s’agissait là de diffamation­­. La juge Hallée a conclu que non.

«Une personne raisonnable ne conclurait pas que les propos tenus en ondes par Djemila Benhabib sont diffamatoires, écrit la magistrate. Cette personne comprendrait qu’elle y exprimait de bonne foi son opinion honnête et sa croyance sincère, qu’elle est libre de partager ou pas.»

Liberté d’expression

La juge a également noté que l’entrevue n’était pas un reportage journalistique, mais plutôt un éditorial sur la question de l’enseignement islamique au Québec. Et Mme Benhabib n’a fait qu’utiliser sa liberté d’expression, est-il indiqué dans le jugement.

«En somme, les propos de Djemila Benhabib sont au cœur de la raison d’être de la liberté­­ d’expression, soit de favoriser la participation active aux débats sur des sujets d’intérêt public ayant un impact sur la prise de décisions d’intérêt social et politique», explique la juge.

«Préjudice énorme»

Et cette liberté d’expression est essentielle, a poursuivi la magistrate.

«À défaut d’accorder autant de protection à la liberté d’expression dans un contexte de débat d’intérêt public, c’est la société qui subira un préjudice énorme», dit-elle.

Ainsi, des débats ne pourraient plus avancer, des sujets ne seraient plus abordés, et «tous cesseraient d’en parler», a écrit la juge.

«Ce ne sont pas les élèves ni leurs parents qui ont été visés par les propos de Djemila Benhabib, a conclu la magistrate. Elle n’a critiqué aucun individu, mais bien une école [...] dans un contexte de sujets d’intérêt public.»

Ni l’EMM ni son avocat Me Julius Grey n’ont rappelé Le Journal. L’École a 30 jours pour porter le jugement en appel.