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Cuba: ils devraient avoir honte

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Ça fait trois semaines que Fidel Castro est mort. Et ça fait trois semaines qu’un artiste cubain croupit en prison parce qu’il a osé écrire un graffiti sur les murs de La Havane: «Se fue» («Il est parti»).

Danilo Maldonado Machado s’est filmé en train d’écrire ces mots et il a posté une vidéo en ligne dans laquelle il encourageait ses compatriotes à «sortir dans les rues» et à «réclamer plus de libertés».

Il a été arrêté chez lui, emprisonné, frappé, placé en confinement solitaire, nu et sans nourriture.

J’ai un message pour tous les artistes, politiciens et commentateurs qui ont chanté les louanges de Castro et son grand humanisme: vous devriez avoir honte d’avoir fermé les yeux sur la dictature sanglante qui règne à Cuba, aussi bien sous Fidel que sous Raúl.

OÙ SONT NOS ARTISTES ?

«Personne ne devrait être arrêté pour avoir exprimé des opinions poli­tiques», a déclaré le directeur de Human Rights Watch (HRW) pour les Amériques.

L’organisme a demandé la libération de Machado. Une avocate américaine envoyée à Cuba par HRW pour plaider sa cause a été arrêtée vendredi.

Danilo Machado, dont le nom d’artiste est «El sexto» est connu à Cuba. Son graffiti le jour de la mort de Fidel n’est qu’un autre de ses coups d’éclat. Il avait peint les noms de Fidel et Raúl sur deux cochons, en 2014, ce qui lui avait valu dix mois en prison.

J’espère que tous les bien-pensants qui ont pleuré la mort de Castro sans mentionner ses milliers de victimes vont ressentir une petite gêne aujourd’hui en lisant ce qui est arrivé à «El Sexto».

Et si ça ne les ébranle pas un peu, j’ai une autre histoire à leur raconter...

UN CUBA LIBRE AVEC ÇA ?

Le 8 décembre avait lieu à La Havane Le Festival de cinéma lati­no-américain. Des artistes, comme Oliver Stone et Brian de Palma, sont venus de partout pour célébrer, un cigare à la main, la force de la culture et la beauté de la liberté.

Sauf qu’un film qui devait être présenté au festival a été retiré de l’affiche.

De quoi parlait ce film que les festivaliers n’ont jamais pu voir?

Il s’agit de Santa et Andres, un film de Carlos Lechuga, 33 ans, qui dénonce la façon dont Fidel Castro a traité les homosexuels dans les années 1970, les envoyant dans des camps de travail, les ostracisant ou les empêchant de travailler. Oui, Fidel détestait ceux qu’il appelait «los enfermitos», les petits malades.

C’est un organisme officiel cubain qui a décidé de censurer le film qui «présente une image de la révolution qui la réduit à une expression d’intolérance et de violence». De plus, le film «fait des références inacceptables au camarade Fidel». À Cuba, on ne critique pas la révolution. Et on critique encore moins Fidel.

L’AVEUGLEMENT VOLONTAIRE

Un cinéaste cubain fait un film pour dénoncer l’horrible traitement réservé aux gais sur l’île et son film est censuré. Un artiste dissident est arrêté le jour même de la mort de Fidel.

Justin Trudeau, Ségolène Royal et les autres bien-pensants vont-ils encore clamer qu’il n’y a pas de problème de liberté à Cuba?