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Pharmacien soupçonné de consommer de la coke, il est radié d'urgence pour protéger le public

Soupçonné de consommer de la coke, un pharmacien est mis sur la touche provisoirement

Le pharmacien Spyridon Koutsouris a été radié provisoirement hier. On lui reprochait notamment d’avoir fait de fausses inscriptions au dossier de patients et d’avoir gonflé le prix de médicaments.
Photo d’archives Le pharmacien Spyridon Koutsouris a été radié provisoirement hier. On lui reprochait notamment d’avoir fait de fausses inscriptions au dossier de patients et d’avoir gonflé le prix de médicaments.

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Un pharmacien soupçonné par plusieurs de ses employés de consommer de la cocaïne vient d’être radié d’urgence pour assurer la protection du public.

Selon la plainte du syndic de l’Ordre, le pharmacien Spyridon Koutsouris a refusé de se soumettre à un test de dépistage de drogues qu’il lui a demandé au cours des dernières semaines.

Il a plutôt demandé à son propre médecin de lui faire faire un test qui s’est avéré négatif. Cela n’a toutefois pas été jugé suffisamment fiable par le syndic pour lui permettre de continuer à pratiquer.

L’ordonnance de non-publication touchant les allégations sur la consommation a été levée hier, au moment où sa radiation a été prononcée. Son avocate avait tenté d’empêcher la diffusion de ces informations contenues dans la plainte du syndic et qu’il nie fermement.

Poudre blanche sous le nez

Des témoignages recueillis dans le cadre de l’enquête du syndic indiquent toutefois que le pharmacien a été observé par un employé sortant des toilettes avec de la poudre blanche sous le nez. D’autres ont parlé de propos incohérents, de sautes d’humeurs et de reniflements persistants.

Au cours d’une visite dans l’une de ses deux pharmacies, le syndic a demandé un échantillon d’urine. Le pharmacien a refusé, disant ne pas avoir envie. Un rendez-vous a été pris quelques jours plus tard au Laboratoire Biron pour un test sur un échantillon d’urine et de cheveux.

Or, le pharmacien ne s’est jamais présenté au rendez-vous.

Fausses ordonnances

En plus de ses problèmes présumés de consommation, on reproche au pharmacien d’avoir fait de fausses réclamations à la RAMQ pendant des années.

En utilisant de fausses ordonnances verbales ou en renouvelant des ordonnances sans raison, il aurait ainsi obtenu des sommes colossales.

En mai 2015, il s’est engagé à rembourser 2,37 M$ à la RAMQ. Or, même après cette entente, il aurait continué son manège, mais dans une moindre mesure.

Début décembre, il s’est retrouvé devant le conseil de discipline pour une radiation provisoire qui est entrée en vigueur hier. Il n’a donc plus le droit de pratiquer jusqu’à ce que le dossier soit entendu sur le fond par le conseil.

Les allégations du syndic sont contestées par le pharmacien et n’ont pas encore été prouvées devant le conseil.

Des faits troublants*

  • Il a refusé un test de dépistage aux drogues à partir d’un échantillon de cheveu, prétextant avoir déjà eu une greffe. Il ne s’est pas non plus présenté à un test d’urine prévu au Laboratoire Biron. Il a plutôt demandé un test à son médecin, qui s’est avéré négatif.
  • Des employés et collègues de sa pharmacie ont décrit un comportement erratique, de fréquentes visites aux toilettes, des traces de poudre blanche sous le nez.
  • Une enquête de la RAMQ a permis de découvrir un écart de 2,6 M$ entre les réclamations faites par le pharmacien et ses commandes entre 2011 et 2013. En mai 2015, il a accepté de rembourser 2,37 M$.
  • Selon l’Ordre, la plupart des fausses réclamations visaient des médicaments très dispendieux, notamment contre le cancer.
  • Il aurait inscrit de fausses informations aux dossiers de patients pour justifier les fausses réclamations.
  • Il aurait également inventé plusieurs ordonnances verbales provenant d’un médecin. Dans certains cas, il a également renouvelé des médicaments sans justification.
  • Durant son enquête, le syndic a découvert qu’il aurait fourni des somnifères à une pharmacienne à son emploi. Cette dernière a reçu 6000 comprimés entre le 1er octobre 2012 et le 23 décembre 2015. Or, sa prescription prévoyait 90 comprimés par mois, soit un total de 2430.
  • Malgré l’enquête de l’Ordre des pharmaciens dont il faisait l’objet, il aurait continué à renouveler certaines ordonnances considérées comme étant fausses ou non conformes par la RAMQ.
  • Il aurait permis à des amis, propriétaires de résidences pour aînés et médecins, de ne pas payer leurs médicaments.

*Informations tirées de la plainte du syndic de l’Ordre des pharmaciens du Québec