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La guerre contre Noël se poursuit

La crèche de Noël n'a plus autant de signification pour les Québécois d'aujourd'hui que leurs parents et grands-parents.
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Une chose m’a frappé, ces derniers-jours, au fil des conversations, des échanges, des discussions avec des amis de différents milieux, et de différentes sensibilités politiques : c’est qu’au fil des ans, le commun des mortels a intériorisé l’idée qu’il y a une guerre contre Noël. C’est que chacun en a fait l’expérience, à l’école de ses enfants, au centre commercial, ou encore, en s’intéressant à l’actualité. Malgré le scepticisme des intellectuels progressistes, qui ridiculisent l’idée d’une guerre contre Noël, le commun des mortels a compris qu’il y a une lutte politique et identitaire majeure qui se mène autour des références chrétiennes dans les sociétés occidentales : notre société est-elle en droit de se définir au moins partiellement à partir de ses racines chrétiennes? D’une année à l’autre, cette guerre est plus ou moins intensément menée, ou du moins, plus ou moins médiatiquement rapportée - on se souvient des années délirantes avec le Joyeux décembre! Mais une certitude habite désormais l’homme ordinaire : la fête de Noël a désormais une dimension politique et identitaire même si heureusement, elle ne se laisse pas d'abord définir ainsi.

Comme d’habitude, cette guerre politique prend d’abord la forme d’une guerre de vocabulaire : peut-on encore dire «joyeux Noël» et ne pas se contenter d’un insipide «joyeuses fêtes de fin d’année»? Le commun des mortels, pour parler encore de lui, ne fait pas de la politique à temps plein. Il n’analyse pas la réalité à partir d’une grille idéologique bien construite – et c’est tant mieux. Mais de temps en temps, il sent qu’on touche quelque chose d’important. Alors il fixe une barrière, une borne, une frontière, qui est celle du bon sens et de la décence. Une ligne derrière laquelle il ne veut plus reculer. Le joyeux Noël a désormais cette fonction. C’est comme une protestation du bon sens: nous pouvons bien, s’il le faut, accommoder la «diversité» selon les exigences éternelles de l’hospitalité, mais nous en avons assez de nous effacer. Dire Joyeux Noël, c’est aussi devenu une manière de rappeler implicitement que nous sommes chez nous et que ce coin du monde a reçu l’empreinte heureuse du christianisme. Le commun des mortels sent bien ce que nos élites intellectuelles peinent à prendre au sérieux: la défense des symboles identitaires d’une nation et d’une civilisation est une nécessité vitale. Il sent aussi qu'une déchristianisation complète du monde occidental aboutirait à sa dissolution.

Cette inquiétude populaire vient peut-être aussi de ce qu’on pourrait appeler la mondialisation de la guerre contre Noël. Ces derniers temps, c’est en France que la guerre contre Noël s’est déplacée, notamment avec la question de la place de la crèche sur la scène publique. Est-ce qu’une mairie est en droit d’installer une crèche? Depuis un an, on en parle d’une manière ou d’une autre À Paray-le-Monial, la justice vient de trancher : c’est non. Dans le présent contexte politique et idéologique, en France, cette interdiction relève d’un terrible manque de jugement: quand une nation est agressée, il faut éviter de piétiner ses symboles, surtout quand ce sont justement eux qui sont visés. Il faut quand même rappeler que la justice ne s’est pas toujours montrée aussi insensible ces derniers temps. On ajoutera aussi qu’il y a quelque chose d’absurde à confier aux tribunaux la responsabilité de déterminer quels symboles identitaires une nation peut mettre ou non de l’avant.

Officiellement, c’est au nom de la laïcité, qui proscrit la confusion entre le politique et le religieux, qu’on lutte contre les crèches dans les mairies. Il existe effectivement une telle chose qu’un laïcisme militant à la française, qui a historiquement travaillé fort à effacer les marques de la religion catholique de la vie publique. La laïcité est certainement un idéal politique essentiel, mais on ne saurait lui demander de définir à elle-seule l’identité collective, comme l’a déjà noté Jean Sévillia. Mais aujourd’hui, c’est pour d’autres raisons qu’on entend chasser la crèche des mairies. Si on veut déchristianiser l’identité collective et ses inscriptions politiques, c’est pour éviter qu’elle ne soit discriminatoire à l’endroit des minorités non-chrétiennes issues de l’immigration. Au nom du principe de non-discrimination, on entend javelliser l’identité nationale. Dans la logique de la gauche multiculturaliste, le simple fait de rappeler que toutes les religions n’ont pas laissé a même empreinte sur l’identité collective représente déjà un scandale.

Chose certaine, l’héritage chrétien de nos sociétés est devenu un enjeu politique majeur : à travers lui, on se questionne sur ce qu’on appellera notre identité de civilisation. Le défendre, qu’on soit croyant ou non croyant, c’est rappeler que notre société n’est pas un espace neutre sans profondeur historique, sans identité culturelle, sans culture particulière. En d’autres mots, cela consiste à rappeler que nos sociétés ne sont pas que des sociétés, mais des peuples. C’est aussi conserver des rituels qui nous lient aux générations précédentes, à ce qui, du monde d’avant, ne doit pas mourir. L’homme a besoin d’habiter un monde qui n’est pas une construction purement artificielle, strictement définie selon les exigences du temps présent. C’est pour cela qu’il tient à ses traditions : parce qu’elles le définissent comme être historique. Fêter Noël, c’est assurer, en quelque sorte, de la solidarité entre les générations qui traversent des époques différentes mais qui continuent d’habiter le même monde, et qui, pour reprendre la formule de Bérénice Levet, veulent faire valoir leur droit à la continuité historique.