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Les grandes firmes informatiques veulent séduire les politiciens

Elles lancent un plan d’action pour avoir plus de contrats et sortir de la crise

Les grandes firmes informatiques veulent séduire les politiciens
Photo d'archives

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Après avoir obtenu la part du lion avec près de 3 G$ de contrats avec le Québec depuis une décennie, des grandes firmes informatiques se disent maintenant «en crise» et ciblent des politiciens pour les convaincre de redonner plus de contrats au privé.

Depuis que le gouvernement libéral a commencé à faire le ménage en informatique, les firmes privées ont moins d’ouvrage. Entre 2013 et 2015, la valeur des contrats octroyés est passée de 750 à 350 M$ par année.

«La situation n’a pas toujours été celle que l’on connaît aujourd’hui, au contraire», peut-on lire dans un plan de gestion de crise obtenu par notre Bureau d’enquête.

Il vient d’être produit par une firme de relations publiques mandatée par le Regroupement des partenaires du gouvernement en technologie de l’information (RPGTI). Il s’agit du lobby regroupant la plupart des firmes qui obtiennent le plus de contrats avec Québec, comme CGI, Bell, IBM, Fujitsu, Microsoft et Cisco, notamment.

Députés visés

 

Le plan d’action du Regroupement, qui veut «rétablir un contexte favorable au développement du secteur québécois des technologies de l’information», comme nous l’a écrit par courriel le secrétaire général Robert Pilote.
Le plan d’action du Regroupement, qui veut «rétablir un contexte favorable au développement du secteur québécois des technologies de l’information», comme nous l’a écrit par courriel le secrétaire général Robert Pilote.

Par ce plan d’action, le lobby vise des politiciens et de hauts fonctionnaires afin qu’ils soient «favorables à une recrudescence des contrats et investissements structurants» en informatique. Les députés Patrick Huot, Sam Hamad, Éric Caire et Nicolas Marceau sont notamment ciblés.

Le plan souligne que la moitié des membres du RPGTI prévoient effectuer des mises à pied l’année prochaine, qu’il y a une «perte de confiance généralisée» et que le nombre de contrats est en décroissance depuis 2013.

Le RPGTI estime que la «mauvaise perception» de son industrie s’explique notamment par le fait que, dans les «médias, c’est le bordel informatique». Le lobby juge que «quelques projets ont connu des difficultés, sinon des ratés importants».

Les médias

Le regroupement de firmes remet aussi en doute ce que les médias écrivent. «À tort ou à raison [certains décideurs] pensent que ce qu’ils ont lu et relu dans les médias est vrai, ne serait-ce qu’en partie», lit-on dans le document.

Le RPGTI soulève aussi que les «partis d’opposition» sont «plutôt» critiques. La «culture discrète» n’a pas non plus permis de «ralentir le train qui prenait de la vitesse», expose le document. Le «man­que de leadership» dans la modernisation des lois, «l’impact de [...] l’austérité» et les constats du vérificateur général ont aussi créé cette «mauvaise perception», lit-on.

 

Les coups durs depuis 2013

  • L’UPAC a arrêté le codirigeant de la firme EBR et le patron informatique du ministère de la Sécurité publique, Abdelaziz Younsi, pour fraude.
  • L’UPAC a arrêté huit individus, dont les deux premiers, trois anciens employés d’IBM et deux fonctionnaires de Revenu Québec. Ils sont soupçonnés d’avoir participé à un stratagème de fraude.
  • L’UPAC a exposé dans un rapport que «l’hypothèse de la présence de collusion et de corruption dans les technologies de l’information, à l’instar de l’industrie de la construction, est validée».
  • L’UPAC a perquisitionné au ministère de la Justice concernant des allégations de malversation dans un contrat impliquant le ministère et une firme privée.
  • La vérificatrice générale a écrit que «les éléments, dans leur ensemble, augmentent les risques de collusion et de corruption» en informatique. Des firmes ont préparé des appels d’offres qu’elles ont gagnés et des consultants privés travaillent au public durant 10 ans comme s’ils étaient des fonctionnaires.