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C'est dans un centre d'achats que la magie des Fêtes s'est emparée de moi

C'est dans un centre d'achats que la magie des Fêtes s'est emparée de moi
Christina Labelle

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Quand les glitters rouges s’emparent des rayons du Dollorama au lendemain de l’halloween, j’ai l’âme qui me noircit pis le coeur qui me ratatine.

Bon, je suis peut-être un peu jalouse du fait que Noël fait un peu d’ombre à ma fête (pourtant en novembre), mais c’est trop tôt. C’EST TROP TÔT.

Cinquante-cinq jours de préparation pour une veillée, c’est complètement disproportionné comme build-up.

Quand décembre se pointe la face, je me sens souvent comme si j’étais attachée à une track de chemin de fer et que j’entendais le train siffler au loin. Ben un train... Peut-être plus le chariot du père Noël avec 92 wagons bien remplis d’angoisses, de frustrations et de stress, qui me passeront tranquillement sur le corps.

Ho ho ho asti.

Je ne suis pas complètement séchée. J’aime un peu ça, Noël.

J’ai même fait mon sapin le 3 décembre cette année, parce que je recevais des amis. Au menu : musique de Noël (les classiques là), jeux de société et potluck pour une armée.

J’étais même déguisée en boule de Noël pour l’occasion; j’ai ressorti de ma penderie ma robe dorée probablement fait dans le même tissu que les rideaux du Château de Versailles.

C’est en plaçant mes poinsettias poussiéreux en plastique dans ma salle de bain que j’ai souvenir de m’être fait croire que cette année, je me prendrais d’avance pour mes cadeaux.

Cette soudaine vague de motivation n’était finalement qu’une vaguelette.

Dès le lendemain, j’ai dit à mes proches que je ne voulais pas de cadeaux. C’est complètement égoïste, mais je n’avais pas envie de m’empiffrer de centres d’achats à la recherche d’un bidule pour un et une carte cadeau pour l’autre.

Les damnées cartes-cadeaux, qui semblent à elles-seules faire rouler l’économie...

À moins d’avoir l’idée d’offrir quelque chose de spécial à quelqu’un que j’aime en ayant la certitude que cette personne va capoter en déballant son cadeau, je n’aime pas acheter sous pression.

Et le malaise si la personne haït ça. Choo-choo... Un autre wagon d’angoisses.

De grâce, laissez-moi me goinfrer de bouchées M&M pendant que vous déballez vos cossins.

Mais hier, malgré tout, j’ai néanmoins décidé de piler sur mes principes pour aller voir comment ça se passe dans un centre d’achat quand on est à la dernière minute. J’imaginais une faune humaine agressive, agacée et pressée. Je jugeais d’avance le mortel consommateur de bébelles.

Je m’étais même préparée mentalement à vivre une panique d’agoraphobie telle que vécue au Rockfest dans le passé.

J’avais même choisi le Carrefour Laval, la Mecque ultime de la surconsommation.

Mais...

Je... Je... Je pense que la magie des fêtes s’est emparée de moi.

Oui, il devait y avoir 2 564 289 humains autour de moi, mais c’était correct.

Tout le monde était gentil, poli et serein.

Dans certains magasins, il devait y avoir un homme au pied carré, attendant patiemment leur rendez-vous préalablement arrangé avec un commis sympathique. 

C'est dans un centre d'achats que la magie des Fêtes s'est emparée de moi
Christina Labelle

J’ai vu des files d’attente interminables, mais qui, étonnamment, avançaient au pas. Et un homme qui en laisse passer un autre en guise de politesse. 

C'est dans un centre d'achats que la magie des Fêtes s'est emparée de moi
Christina Labelle

J’ai vu des papas s’amuser à prendre des selfies avec les enfants en attendant le retour de maman qui, j’imagine, était partie à la conquête de joujoux.

J’ai vu deux amis prendre le temps de jouer aux cartes en plein milieu du mail.

J’ai vu un couple portant un chandail double, tout sourire en prenant une photo avec le père Noël, sans se formaliser d’incarner à deux la signification de l’expression « quétaine en crisse». 

C'est dans un centre d'achats que la magie des Fêtes s'est emparée de moi
Christina Labelle

J’ai vu un homme dormir sur les sofas du mail, nullement dérangé par le bourdonnement des emplettes massives. Tellement cliché. 

C'est dans un centre d'achats que la magie des Fêtes s'est emparée de moi
Christina Labelle

Je souriais. Je trouvais ça beau.

QUOI?

Tous mes préjugés? Mon coeur séché de Grinch? Que s’est-il passé?

J’ai réalisé que j’avais hâte à Noël.

Hâte de retrouver ma mère qui m’a préparé 75 sortes de desserts. Normalement, il reste de ses petites douceurs jusqu’en juin. Rendu-là, elle goûte un peu le congélateur, mais c’est correct.

Hâte de m’obstiner avec ma soeur au Rummy parce qu’elle a défaite la planche de jeu et qu’elle ne se souvient plus ce qu’elle a joué. Elle finit toujours par gagner de toute façon.

Hâte que mon père prenne une photo familiale devant le sapin avec le retardateur, mais qu’on la reprenne quatre fois parce qu’il ne programme pas la caméra comme il le faut à chaque fois avec ses mains pleines de pouces. Sans oublier le chat terrifié par mon père qui court dans le salon pour être certain d’arriver à temps pour prendre la pose.

Hâte que ma tante s’endorme sur le divan parce qu’elle a bu trop de vin.

Hâte d’être dégoutée en voyant mes cousins se bourrer de desserts riches en calories à s’en baver dessus.

Dans le fond, ce ne sont pas les centres d’achats ou les décorations précoces des rayons du Dollorama qui font Noël, mais plutôt les traditions que ces 2 564 289 humains perpétueront avec leur propre famille demain.

La preuve : j’ai même pas acheté un maudit cadeau dans ma virée au centre d’achat, sauf du linge mou pour moi.

Faque, enwaille le chariot avec tes 92 wagons. Passe-moi sur le corps, je suis prête.

Je suis attendrie.

Je suis Noël.