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Stéphane Ouellet au Rousillon

Yvon Michel a toujours pris un soin jaloux de Stéphane Ouellet.
Photo d'archives Yvon Michel a toujours pris un soin jaloux de Stéphane Ouellet.

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C’était le 17 décembre 1991. Il y a 25 ans. À l’hôtel Roussillon à Jonquière. Autrement dit, dans un champ entre Jonquière et Arvida. Devait faire frette comme le diable, fait toujours frette au Saguenay.

Le froid sec, Yvon Michel ne s’en souvient pas. Mais il se souvient de tout le reste. L’entrevue devait durer deux heures. Raconter les meilleures anecdotes de 25 ans de carrière dans la boxe, ça demande du souffle.

Après trois heures, on s’est dit qu’il y avait de quoi remplir un livre. D’ailleurs, Yvon Michel a présentement des offres pour raconter les aventures de son incroyable carrière dans un livre. Les autres éditeurs sont maintenant au courant.

C’était tellement passionnant qu’à un moment donné, j’ai cessé de prendre des notes. Pour savourer un moment ou pour rire d’une autre anecdote. Et pourtant, j’ai un gros calepin rempli...

LE COMBAT AU ROUSSILLON

Lors de son dernier championnat amateur en 1991, Stéphane Ouellet a pu miser sur les bons conseils d’Yvon Michel d’Abe Pervin que l’on voit à la droite.
Photo d'archives
Lors de son dernier championnat amateur en 1991, Stéphane Ouellet a pu miser sur les bons conseils d’Yvon Michel d’Abe Pervin que l’on voit à la droite.

Yvon Michel était le coach de l’équipe nationale canadienne. Un beau coach amateur. Sauf que dans son équipe, il y avait deux jeunes qui pétaient de talent et d’ambition. Stéphane Ouellet et Éric Lucas: «Mais le vrai talent, c’était Stéphane Ouellet. C’est pour lui que je me suis lancé dans la boxe professionnelle», raconte Michel.

Tout en conservant son poste de coach amateur de l’équipe nationale, Yvon avait mis sur pieds avec des partenaires une compagnie pour lancer ses deux poulains: «Nous étions 42 investisseurs à 5000 $ chacun. Ça incluait RDS parce que le premier président Gerry Janneteau croyait en Stéphane. Le groupe s’appelait Box-Art et a été le support des dix premiers combats. Dans ce temps-là, j’étais dans le coin des boxeurs avec Abe Pervin, Bob Miller et Russ Anber», raconte Michel.

Pour vous dire, Abe Pervin a aujourd’hui 96 ans et est toujours entraîneur de boxe.

Sur cette vignette croquée en 1995, Yvon Michel consulte des documents en compagnie d’Éric Lucas et Stéphane Ouellet.
Photo d'archives
Sur cette vignette croquée en 1995, Yvon Michel consulte des documents en compagnie d’Éric Lucas et Stéphane Ouellet.

Ce premier combat professionnel au Roussillon restera toujours spécial. Pour faire la promotion de ce tout premier gala, Yvon Michel avait pu compter sur une partenaire inattendue. Le père de Stéphane était le peintre Angémil Ouellet, un homme discret et tranquille. Mais maman, elle, avait pris les choses en mains: «Olivette Ouellet avait été extraordinaire. Elle avait vendu des tickets, avait appelé les médias, elle a passé au moins un an à nous aider à faire la promotion de son garçon. Tant au Saguenay qu’à Montréal. Je ne l’oublierai jamais», de dire Yvon Michel.

Stéphane n’a pas oublié non plus...

L’AMENDEMENT YVON MICHEL

Les choses déboulaient vite pour Yvon Michel et Box-Art. Et Stéphane Ouellet, sans doute le plus talent des 25 ans d’Yvon Michel chez les pros, faisait saliver bien des promoteurs.

Yvon Michel poursuivait son travail d’entraîneur de l’équipe nationale. Le meilleur de l’histoire et sans doute le plus innovateur du siècle. Même Stéphan Larouche qui n’est pas le meilleur ami d’Yvon Michel, reconnaît que c’est Michel qui a bâti de «a» à «z» le programme de boxe au Canada.

«Fallait que ça arrive un jour. Lors d’un congrès de la fédération, y a quelques zélés qui ont proposé l’adoption d’un règlement interdisant à tout entraîneur de l’équipe nationale d’œuvrer en même temps dans la boxe professionnelle. J’ai bondi sur mes pieds. Il n’était pas question que je perde tout le travail fait avec Stéphane Ouellet et Éric Lucas. J’ai pris le micro et j’ai lancé que si la proposition était adoptée, c’était parfait mais qu’il faudrait accepter sur le champ ma lettre de démission. Après bien des discussions, on a décidé d’ajouter un amendement Yvon Michel au règlement. On m’a autorisé à travailler dans les deux domaines. Je pouvais continuer mon travail chez les pros», de raconter Yvon Michel.

ÉRIC LUCAS À CUBA

En 1996, la fédération de boxe de Cuba organise un grand tournoi de boxe amateur. Évidemment. Yvon Michel décide d’emmener Éric Lucas à venir s’entraîner en même temps que durait le tournoi. Lucas se préparait à affronter Roy Jones junior, le meilleur livre pour livre au monde de l’époque.

Fallait trouver de bons partenaires d’entraînement pour Lucas: «On était à Camagüey, la troisième plus grande ville de Cuba et il fallait se dépêcher. J’ai vite fait courir le bruit dans les gyms cubains que j’offrais un dollar américain pour chaque round qu’on tiendrait devant Éric. Le premier jour, ils sont venus une trentaine de boxeurs pour essayer de gagner deux ou trois dollars. Mais la qualité n’était pas là. Le lendemain, j’ai changé mon offre en disant que je donnerais 10 $ US à quiconque serait capable d’envoyer Éric Lucas au tapis. Je vais te dire, y a fallu que Lucas trime dur», raconte Yvon en riant de bon cœur.

Vous devez connaître la suite. Aussi invraisemblable que cela ait pu paraître à l’époque, Éric Lucas avait tenu le coup pendant douze rounds contre Roy Jones. En fait, le combat avait été arrêté avant le douzième à cause d’une énorme coupure sur l’œil gauche de Lucas.

Les commentateurs américains se demandaient pourquoi Yvon Michel n’avait pas arrêté le combat plus tôt. Parce que Lucas avait un cœur de lion.

Une vingtaine d’années plus tard, Roy Jones et Éric Lucas se sont croisés autour  d’un ring alors que Jones était dans le coin de Jean Pascal ou analyste à la télé américaine.

Quand il a revu Éric Lucas, il l’a serré contre lui.

Avec le même respect qu’il avait montré après le combat en 1996.

DANS LE CALEPIN

Demain, dans le deuxième volet de cette série, Yvon Michel raconte comment le tout jeune Stéphane Ouellet avait flanqué une raclée à Glen Johnson au gymnase d’Angelo Dundee à Hollywood en Floride...