/news/consumer
Navigation

Des milliers de dollars versés pour des chalets qu’ils n’ont pas eus

famille-chalet-laurentides
Photo Hugo Duchaine Anastassia Tsvetkova (à droite) avait loué avec 13 de ses proches, amis et enfants un chalet à Piedmont à 2500 $ pour le jour de l’An. Ils ont finalement fêté le Nouvel An chacun de leur côté et le père de l’un d’eux, en visite de la Moldavie, n’aura pas visité les Laurentides.

Coup d'oeil sur cet article

Au moins une quinzaine de familles ont vu leurs vacances du temps des Fêtes gâchées après avoir dépensé des milliers de dollars pour louer des chalets dans les Laurentides dont elles n’ont jamais pu profiter.

«Tous les jours, il y a une histoire différente, une nouvelle excuse, mais jamais de remboursement», dénonce Audrey-Frédérique Rousseau, qui faisait partie d’un groupe de huit adultes et sept enfants voulant défoncer la nouvelle année dans un chalet au pied des montages.

Ils disent avoir déboursé 3000 $, payés en deux versements à Sylvain Berthelet et son entreprise, Les chalets de prestige, à Piedmont, dans les Laurentides. Mais lorsqu’est venu le temps d’avoir les clés, M. Berthelet est resté «introuvable et injoignable».

Ils ne sont pas les seuls. La famille et les amis d’Anastassia Tsvetkova ont déboursé 2500 $ pour trois nuits à Piedmont dans un chalet pour 13 personnes. La veille, M. Berthelet s’est dit victime de vandalisme et incapable d’honorer leur réservation, mais il ne les a toujours pas remboursés.

«Je le croyais, jusqu’à ce que j’appelle la Sûreté du Québec. Ils m’ont dit qu’il était bien connu et que j’étais loin d’être la seule», avance-t-elle.

En effet, Le Journal a recueilli les témoignages de plus d’une quinzaine d’autres personnes qui avaient loué des chalets pour Noël et le jour de l’An, sans jamais en voir l’intérieur. Même la célèbre famille Mathers de Saint-Eustache, reconnue pour sa fortune, s’est fait piéger.

Plusieurs ont dit avoir porté plainte à la SQ, qui ne peut toutefois pas confirmer si une enquête est en cours.

D’anciens employés de M. Berthelet ont même tenu à le dénoncer en lançant une page Facebook pour y regrouper ses présumées victimes. Plusieurs sites internet qui annonçaient ses chalets semblent aussi les avoir retirés à la suite de plaintes.

Depuis cet été

Déjà cet été, la grogne contre Les chalets de prestige avait commencé à monter, lorsque plusieurs clients se sont offusqués du mauvais service.

«On devait avoir les clés à 15 h et on a attendu M. Berthelet quatre heures dans le stationnement du Burger King, pour finalement avoir un autre chalet qui puait, sans climatiseur et sans spa», se souvient Marie-France Provost.

Ce n’est rien à côté du cauchemar qu’ont vécu 27 Marseillais qui avaient réservé un manoir auprès de M. Berthelet pour finalement s’entasser dans un chalet de quatre chambres avec des matelas au sol et pas assez d’oreillers pour tout le monde.

Élodie Barbezat se rappelle avoir talonné pendant tout un week-end l’homme d’affaires pour obtenir un dédommagement et avoir même dû appeler la SQ pour qu’il sorte de chez lui la rencontrer. Elle a relaté ses déboires dans une plainte formulée à Tourisme Québec.

Déjà illégal

De plus, le maire de Piedmont soutient que la location de moins de trois mois est tout simplement interdite dans sa municipalité, qui a intenté plusieurs recours contre Sylvain Berthelet.

«C’est une nuisance au niveau du bruit dans les quartiers résidentiels. Égoïstement, j’aimerais qu’il parte dans une autre ville», laisse tomber Clément Cardin.

Il promet de rembourser ses clients

<b>Sylvain Berthelet</b><br>
<i>Homme d’affaires</i>
Sylvain Berthelet
Homme d’affaires

«Je ne veux voler personne», assure l’homme d’affaires Sylvain Berthelet, joint au téléphone par Le Journal, tout en étant incapable de dire quand ses clients seront remboursés.

Ce dernier allègue que sa vie est menacée et que c’est pour cette raison qu’il se cache et qu’il n’a pas pu trouver des chalets à ses clients ou les rembourser.

Il a même raccroché au nez du représentant du Journal lorsqu’on lui a demandé en quoi le fait de se cacher l’empêchait de faire des virements Interac en ligne, par exemple.

Il a expliqué au Journal et à des clients mécontents qu’il a commencé les remboursements, mais il n’a pas été en mesure de mentionner lesquels.

M. Berthelet estime que ses anciens employés tentent de miner sa réputation. Il reconnaît toutefois que des clients ont payé pour des chalets qu’ils n’ont jamais eus.

L’homme d’affaires admet aussi avoir fait de la surréservation, soit de réserver un même chalet aux mêmes dates pour plusieurs clients. Cependant, il assure avoir toujours trouvé d’autres chalets où loger ses clients par le passé.

Lié à un prêtre

L’entreprise que gère M. Berthelet, Les chalets de prestige, est enregistrée au nom d’un prêtre du Nouveau-Brunswick, Claude Côté, qui vit dans un presbytère d’Edmundston.

Ce dernier n’a pas rappelé Le Journal. Son cabinet d’avocats a expliqué par courriel qu’il procède «présentement à des vérifications et si elles s’avèrent concluantes, il entamera des procédures judiciaires pour régulariser la situation».

En 2011, l’entreprise «Chalets prestige» appartenant à M. Berthelet a été dissoute par le gouvernement fédéral pour non-conformité. L’homme d’affaires a aussi des antécédents judiciaires de voies de fait notamment, d’après des documents de cour.

Des conseils pour ne pas se faire avoir

Avant de verser un dépôt pour louer un chalet, les Québécois devraient toujours mener une enquête sur l’entreprise ou son propriétaire. Et la première règle est de ne surtout pas tout payer avant d’avoir les clés en mains propres, conseille l’Office de la protection du consommateur (OPC).

Précautions à prendre

  • Toujours donner le plus petit dépôt possible
  • Ne jamais payer la totalité de la location avant de prendre possession des lieux. Si un propriétaire exige la somme totale avant, c’est un premier signe qu’il faut s’en méfier, dit l’OPC.
  • Pour le paiement, vaut mieux privilégier la carte de crédit, qui offre plus de protection aux consommateurs en cas de fraude. Les virements bancaires ne peuvent être renversés, met en garde l’OPC.
  • Éviter les sites internet et agences de location qui se délient de toute responsabilité.
  • Vérifier l’adresse, par exemple sur le rôle foncier de la municipalité, pour voir à qui l’endroit appartient.
  • Vérifier auprès de Tourisme Québec si l’entreprise y est enregistrée.

Recours

  • Le seul recours pour ce qui est de la protection des consommateurs est la représentation trompeuse, c’est-à-dire que l’annonce ne correspond pas finalement au chalet obtenu.
  • S’ils se sentent lésés, les clients peuvent recourir aux petites créances pour se faire rembourser.
  • Toutefois, même une victoire en cour ne garantit pas pour autant un remboursement, avertit l’OPC, d’où l’importance d’assurer ses arrières avant de délier les cordons de sa bourse.