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Le prix d’un médicament double

Le fabricant refuse de dire pourquoi le Trianal est passé de 85 $ à 158 $ par mois

Trianal
Photo Éric Yvan Lemay

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Un médicament contre la douleur utilisé surtout par les personnes âgées a vu son prix doubler d’un coup, sans que la compagnie donne d’explications.

Les patients qui prennent du Trianal depuis des années doivent maintenant se serrer la ceinture pour continuer de soulager leurs violents maux de tête ou d’autres douleurs.

«C’est beaucoup d’argent. Pour arriver, c’est difficile, mais je n’ai pas le choix», dit une retraitée de Laval qui ne veut pas être identifiée par son nom. Elle a vu sa facture mensuelle passer de 85 $ par mois à 158 $ entre les mois de juillet et d’août dernier.

Cela veut dire qu’il lui en coûtera près de 900 $ de plus par année pour un médicament qu’elle prend depuis longtemps. Pourtant, elle a toujours le même nombre de comprimés à la même concentration. Elle a tenté de cesser de prendre ce médicament, mais elle s’est retrouvée à l’urgence.

Comme le Trianal n’est pas couvert par la RAMQ, elle n’a pas d’autre choix que de payer de sa poche, à même ses maigres économies de retraite. «Comme le produit n’est pas inscrit sur la Liste de médicaments, la RAMQ ne peut pas intervenir», indique le porte-parole de la RAMQ, Marc Lortie.

Scandales aux États-Unis

Aux États-Unis, plusieurs scandales de hausses spectaculaires de prix ont marqué l’actualité ces deux dernières années.

La compagnie Riva, qui fabrique le Trianal, n’a pas répondu aux appels de notre Bureau d’enquête au cours des dernières semaines. Son président, Olivier St-Denis, n’a pas été en mesure de nous rencontrer lorsque nous nous sommes présentés au laboratoire de Blainville, sous prétexte d’un horaire trop chargé. Selon nos informations, le Trianal est maintenant facturé pratiquement au même prix qu’un médicament générique concurrent. Ce dernier, le Ratio-Tecnal, était surtout prescrit lors des ruptures de stock du Trianal.

Siège social des Laboratoires Riva à Blainville.
Photo Chantal Poirier
Siège social des Laboratoires Riva à Blainville.

Trouver des solutions

Pour Paul G. Brunet, du Conseil pour la protection des malades, le ministre doit intervenir. «On doit trouver des solutions pour soigner nos personnes âgées», lance-t-il.

<b>Paul G. Brunet</b><br /><i>Conseil pour la protection des malades</i>
Photo d'archives
Paul G. Brunet
Conseil pour la protection des malades

Selon lui, la RAMQ peut attirer l’attention du ministre sur une explosion du prix du médicament. «La Régie a un pouvoir d’initiative, d’attirer l’attention du ministre ou de l’INESSS.»

Il poursuit en disant que s’il n’existe pas de solution de rechange, ce dernier organisme gouvernemental devrait inscrire le Trianal sur la liste des médicaments remboursables.

Il faut dire que le Trianal est une médication qui n’est presque plus prescrite pour de nouvelles ordonnances surtout en raison des grands risques d’accoutumance. La plupart des clients sont des personnes âgées qui l’utilisent depuis longtemps.

D’autres hausses spectaculaires

  • L’an dernier, des Québécois ont été touchés par la hausse spectaculaire du Thiola, utilisé pour des problèmes aux reins, notamment. Un gestionnaire de fonds américain a fait passer le coût du médicament de 5000 $ à 85 000 $ par an. Le prix de ce médicament, non remboursé par la RAMQ, a explosé après l’achat des droits d’exploitation du médicament par Martin Shkreli, qui a aussi suscité la polé­mique en faisant passer le prix d’un autre médicament, le Daraprim, de 13,50 $ à 750 $ la pilule.
  • Certains médicaments fabriqués par la multinationale de Laval, Valeant, ont triplé et même sextuplé l’an dernier. C’est le cas de la Cuprimine, dont le prix a fait exploser le coût des assurances aux États-Unis.
  • À la fin de l’été, l’EpiPen, fabriqué par la compagnie Mylan, a fait les manchettes aux États-Unis. Le prix d’un traitement d’urgence pour les chocs allergiques est passé de 100 $ en 2007 à plus de 600 $. La compagnie s’est engagée à verser 465 millions $ aux autorités en octobre dernier.