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La diabolisation de Trump

La diabolisation de Trump
Photo AFP

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Diaboliser l’adversaire en ­politique appartient à la nature humaine. C’est le réflexe de ceux qui, à court d’arguments, veulent démolir ceux qui ne pensent pas comme eux. C’est à vrai dire une manière démagogique et infantile d’affronter un contradicteur.

Or, comment comprendre Trump si on l’enferme dans un personnage caricatural à qui on ne reconnaît aucune qualité? Qu’on décrit seulement comme un ­ignoble, un fou ou un salaud.

Vivement que les journalistes et les commentateurs encore sous le choc de sa victoire retrouvent leurs esprits. Comme la plupart des gens, d’ailleurs, sinon nous allons tous demeurer aveugles et subir sans préavis les retombées de la politique américaine sous sa gouverne.

Pour déstabiliser un adversaire, il faut non seulement identifier ses failles, mais aussi ses forces. Donald Trump a réussi l’inimaginable, c’est-à-dire se hisser à la tête du parti républicain, lui qui a été ­démocrate, pour remporter ensuite l’élection présidentielle.

Défenseur des classes moyennes

Ceux qui croient que seul l’argent l’a hissé à la fonction suprême se leurrent. Hillary Clinton nageait dans l’argent elle-même. Trump a réussi ce tour de force de convaincre non ­seulement les extrémistes, mais aussi la petite classe moyenne et nombre de pauvres que lui, le milliardaire issu d’un milieu aisé, serait leur défenseur.

Contrairement à son image diabolisée, Donald Trump n’appartient pas à l’extrême droite de son pays. Ni dans sa vision de l’économie – il n’est pas libertaire – ni sur le plan social et religieux. Il n’est ni un «Jesus freak», ni un moralisateur. Macho, oui sans doute, mais il subit l’influence ­évidente de sa fille toute puissante, une féministe bon teint, diplômée de la Wharton School en Pennsylvanie, une école de commerce prestigieuse. Elle a suivi ainsi le parcours académique de son père.

Compromis ?

Donald Trump, affublé de tous les maux, sera le 20 janvier le président de la plus grande puissance mondiale, n’en déplaise à tous ses détracteurs dont je suis. Et ses décisions auront un impact considérable si l’on s’en tient à quelques intentions répétées à coups de tweets à 140 caractères. Ce mode de communication simpliste et affligeant pour celui qui va exercer un pouvoir déterminant sur ses citoyens et sur la planète tout entière.

Trump est le pur produit de la tourmente politique qui fait des ravages dans nos démocraties. Il en est le plus ­flamboyant, le plus rustre, le plus ­imprévisible, mais certainement pas le plus inquiétant.

Comment, une fois installé à la Maison-Blanche, se comportera-t-il avec les institutions, le Congrès, la Cour suprême, la Constitution? Quels compromis fera-t-il sous la pression de l’opinion publique? Compte tenu de son expérience des affaires, on peut penser qu’il aura la ­prudence de protéger l’économie américaine, plus interdépendante que jadis avec le reste de la planète. Entre ses ­désirs exprimés de protectionnisme et la brutale réalité des lois, des règlements et des ententes internationales, naviguera-t-il à vue au risque d’être emporté par ses préjugés?

Sur le plan international, il découvrira que les affaires et le commerce ne sont pas un absolu lorsqu’on gouverne un pays. La politique, la grande, repose sur la passion, l’intangible, la fourberie et quelques convictions. Poutine, qu’il ­admire à la manière d’un gamin, sera-t-il son talon d’Achille?

Donald Trump n’est pas le diable, mais un diable d’homme. Puissant, mais ­vulnérable dans la cour des grands.