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Blocage islamiste au Maroc

Le premier ministre marocain Abdelilah Benkirane.
Photo AFP Le premier ministre marocain Abdelilah Benkirane.

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Depuis trois mois, le premier ministre du Maroc, Abdelilah Benkirane, tente de former un gouvernement de coalition. En vain.

La plupart des autres partis politiques marocains refusent de s’allier à Benkirane sans avoir obtenu de sérieuses garanties. C’est que le parti de Benkirane, le Parti de la justice et du développement, est un parti islamiste. Le bras de fer entre Benkirane et les autres partis prend de plus en plus l’allure d’une lutte entre les islamistes et les autres forces du pays, à commencer par le roi.

1. Qui est le Parti de la justice et du développement?

Le Parti de la justice et du développement a pris le pouvoir une première fois en 2011 à la faveur de la vague du printemps arabe. Le roi du Maroc Mohammed VI avait alors été obligé de concéder certains pouvoirs pour garantir la stabilité sociale et politique de son pays. Aux élections législatives du 7 octobre dernier, ce parti a remporté 125 sièges sur 395. Le parti fait de la lutte contre la corruption et de la promotion de l’éducation une priorité. Il veut aussi implanter un islam fondamentaliste avec des spécificités marocaines.

2. Quel est le nœud du problème?

Douze partis ont remporté des sièges aux dernières élections. Le système électoral marocain empêche tout parti de gagner la majorité des sièges. Le parti qui remporte les élections est donc condamné à gouverner au moyen d’une coalition, ce qui rend très fragile l’exercice du pouvoir. Le problème est que la société marocaine est divisée entre islamistes et non-islamistes. Les partis non islamiques, proches du roi, veulent que la coalition gouvernementale comprenne un grand nombre de petits partis, de manière à noyer les islamistes et à rendre plus difficile la prise de décisions. Les islamistes, au contraire, veulent peu de partis avec eux dans la coalition. Ils désirent en particulier que le parti Istiqlal, un parti conservateur et nationaliste, devienne membre de la coalition. Ce parti est arrivé troisième aux dernières législatives. Il détient un nombre appréciable de sièges (46).

3. Quelles est la situation sociale et économique au Maroc?

Le Maroc possède une économie très dynamique (4,5 % de croissance en 2015), mais aussi très corrompue. Le chômage est élevé, à près de 10 %, en particulier chez les jeunes des villes (39 %). Près de 60 % de la population habite les villes. Environ 80 % des hommes et 60 % des femmes savent lire et écrire. La société est ainsi en partie polarisée entre une population jeune, éduquée et mécontente dans les villes et une population plutôt conservatrice, ignorante, mais relativement heureuse de sa condition dans les campagnes.

4. Que va-t-il arriver?

Le roi du Maroc va faire des pressions sur les partis pour qu’ils s’entendent. Mais déjà plusieurs dirigeants et observateurs de la scène marocaine prédisent des élections anticipées pour bientôt..