/opinion/blogs/columnists
Navigation

La fin de mandat ratée d'Obama

La fin de mandat ratée d'Obama
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Barack Obama prononcera ce soir son discours d’adieu dans sa ville de Chicago. La teneur de ses propos risque de nous indiquer ce que sera son rôle lorsqu’il quittera la Maison-Blanche. Sera-t-il un commentateur aguerri, n’hésitant pas à intervenir dans le débat public, ou s’imposera-t-il au contraire un sévère devoir de réserve ? Le chroniqueur Richard Hétu l’écrivait dans La Presse dimanche : Obama ne quitte certainement pas dans la honte, avec 58 pourcent de taux de satisfaction. Cependant, comme le rappelle aussi Hétu, Obama a aussi été un véritable champion des défaites au Congrès, et le Président sortant pourrait être porté à travailler activement sur ce front avec les militants démocrates.

Ce billet ne vise pas à traiter du bilan de la présidence Obama, mais bien de la fin de la présidence Obama, depuis l’élection de son successeur. La victoire de Trump, Obama ne la digère pas, pas plus que la victoire des Républicains tant au Sénat qu’à la Chambre des représentants que chez les gouverneurs.

On reconnaît souvent la grandeur dans la noblesse lorsqu'il faut faire face à la défaite. Les Québécois se rappellent allègrement le « à la prochaine fois » d’un René Lévesque dépité en 1980. Se sentant vraisemblablement désavoué par les siens, Obama ne se montre pas à la hauteur.

Il y a tout d’abord eu cette décision de protéger une trentaine de sites coraux de l’Arctique et de l’Atlantique pour éviter que son successeur n’y favorise des forages. J’en suis bien heureux mais je me garderai d’applaudir trop fort Obama, et ce, pour deux raisons. La première, c’est que la protection en question n’est pas si bétonnée qu’elle ne le semble. La seconde, c’est que sur les huit ans du régime Obama ces sites n’ont pas été sanctuarisés avant son dernier mois en fonction. Mais, fondamentalement, pourquoi le faire à ce moment-ci ? Poser la question, c'est y répondre.

Puis, il y eut cette déclaration ridicule à l’effet qu’il aurait remporté un troisième mandat s’il avait eu le droit d’en solliciter un. Il peut certainement le penser et on peut légitimement croire qu’il a raison. Mais le déclarer publiquement n’est aussi irrespectueux envers Trump qu’envers Hillary Clinton, sous-entendant qu’une candidature plus forte aurait pu faire gagner les Démocrates.

Pour clore la boucle, Obama a empoisonné les relations avec la Russie, un pays du G8, quelques semaines avant de passer le pouvoir à son successeur. Les rumeurs de piratage russe sont assez sérieuses pour qu’on s’y intéresse de près, mais les informations actuelles ne justifient aucunement, à ce stade-ci, la crise diplomatique que représente l’expulsion de 35 diplomates russes. Ce n’est pas un geste léger à entreprendre en fin de mandat en se basant sur des sources encore fragiles. Vladimir Poutine a parfaitement bien réagi en évitant d’embarquer dans ce jeu-là. Par ailleurs, il est pour le moins ironique d’entendre les États-Unis se plaindre d’ingérence étrangère dans leurs affaires internes... It takes one to know one, comme on dit au pays de l’Oncle Sam.

Ce soir, Barack Obama devrait éviter de jouer au mauvais perdant.