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La grosse machine à faire peur du Parti libéral

Canada drapeau unifolié
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Il m’arrive souvent de confondre les publicités politiques du Parti libéral avec de vieux sketchs de RBO, sauf que les premières sont involontairement drôles. Le PLQ, comme il fallait s’y attendre, vient de lancer sa campagne de diabolisation contre Jean-François Lisée, le chef du PQ. Le thème : d’ici 2018, les libéraux répéteront sans arrêt lot mot «référendum». RÉFÉRENDUM, RÉFÉRENDUM, RÉFÉRENDUM, RÉFÉRENDUM, RÉFÉRENDUM, RÉFÉRENDUM. Lisée a beau avoir promis qu’il ne fera pas de référendum dans son premier mandat, les libéraux reviennent à la charge: c’est qu’en fait, il utilisera tout ce premier mandat à préparer le référendum qu’il tiendra dans son second mandat. Lisée est présenté comme un petit tacticien qu’on ne saurait croire d’aucune manière.

On peut être certain d’une chose: si Lisée avait annoncé un moratoire sur tout référendum pour une décennie, les libéraux auraient répondu que le PQ veut transformer les dix prochaines années en campagne référendaire permanente. Et ainsi de suite. Le PLQ est le véritable obsédé du référendum: il espère chaque fois se faire élire ou réélire en se présentant comme le meilleur barrage contre un prochain référendum sur l’indépendance. C’est qu’il n’a rien d’autre à dire. Dans la mesure où les Québécois sont pour l’instant réfractaires à la possibilité même d’un grand débat public sur la souveraineté, il n’est pas dit que cette stratégie sera inefficace. Un peuple politiquement amorphe et à la mémoire abimée est plus facilement manipulable, et le PLQ le sait. Et le PLQ mise sur la mutation démographique du Québec, à laquelle il travaille, pour devenir politiquement indélogeable.

Il y a quelque chose de minable dans cette stratégie qui entend créer une polarisation référendaire artificielle alors que les souverainistes eux-mêmes conviennent que l’indépendance n’est pas vraiment à l’ordre du jour, tellement les Québécois s’en fichent. Cela nous rappelle néanmoins une chose essentielle: le PLQ n’a fondamentalement qu’une fonction dans notre vie politique, et c’est de maintenir le Québec dans le Canada à tout prix. Sa mission, c’est de mener à terme la normalisation canadienne du peuple québécois et sa dissolution dans le multiculturalisme fédéral. Et avec la colonisation idéologique du PLQ par le PLC, il fait même du zèle pour persuader les Québécois de se voir comme le Canada les voit : c’est-à-dire comme un peuple qui n’en est pas un, sauf si on le présente comme une tribu un peu xénophobe qui ne trouvera sa rédemption qu’en se convertissant au multiculturalisme canadien et au bilinguisme obligatoire. C’est le nouveau visage de l’assimilation.

De quelle manière amener les Québécois, lors des prochaines élections, à ne pas jouer dans le mauvais film que nous prépare le Parti libéral? De quelle manière faire en sorte que l’élection ne nous jette pas dans un monde politique imaginaire où le PLQ dénoncera sans cesse un référendum imminent que le PQ n’a aucunement l’intention de tenir dans les circonstances actuelles? Comment éviter, en quelque sorte, la réédition du scénario de 2014? Comment éviter que les libéraux ne parviennent à occulter le bilan calamiteux d’une quinzaine d’années où ils ont piloté le déclin du Québec? Il n’a pas de réponse simple à cette question, d’autant que la CAQ cherchera à jouer sa propre partition dans tout cela en renvoyant dos à dos le PQ et le PLQ, en expliquant qu’elle seule peut nous dégager d’une politique se définissant principalement autour de l’enjeu référendaire. D’autant qu’il ne faut pas oublier qu’avec ou sans référendum, le PQ demeure effectivement un parti souverainiste.

Une chose est certaine: le PLQ croit tenir dans la dénonciation d’un référendum au cours du prochain siècle clef de sa réélection. En 2018, il ne parlera pas de son bilan, il ne parlera pas de son projet, il prophétisera l’apocalypse si le PQ prend le pouvoir: il se présentera comme le gestionnaire naturel de la province et attirera encore une fois les notables ambitieux. Il faut dire que Philippe Couillard ne s’anime vraiment que lorsqu’il mène la chasse aux séparatistes. On devine que son rêve politique le plus intime, c’est non seulement de vaincre les souverainistes mais d’en débarrasser la vie politique québécoise une fois pour toutes, de les chasser de la scène de l’histoire. La prochaine campagne électorale sera une sale campagne.