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Quel avenir pour Deshaun Watson?

CFP National Championship
AFP

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Une autre brillante performance de Deshaun Watson lors du championnat national universitaire américain fait en sorte que plusieurs amateurs sautent déjà aux conclusions. Les Browns de Cleveland ont enfin leur quart-arrière de franchise! Pas si vite...

Après l’épique duel qui s’est conclu dans la nuit de lundi à mardi par une victoire de 35-31 des Tigers de Clemson aux dépens de la sempiternelle puissance du Crimson Tide de l’Alabama, les esprits s’enflamment. Dans pareil contexte, après une performance aussi inspirante que formidable de Watson aux commandes de l’attaque de Clemson, l’émotion prend souvent le pas sur l’analyse rationnelle.

Et pas seulement chez les amateurs de football! Bien des analystes et même des dépisteurs de la NFL, qui émettaient de nombreuses réserves sur le jeu de Watson dans son ensemble, risquent à partir d’aujourd’hui de le hisser sur un inatteignable piédestal. Les comparaisons fuseront de toutes parts avec les plus grands quarts-arrières athlétiques de l’ère contemporaine.

Tout cela, avant que de quelconques squelettes soient dépoussiérés de son placard ou que d’autres lui cherchent intensément des poux à une semaine ou deux du repêchage de la NFL, à la fin avril. C’est inévitable. C’est l’éternelle vague d’amour-haine qui déferle chaque année sur les prospects les plus scrutés.

Mais revenons-en à Watson, dans le présent. Voilà que lors des deux dernières années, il a charcuté la machine défensive forgée par le gourou Nick Saban en générant à chaque occasion plus de 460 verges d’offensive (même si Clemson a perdu l’an dernier). Doit-on rappeler que la défensive du Crimson Tide est ce qui se rapproche le plus du calibre de la NFL? Qu’à chaque année, les équipes y pigent allègrement lors du repêchage?

Watson a confirmé après le match ce qui s’avérait un secret de Polichinelle, à savoir qu’après trois saisons couronnées de succès à Clemson (fiche de 32-3), il se rendra éligible au repêchage de la NFL. Maintenant, les paris sont ouverts : où aboutira-t-il?

En se fiant sur l’inoubliable duel de lundi soir, Watson semble une valeur sûre pour les Browns au tout premier choix, diront les plus optimistes. Or, sans vouloir gâcher le party, les avis semblent beaucoup plus divisés dans son cas. Sur l’ensemble de son portfolio, Watson est souvent perçu comme un athlète exceptionnel, mais un quart-arrière qui manque trop souvent de précision et de vision du jeu, ce qui a mené durant sa carrière universitaire à des revirements où ses lacunes apparaissaient au grand jour. Il y aura aussi la question qui tue : est-ce que Watson est le produit d’un système qui le fait mieux paraître que ce qu’il est en réalité?

Comment son style quelque peu échevelé dans la pochette se transposera-t-il parmi les hommes, dans la NFL. Le but n’est pas de dénigrer son jeu, loin de là, mais simplement de rappeler que dans l’émotion du moment, certaines données essentielles se perdent.

À l’inverse, il serait justifié que certains clubs s’amourachent du quart-arrière, percevant en lui un gagnant qui ne jette jamais l’éponge avant le dernier sifflet. Trop souvent, l’analyse rigoureuse menée par les dépisteurs fait fi de ce don inné pour le leadership et le désir de vaincre. Tout athlète prétend être animé par cette force, mais combien le démontrent réellement sur le terrain?

Le débat concernant le potentiel de Watson au prochain niveau n’a pas fini de faire rage. Il ne fait que commencer. Il ne faut pas perdre de vue que si pour certains dépisteurs, Watson vient de s’élever parmi les candidats les plus sérieux au sommet du prochain repêchage, d’autres le voient comme un talent intrigant, mais qui ne justifie même pas un choix de première ronde. C’est dire à quel point, au moment d’écrire ces lignes, il ne fait pas l’unanimité malgré ses exploits dans certains grands matchs.

Mais le fait est qu’à chaque année, inévitablement, un coup de foudre survient quelque part. Les équipes de la NFL s’arrachent les quarts-arrières et sont sans relâche à la recherche du nouveau Messie à la position la plus névralgique. La pression des partisans et des médias fait souvent crouler des organisations trop sensibles ou fragiles.

Et plus tôt que tard, une équipe avantageusement positionnée au repêchage flanche pour un quart-arrière dont le potentiel fait saliver, plutôt que pour une valeur sûre à une position moins sexy. Qui ira remettre le fameux carton au commissaire Roger Goodell?

Les Browns qui se cherchent depuis toujours et qui veulent à tout prix sortir de leur marasme? Les 49ers qui repartent à zéro? Les Bears qui mettront fin à l’ère Jay Cutler? Les Jets pour faire bondir le cœur des New-Yorkais? Les Bills toujours en quête de leur prochain Jim Kelly? Et qui d’autre encore?

Watson pourrait potentiellement s’avérer le prochain sauveur d’une franchise désespérée ou encore la promesse brisée d’un avenir meilleur. Toutes les opinions à son égard méritent d’être étudiées avec assiduité et respect, mais pas dans l’émotion d’un grand match. A-t-on déjà oublié la leçon tirée du mémorable duel entre Texas et USC, en 2005, lorsque Vince Young et Matt Leinhart s’étaient élevés au rang de héros? Ce soir-là, oui. Mais il n’en reste aucune trace dans la NFL.

Dans un marché de quarts-arrières, les acheteurs ne manquent jamais. Mais l’offre est trop souvent moins alléchante qu’elle en a l’air.