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Engagez-vous, qu’il dit

Barack Obama a affirmé hier soir à Chicago que l’Amérique était aujourd’hui «meilleure et plus forte».
photo afp Barack Obama a affirmé hier soir à Chicago que l’Amérique était aujourd’hui «meilleure et plus forte».

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Il va falloir amender la fameuse expression anglaise «Rien de certain, sauf les impôts et la mort». On devra y ajouter «... et l’effet des discours de Barack Obama». C’est immanquable, peu importe ce que l’on pense du 44e président des États-Unis: il est articulé, cohérent, inspirant. Ça nous changeait de Bush; ça va nous manquer avec Trump.

Obama a pigé abondamment dans les bons coups de sa présidence et il n’en manque pas: la sortie de la pire récession depuis la Grande Dépression, le redémarrage de l’industrie automobile, la création de quinze millions de nouveaux emplois, une dépendance réduite à l’égard du pétrole étranger, une entente internationale sur le réchauffement climatique, un accord sur le programme nucléaire iranien et Oussama ben Laden, mort et jeté aux requins de l’océan Indien.

Pourtant, ce discours, pour une bonne moitié, s’est révélé beaucoup plus sombre que ce à quoi on nous avait préparés. Évidemment, c’était sous-estimer le président sortant que de croire qu’il allait nous servir un grand «pep-talk»: tout le monde, il est beau; tout le monde, il est gentil.

Il n’y a effectivement rien de beau à nier les changements climatiques ou à fermer les yeux sur ces inégalités qui persistent. Il n’y a rien de gentil à s’enfermer dans son monde, entouré de gens qui nous ressemblent et pensent comme nous.

Tourné vers l’avenir

Sauf qu’à y regarder de plus près, le président sortant s’est bel et bien concentré sur l’avenir, un avenir qu’il entrevoit rempli d’espoir si chaque Américain s’en mêle: «J’ai appris que les changements surviennent seulement quand les gens ordinaires s’impliquent, s’engagent.»

De l’optimisme brut, trempé toutefois d’une dose d’hypocrisie: cette démocratie, il la cède à Donald Trump, un homme qu’il considère, il l’a répété plusieurs fois, comme inapte à servir comme président. Il ne croit pas en l’homme, mais il a foi dans le système: «Dans dix jours, le monde va être témoin d’un aspect central de notre démocratie: le transfert pacifique du pouvoir d’un président élu librement à un autre.»

Ce pays toutefois, malgré les succès que j’évoquais plus tôt, reste empêtré dans des conflits et des injustices que l’Obamaisme n’a pas su régler, au contraire. Le relativement jeune président de 55 ans va quitter le Bureau ovale avec son prix Nobel de la paix sous le bras, sauf que pas une journée de ses deux mandats ne s’est déroulée sans combats.

Quelque 8500 soldats américains campent toujours en Afghanistan; des commandos spéciaux sont actifs en Syrie, en Irak, en Libye et ailleurs en Afrique et ce qui caractérise encore plus franchement la «doctrine Obama», c’est l’utilisation massive et intensive de drones pour mener des bombardements, jour et nuit.

Dix fois plus de tels raids ont été lancés que sous son prédécesseur, un va-t-en-guerre incorrigible, dénonçait-on. Uniquement en 2016, 26 171 bombes ont été larguées sur sept pays: une toutes les vingt minutes.

« Yes we did »

Ce bilan guerrier et tout ce qu’il a accompli, Barack Obama passe tout cela maintenant à Donald Trump. Ce qu’il en fera donne déjà des cauchemars à bien des Américains. Obama, hier soir, les a secoués dans leur sommeil: «Prenez-vous en main et impliquez-vous!» Nous avons pu le faire («Yes we did»); vous pourrez le refaire, même sans moi.