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Le criminel de guerre nazi Alois Brunner est mort dans un cachot à Damas en décembre 2001

Alois Brunner
Photo AFP Alois Brunner

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Bras droit de l’architecte de la Solution finale, Adolf Eichmann, le criminel de guerre nazi Alois Brunner, jugé responsable de l’assassinat de quelque 130 000 juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale, est mort dans un cachot à Damas en décembre 2001, selon une enquête publiée mercredi par la revue XXI.

L’enquête de la revue est basée sur le récit de trois témoins, présentés comme d’anciens membres des services de sécurité syriens en charge de la protection de l’ancien nazi dont un, Abou Yaman, aujourd’hui réfugié en Jordanie, a accepté de s’exprimer sous son véritable nom.

Selon ces témoignages, l’ancien responsable du camp de Drancy, a vécu les dernières années de sa vie enfermé dans un cachot au sous-sol d’une résidence habitée par des civils. À sa mort, en décembre 2001 à l’âge de 89 ans, son corps, lavé selon le rite musulman, a été inhumé «en toute discrétion» au cimetière Al-Affif à Damas.

Resté nazi jusqu’à son dernier souffle, Alois Brunner qui se faisait appeler Abou Hossein, a vécu ses dernières années de façon misérable. «Il était très fatigué, très malade. Il souffrait et criait beaucoup, tout le monde l’entendait», a raconté un des gardes. Pour manger, «il avait droit à une part de soldat, un truc infâme, un oeuf ou une patate, l’un ou l’autre. (...) Il ne pouvait même pas se laver».

Avant cette fin sans gloire, la revue rappelle comment Alois Brunner avait noué un «pacte formel» avec le régime d’Hafez el-Assad (le père de l’actuel président syrien, ndlr) arrivé au pouvoir à Damas en 1970.

«Le deal (entre Brunner et les autorités syriennes), c’était la protection contre le savoir-faire nazi», a affirmé sur France Inter le journaliste Hedi Aouidj, spécialiste du Proche-Orient, qui a mené l’enquête pour XXI.

Haine intacte

Contacté par l’AFP, l’historien israélien Efraïm Zuroff, directeur du Centre Simon-Wiesenthal de Jérusalem, a confirmé que Brunner avait été employé par Damas comme conseiller notamment à propos des techniques de torture.

Le clan Assad a toujours démenti la présence de Brunner en Syrie.

«On est satisfait de savoir qu’il a mal vécu plutôt que mieux vécu», a réagi l’historien Serge Klarsfeld contacté par l’AFP.

L’avocat, dont le père, assassiné à Auschwitz, fut arrêté en septembre 1943 à Nice par un commando dirigé par Alois Brunner, s’était rendu à Damas en 1982 avec sa femme Beate pour y réclamer l’expulsion du chef nazi. En vain.

«Ce que raconte l’enquête de XXI est tout à fait vraisemblable», a estimé M. Klarsfeld qui regrette cependant que l’ancien SS n’ait pas pu être jugé autrement que par contumace à Paris, en mai 1954 puis de nouveau en mars 2001.

«Dans une dictature comme la Syrie, il était inatteignable à partir du moment où le dictateur ne voulait pas se débarrasser de lui», a déploré l’historien.

Sans se prononcer sur la véracité de l’enquête, Efraïm Zuroff a indiqué de son côté qu’il «aimerait croire» que Brunner est mort dans les circonstances décrites dans XXI. «Franchement, personne ne le méritait plus que lui», a-t-il dit.

Réussissant à passer à travers les mailles des Alliés à la fin de la guerre, Alois Brunner avait réussi à quitter l’Allemagne pour l’Égypte en 1953 avec le passeport d’un certain Georg Fischer. Il devient trafiquant d’armes avant de s’installer à Damas en 1954.

«Jusqu’à la fin il a gardé intacte sa haine des juifs, sa foi dans le national-socialisme», a rappelé M. Klarsfeld. «C’est quelqu’un qui haïssait la France autant que les juifs.»

«Les juifs ont mérité de mourir parce qu’ils étaient les agents du démon. Si c’était à refaire, je le referais», avait dit Brunner dans une interview publiée en 1987 par le Chicago Sun-Times.

Blessé dans deux attentats (en 1961 puis en 1981), le criminel de guerre nazi fut pratiquement assigné à résidence dans son appartement dans le quartier des ambassades à Damas à compter de 1989. A la fin des années 1990, Brunner est une nouvelle fois «déménagé», «pour des raisons de sécurité», au sous-sol d’un immeuble dont il ne sortira plus.