/opinion/columnists
Navigation

L’héritage fragile de Barack Obama

Si le bilan d’Obama est positif, il subsiste des zones d’ombre

L’héritage fragile de Barack Obama
photo afp

Coup d'oeil sur cet article

Mardi, Barack Obama prononçait son discours d’adieu à Chicago. Le président sortant peut quitter la tête haute. Sans fausse modestie, il a souligné l’ampleur du chemin parcouru. Le ton était toutefois réservé, car il demeure conscient des limites et de la fragilité de son héritage.

À elle seule, l’élection du premier président afro-américain était un immense gain symbolique pour son pays et l’amélioration de l’image des États-Unis dans le monde en a été – pour un temps – une conséquence directe.

Le simple fait qu’une famille noire ait occupé la Maison-Blanche pendant huit ans avec dignité, sans scandales et en gagnant l’estime des Américains est un succès symbolique non négligeable.

Il faudra attendre le verdict de l’Histoire, mais celui des citoyens a déjà été rendu et il est largement favorable.

Accomplissements majeurs

Les principales réalisations d’Obama sont venues tôt. Dès ses deux premières années, il a remis l’économie américaine sur les rails après la pire récession depuis la Grande Dépression. Il a aussi réussi là où ses prédécesseurs avaient échoué en étendant l’accès à l’assurance-maladie à la quasi-totalité de la population.

Le bilan économique d’Obama comporte des lacunes, dont le maintien des inégalités de revenus. Toutefois, ses politiques ont permis de mettre fin à la crise et de réformer Wall Street pour éviter d’y replonger. Elles ont aussi permis 75 mois consécutifs de croissance de l’emploi privé, une réduction substantielle du chômage et une remontée spectaculaire des bourses.

En assurance-maladie, les républicains ne pourront pas effacer entièrement les acquis de la réforme Obamacare. Le principe selon lequel tous les citoyens devraient avoir accès à une assurance-maladie abordable est désormais incontournable.

Une présidence marquante

Des progrès impressionnants ont marqué les années Obama, notamment en ce qui concerne les droits des homosexuels, le développement des technologies et l’expansion des énergies renouvelables.

En politique étrangère, le bilan est nuancé, mais Obama a quand même mis fin à deux guerres, dont une était une tragique erreur. On lui devra aussi un accord nucléaire crucial avec l’Iran et un rapprochement historique avec Cuba.

Quelques échecs amers

Si le bilan d’Obama est positif, il subsiste des zones d’ombre. D’abord, Obama doit regretter de n’avoir pas su renverser les divisions dans la société américaine.

Même si les tensions raciales sont loin d’être revenues au niveau des années 1960, les progrès ont été au mieux modestes pendant les années Obama. Il en est de même des divisions idéologiques et partisanes, qui ont mené à la désolante campagne de 2016.

Finalement, les succès politiques de Barack Obama n’ont pas aidé son parti. Au contraire, outre sa défaite crève-cœur à l’élection présidentielle, le Parti démocrate a été littéralement décimé à tous les autres niveaux entre 2008 et 2016.

C’est cet échec politique qui rend l’héritage de Barack Obama si fragile et ce dernier n’aura d’autre choix que de contribuer à sa reconstruction s’il souhaite éviter que son successeur en vienne à bout.