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Pas d’éloges pour Stéphane Dion

Pas d’éloges pour Stéphane Dion
Photo d'archives

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Il est d’usage, lorsqu’un homme politique se retire, de faire un bilan à peu près positif de son action, à la manière d’un hommage au service public.

Généralement, on y parvient. Plus rarement, c’est non seulement difficile, mais à peu près impossible.

Nous sommes devant une telle situation avec le départ de Stéphane Dion qui a annoncé mardi qu’il quittait la vie politique, après plus de vingt ans au sein du Parti libéral.

Radical

Dion n’est pas un idiot. Mais il a mis son intelligence au service d’une cause honteuse. Je ne parle pas du fédéralisme canadien, que Dion était en droit de servir. Je parle de l’emprisonnement politique de la nation québécoise.

Vous vous demandez de quoi je parle? Alors laissez-moi jouer à l’historien et vous rafraîchir la mémoire.

Au moment du référendum de 1995, Dion s’est fait connaître publiquement en tant qu’intellectuel du camp du Non.

Il prônait la ligne dure contre les souverainistes.

Cela a plu à Jean Chrétien, qui l’appellera à Ottawa, en 1996, pour mener la contre-attaque contre les souverainistes.

Il les diabolisera en les présentant comme des ennemis de la démocratie. Son objectif: rendre l’indépendance à peu près légalement impossible. Enfermer juridiquement le peuple québécois dans la fédération canadienne.

Ce sera l’objectif de la Loi sur la clarté, la fameuse loi C-20, adoptée en 2000, certainement une des lois les plus odieuses de l’histoire canadienne.

Elle visait à soumettre le peuple québécois à la tutelle de la Chambre des communes en cas de prochain référendum.

Traditionnellement, la règle voulait que les Québécois décident eux-mêmes de leur avenir.

C’est l’Assemblée nationale qui incarne la démocratie québécoise. C’est au peuple québécois à décider s’il fait l’indépendance ou s’il reste dans le Canada. Qu’on vote Oui ou Non, nous n’avons pas à demander la permission à Ottawa.

Dion a changé la règle.

Imaginons un nouveau référendum. Désormais, c’est Ottawa qui décidera si la question est assez claire pour qu’on en respecte la réponse.

C’est Ottawa aussi qui décidera si le taux d’appui à la souveraineté est assez élevé pour être reconnu.

Et tout ça, Ottawa le décidera après le résultat référendaire. On appelle ça une arnaque.

Prison

On devine la suite. Du point de vue d’Ottawa, la question ne sera jamais assez claire et l’appui à la souveraineté assez élevé.

51% pour le Oui? Ottawa en demandera 55%. Le 55% est atteint? Il en demandera 60.

Autrement dit, Dion a créé un cadre juridique permettant au Canada de balayer du revers de la main la démocratie québécoise si jamais le résultat référendaire lui déplaît.

C’est le Canada anglais qui décidera pour nous.

Alors Stéphane Dion aura beau, ensuite, s’être refait une virginité écologiste, son principal héritage, c’est un corset pour son propre peuple, auquel il n’aura pas été fidèle.

Je m’excuse encore pour ce cours d’histoire, mais il y a des choses qui ne se pardonnent pas.