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Un promoteur utilise son OBNL pour avoir des subventions

Selon les organisateurs, les festivals de l'avenue Monkland ont attiré en 2016 entre 160 000 et 200 000 personnes respectivement.
Photo Facebook Selon les organisateurs, les festivals de l'avenue Monkland ont attiré en 2016 entre 160 000 et 200 000 personnes respectivement.

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Des commerçants de l'avenue Monkland déplorent que l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG) ait versé 24 000$ depuis les 3 dernières années à une association qui organise des festivals sur leur rue et dont les administrateurs sont aussi les promoteurs des événements.

L'Association des marchands de la rue Monkland (AMM) a organisé ces dernières années des festivals sur l'avenue commerciale qui porte le même nom.

Cette association n'a pas de site web. Sur arrondissement.com, un des seuls sites où on peut trouver des informations au sujet de l'AMM, le lien devant mener au site web de l'association mène plutôt à la page de Productions Village de Monkland (PVM).

Selon le registre des entreprises, l'AMM et PVM sont détenus et administrés par la même personne : Danny Roseman.

 Danny Roseman est le promoteur qui pilote les festivals de l'avenue Monkland et il est aussi le président de l'association de commerçants au nom de laquelle il reçoit des subventions pour l'organisation des festivals.
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Danny Roseman est le promoteur qui pilote les festivals de l'avenue Monkland et il est aussi le président de l'association de commerçants au nom de laquelle il reçoit des subventions pour l'organisation des festivals.

L'AMM est enregistrée comme étant sans but lucratif et PVM partageait antérieurement le même numéro d'entreprise avec Ciel bleu, la boutique de la conjointe de M. Roseman, Toby Klein.

«Son association ne semble pas être réelle. Il reçoit de l'argent de l'arrondissement pour ces évènements. [...] Tous les marchands dans la rue qui veulent participer doivent le payer. Mais tout cet l’argent va directement à son entreprise Productions Village Monkland», croit Peggy Reagan, propriétaire du Gryphon d'or. Au moins huit autres marchands contactés par le 24 Heures allèguent la même chose.

Pas de membre?

M. Roseman a d'ailleurs confirmé que son association n'a aucun membre. «S'il n'y a aucune adhésion, comment est-ce qu'il pourrait y avoir de membre? C'est une association qui organise uniquement des festivals. C'est tout. Nous ne collectons pas de frais d'adhésion pendant l'année. Les marchands participent sur une base volontaire», a répondu M. Roseman avant de dire que finalement, il ne préférait pas commenter, menaçant de poursuivre le 24 Heures si un article était publié.

Le maire de CDN-NDG, Russel Copeman, semble à l'aise avec le fait que M. Roseman est à la fois promoteur et président de l'association de marchands. Il rappelle qu'une entente a été signée avec l'AMM en août dernier.

«Ils devaient respecter certains critères, comme déposer leurs états financiers et démontrer qu'ils ont utilisé les sommes de l'arrondissement aux fins octroyées.»

Festivals dénoncés

L'été dernier, entre 160 000 et 200 000 personnes ont participé à chaque festival, tenus respectivement en juin et août.

Le 24 Heures a contacté 18 commerçants de l'avenue Monkland et une quinzaine ont dénoncé ces festivals qui «ne les représentent pas». Ils déplorent que l'AMM leur demande une somme pouvant aller de 500$ à 1000$ pour leur participation.

«Ça joue en notre défaveur. Lorsqu'on ne participe pas, on nous met un camion [de cuisine de rue] devant notre commerce», déplore Isabelle Attardi, propriétaire de Photogénie 1.

Productions Village de Monkland partageait avant le même numéro d'entreprise que Ciel Bleu, la boutique de Toby Klein, qui est aussi la femme de Danny Roseman.
Photo 24 Heures, Marie Christine Trottier
Productions Village de Monkland partageait avant le même numéro d'entreprise que Ciel Bleu, la boutique de Toby Klein, qui est aussi la femme de Danny Roseman.

 

Absence de signatures?

L'arrondissement exige au moins l'adhésion d'une cinquantaine de commerces de l'avenue Monkland avant d'autoriser l'organisation de ces festivals. Toutefois, plusieurs commerçants remettent en doute la validité de ces adhésions.

«Aucun de mes employés n'a signé cette liste», se plaint Esther Kim, propriétaire du Café Juicy Lotus. Une signature inconnue est inscrite à côté du nom de son commerce sur cette liste.

La co-propriétaire du Pharmaprix Monkland, Hourig Tarakdjian, était d'ailleurs outrée que l'AMM ait fait signer une de ses employées sans la consulter.

Consultation publique

Une pétition signée par 54 propriétaires de commerces de l'avenue Monkland a été déposée au conseil d'arrondissement en août dernier pour former une nouvelle association de commerçants et ainsi empêcher la tenue de futurs festivals.

Le maire Copeman s'est alors engagé à tenir une consultation publique dès le début 2017 sur le futur des festivals de l'avenue Monkland. M. Roseman a également affirmé au 24 Heures que des changements allaient avoir lieu au début de 2017, sans vouloir préciser de quoi il s'agit.

 

Contributions mal encadrées

En mai 2016, le vérificateur général (VG) de Montréal indiquait dans son rapport que le financement accordé à plusieurs OBNL par certains arrondissements n’est pas suffisamment encadré.

Environ 78% des contributions financières sont octroyées de gré à gré à certains organismes, sans qu’il n’y ait de critères évaluant la pertinence des projets.

Le VG craint donc que cet argent soit accordé de façon subjective. Dans certains cas, du financement a été accordé en fonction des besoins estimés par les organismes sans qu’il n’y ait d’évaluation réelle des besoins de la population.