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Mes nuits feront écho : le temps suspendu

Mes nuits feront écho : le temps suspendu
PHOTO AGENCE QMI, TOMA ICZKOVITS

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Étrange créature cinématographique, le film Mes nuits feront écho regorge de silence, tout en étant axé sur les mots. La réalisatrice Sophie Goyette a porté à bouts de bras ce premier long métrage, voguant entre rêve et réalité.

Dans une des scènes de Mes nuits feront écho, Pablo (Felipe Casanova) et Romes (Gerardo Trejoluna) naviguent à travers un tunnel hypnotique, éclairé de mille lueurs multicolores. Stoïques, le père et le fils se livrent franchement, pour la première fois. Un fantasme bien loin de la triste réalité de leur relation plombée par l’incommunicabilité et les ressentiments.

Ces passages entre les songes et le réel occupent une place centrale dans le film Mes nuits feront écho de Sophie Goyette. Trois personnages s’entrecroisent dans autant de pays, et leur histoire se déploie en quatre langues. On y suit Éliane (Éliane Préfontaine), une jeune montréalaise qui quitte tout pour atterrir au Mexique dans la famille de Romes, où elle donne des leçons de piano. Le film choral se penche ensuite sur l’histoire de Romes et de sa relation avec son père, Pablo, qu’il tentera de rafistoler par un voyage en Chine.

«Ils se rendent au bout au monde, fuient leur quotidien pour se dire des choses qu’ils auraient pu se confier dans leur chambre à coucher. C’est comme s’ils devaient aller ailleurs pour se dévoiler», croit la réalisatrice.

Assise à ses côtés dans un café bondé, la comédienne Éliane Préfontaine l’écoute avec attention. Depuis le court métrage La ronde, paru en 2011 et dans lequel Éliane tenait la tête d’affiche, les deux artistes sont devenues complices, amies. «C’est mon premier vrai gros rôle dans un long métrage, mais je n’avais ni crainte, ni appréhension, parce que c’est Sophie qui me dirigeait», note la comédienne.

D’amour et de paysages

Assis face à la mer, les personnages d’Éliane et de Romes observent l’immensité, qui devient le vecteur d’une conversation longue et profonde. «Ma liberté, c’est d’avoir choisi de faire un film où j’arrête le temps, où je prends mon temps», souligne Sophie Goyette.

Se dévoilant à l’écran comme autant de tableaux, les scènes du film sont empreintes de la beauté sauvage de paysages du Mexique, ou encore du fourmillement des grandes villes asiatiques. «Les lieux choisis par Sophie parlent, eux aussi, et mettent en exergue les sentiments des personnages. Le film réussit à faire écho aux dialogues par les images», détaille Éliane Préfontaine.

Amoureuse, douce et rapprochée, la caméra de Sophie Goyette révèle aussi toute l’affection qu’elle porte pour ses comédiens. «Je ne pourrais pas filmer quelqu’un que je n’aime pas. J’éprouve un amour profond envers mes acteurs pour leur talent et pour ce qu’ils sont humainement, et je les ai choisis avec minutie. Je suis vraiment chanceuse d’avoir Éliane!», dit-elle, avant d’échanger un sourire affectueux avec la comédienne.

Le cœur sur la main

Sophie Goyette a conservé ce souci du détail tout au long de sa production. «Je me suis préparée pendant 1 an pour 17 jours de tournage. Même si un long métrage est plus exigeant et contraignant, j’ai réussi à le faire assez librement», affirme-t-elle.

Cette minutie n’était pas anodine, la réalisatrice ayant dû créer ce film avec des moyens quasi-inexistants. «J’ai aussi fait le montage et la direction artistique, mais c’était par nécessité. Il y a des limites à faire des films avec de telles contraintes budgétaires. J’ai fait un petit miracle que je ne pourrai pas reproduire», lance-t-elle. La cinéaste a même utilisé les prix remportés avec ses courts métrages afin de financer son équipement.

Même si elle dénonce le peu d’argent consacré aux productions alternatives comme les siennes, Sophie Goyette ne paraît pas amère. La cinéaste a déjà les yeux tournés vers Rotterdam, où son long métrage a été sélectionné en compétition. «Je crois que c’est un film qui peut plaire à plusieurs publics, qui réussit à démontrer qu’on est plus unis qu’on le pense. On ressent l’histoire à plusieurs niveaux, à travers plusieurs sens, et elle nous habite de différentes façons», croit-elle.

Le public montréalais pourra quant à lui découvrir cette œuvre intrigante dès aujourd’hui. «C’est un film ouvert, qui a la main sur le cœur, qui apporte de la douceur et de la chaleur, illustre Sophie Goyette avec passion. Soyez patients avec mon film, et il vous le rendra.»

  • Mes nuits feront écho est à l’affiche dès le 13 janvier au cinéma Beaubien.