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Une étudiante au doctorat surnommée «dame caca»

Catherine Girard
Photo courtoisie, Pilipoosie Iqaluk Catherine Girard en bateau sur l’océan Arctique lors d’une visite de la communauté inuite, en 2010.

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Une étudiante au doctorat de l’Université de Montréal a été surnommée «dame caca» par des Inuits depuis qu’elle étudie les bactéries de leur intestin.

«Les gens peuvent trouver ça niaiseux comme surnom, mais je trouve plutôt que c’est une belle marque de confiance. Ce n’est pas facile d’entrer dans l’intimité des gens», souligne Catherine Girard.

La jeune femme de 28 ans se rend régulièrement, depuis 2010, auprès d’une petite communauté inuite de 215 personnes au nord de la baie Resolute, au Nunavut.

La chercheuse s’est d’abord intéressée à la présence de mercure dans les lacs, puis s’est tournée vers l’analyse du microbiome intestinal de la population locale, c’est-à-dire des bactéries qui se trouvent dans l’intestin.

Ses conclusions constituent la première description du microbiome des Inuits.

Mme Girard a collecté les selles des habitants du village afin de les analyser. Les volontaires ont prélevé eux-mêmes leur échantillon, qu'ils ont mis dans un contenant fourni par Mme Girard.

Confiance

«Les gens faisaient une drôle de tête quand on leur disait que l’on voulait leur caca, mais je leur expliquais mon étude et les gens réagissaient bien à mes questions, et étaient très à l'aise d'accepter ou de refuser d'y participer», raconte-t-elle.

Pour mettre les gens en confiance, elle a placardé des affiches expliquant son projet, elle en a parlé à la radio locale et s’est même rendue sur les lieux de diverses activités de la communauté pour se rapprocher d’elle.

«Je n’ai pas voulu gêner les gens ou les mettre mal à l’aise, c’est pourquoi je faisais beaucoup de blagues sur mon projet d’étude. C’est sans doute ce qui m’a valu le surnom de «poop lady» [dame caca]», ajoute-t-elle.

Mme Girard explique que la communauté scientifique se rend de plus en plus compte de l’importance du microbiome chez l’humain.

«Il participerait au développement de notre système immunitaire et aiderait à nous protéger de certains pathogènes», explique Mme Girard.

Les bactéries contenues dans le microbiome intestinal se modifient principalement selon ce que les gens mangent.

Mme Girard a donc voulu savoir si le microbiome des Inuits ressemblait ou non à celui des Montréalais.

Phoque, caribou et baleine

Elle a été surprise de constater qu’il y avait plusieurs similitudes puisque les Inuits consomment de plus en plus de produits que l’on retrouve aussi dans les supermarchés des grands centres.

Les variations s’expliquent par le fait que les Inuits ont également encore une diète traditionnelle constituée de phoque, de caribou ou de baleine, des viandes qui sont absentes de l’alimentation en zone urbaine.

«Ce qu’on a fait est très descriptif, mais une fois que l’on a dressé un portrait du microbiome, on peut [...] voir comment il interagit avec d’autres substances», explique-t-elle.

En effet, la prochaine étape du travail de Mme Girard sera de voir comment le microbiome des Inuits interagit avec le mercure, présent dans les poissons et animaux marins qui font partie de leur alimentation. Une autre chercheuse est également en train de recueillir des échantillons de selles chaque mois afin d’établir un portrait complet, puisque l’alimentation peut varier durant l’année.

Ces recherches pourraient devenir des indicateurs utilisés dans le développement d’interventions en santé publique auprès des Inuits, mais aussi auprès de tous ceux qui consomment fréquemment du poisson, souligne Mme Girard.