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Fabriquer des abrutis

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De temps en temps, quand je sors de ma bibliothèque et que je jette un œil sur ce qui se fait passer pour de la culture populaire, j’ai envie de fuir dans les bois et de devenir ermite.

Non pas parce que je méprise le peuple. Au contraire. Mais parce que je trouve détestables ceux qui, dans le monde des médias et de la communication, le rabaissent en prétendant se coller à ses passions.

Derrière l’abrutissement de la société, il y a aussi les abrutisseurs de société.

Téléréalité

Dernier exemple en date: l’émission Barmaid, qui fait sensation. Je me demande comment on peut conjuguer autant de bêtise et de vulgarité.

Ou encore, à l’émission Beach­­ Club, consacrée au lieu du même nom. On y voit des hommes et des femmes qui semblent globalement abrutis par l’alcool et une musique étourdissante.

Apparemment, cela fait de la bonne télévision. Peut-être. Il est toujours fascinant de voir les hommes et les femmes s’humilier­­ fièrement.

On me dira que de tout temps, l’homme n’a pas trop d’efforts à faire pour se rapprocher de la bête. Vrai.

Et quoi qu’on en dise, la civilisation est un processus fragile. Il suffit finalement de peu de choses pour qu’un être raffiné et sophistiqué se transforme en gueulard postillonnant.

Mais comment ne pas constater que les médias de masse nous offrent un spectacle aliénant, au nom du divertissement et des goûts du public?

On se dit: l’Occident fait pitié.

Médiocrité

Serait-il insensé d’espérer que la télévision tire aussi le commun des mortels un peu vers le haut?

Qu’elle ne flatte pas seulement nos tentations morbides et notre complaisance pour la médiocrité?

Qu’elle accorde une petite place à ceux qui aiment la vie de l’esprit et qui espèrent y trouver autre chose que des crétins en rut et des barmaids presque à poil pour les exciter?