/finance/opinion/columnists
Navigation

La SAQ s’en va-t-en-guerre?

Coup d'oeil sur cet article

Êtes-vous allé dans une SAQ récemment? Les prix de quel­que 1600 vins ont baissé de presque un dollar en moins de trois mois.

Que ça fait bizarre d’écrire ça! «SAQ» et «baisse de prix» dans la même phrase...

«Ce geste répond à une demande exprimée par la clientèle», explique la SAQ. Eh ben! Ça fait des années que les gens s’époumonent à dire que les prix sont trop hauts et soudainement le message passe et vous réagissez?

Permettez-moi d’être sceptique. Quelle est la raison cachée derrière cette générosité soudaine? Pourquoi la SAQ n’a-t-elle pas fait preuve de cette «générosité» au cours des 5, voire 10 dernières années? Les conditions du marché n’étaient-elles pas les mêmes?

Bien sûr, la SAQ perd plusieurs dizaines de millions de dollars par année quand les Québécois vont acheter des bouteilles (12 maximum selon la loi) en Ontario ou ailleurs, où le vin est moins cher. Cela a donc du sens d’essayer de ramener le coût d’une bouteille à celui de la LCBO (le monopole ontarien). On a peut-être aussi fait le calcul qu’en vendant moins cher, on vendra plus de bouteilles.

Mais se pourrait-il que cette stratégie vise à préparer la SAQ à quelque chose de plus gros?

La fin du monopole ?

Est-ce que la SAQ se prépare à affron­ter des concurrents dans un proche avenir? Et si ces baisses de prix étaient une première étape pour se refaire une beauté et devenir plus compétitive?

La question se pose. Et je ne suis pas seul à la poser. L’expert en vin Yves Mailloux, avec qui j’ai discuté, abonde dans le même sens. Pensez-y: le ministre des Finances réfléchit depuis plus d’un an à des scénarios pour mettre fin au monopole de la SAQ. La Commission Robillard a également suggéré au gouvernement de mettre la SAQ en concurrence avec d’autres entreprises.

Est-ce que le gouvernement se prépare à ouvrir le marché?

Et il y a le jugement Leblanc. Au Nouveau-Brunswick, un juge a donné raison à un citoyen, Gérard Comeau, qui contestait une amende pour avoir rapporté du Québec 14 caisses de bière et trois bouteilles de spiritueux. La cause se retrouvera bientôt devant la Cour suprême. Si cette dernière donne raison à M. Comeau, les monopoles d’alcool provinciaux comme la SAQ risquent de tomber comme des dominos.

«Ce qui va être décidé au Nouveau-Brunswick va affecter toutes les autres provinces», me dit Patrick Taillon, spécialiste en droit à l’Université Laval, qui rappelle que le jugement Leblanc peut tout aussi bien être infirmé.

Des citoyens du Québec et d’autres provinces pourront s’appuyer sur ce jugement pour rapporter, eux aussi, des caisses d’alcool provenant d’autres provinces, sans restriction.

Même avec le coût de l’essence, le voyage à Hawkesbury en vaudra la peine!

Négos à venir

Réduire les prix est une chose, mais advenant l’arrivée de concurrents, il faudra aussi réduire les frais d’exploitation, ce que la SAQ a commencé à faire depuis plusieurs mois.

La convention collective des employés se termine le 31 mars et les négociations débuteront d’ici quelques jours. Quelques grincements de dents à prévoir?

À la SAQ, on le répète: ces baisses de prix sont en réponse à une demande des consommateurs. Et comme l’entreprise a de bons résultats ces temps-ci, on peut se le permettre.

Le reste n’est que spéculation pour l’instant. Mais quoi qu’il arrive, la pression augmente sur la SAQ. Et c’est une bonne nouvelle pour les consommateurs.