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Inquiétude et confusion autour de l’abolition des frais accessoires

Des personnes âgées craignent par exemple de ne plus pouvoir passer certains tests chez leur optométriste.
Photo Martin Chevalier Des personnes âgées craignent par exemple de ne plus pouvoir passer certains tests chez leur optométriste.

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La confusion qui perdure à quelques jours de l’abolition des frais accessoires en santé inquiète des associations de personnes âgées et de patients.

«On ne comprend plus rien. On nage dans la grosse confusion», s’exclame Judith Gagnon, présidente de l’Association québécoise des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR).

Actuellement, plusieurs médecins en cabinet chargent des frais supplémentaires à leurs patients pour couvrir certaines dépenses, comme des gouttes oculaires ou de l’azote liquide, par exemple.

Dès le 26 janvier, les médecins n’auront plus le droit de charger ces frais aux patients pour des actes couverts par l'assurance maladie.

Perte de services ?

À l’origine, Mme Gagnon a applaudi cette décision du ministre Gaétan Barrette. Mais à une semaine de son entrée en vigueur, certains craignent que le rêve ne se transforme en cauchemar, les détails de cette réforme n'étant toujours pas réglés.

À défaut de s’entendre sur une façon d'être compensés pour l'abolition, plusieurs associations de médecins spécialistes menacent en effet de cesser d’offrir certains des services visés en cabinet et d’adresser leurs patients aux hôpitaux, où les listes d’attente sont souvent longues.

«Ce sera fini, ou ce ne sera pas fini, les frais accessoires? Est-ce qu’on va perdre des services?» Ces questions, plusieurs aînés inquiets se les posent, selon l’AQDR qui reçoit de nombreux appels de membres depuis le retour des Fêtes.

C’est aussi le cas de Pierre Blain, du Regroupement provincial des comités des usagers, qui a reçu plusieurs appels depuis que l’Institut de physiatrie du Québec a cessé de prendre certains rendez-vous. «Les gens sont très préoccupés et vivent de l’insécurité», observe M. Blain.

Le flou vient notamment du fait que les médecins spécialistes sont toujours en négociations avec le ministre Gaétan Barrette sur la façon dont l’abolition sera concrètement appliquée, ont expliqué plusieurs associations.

Par exemple, une inquiétude qui revient souvent concerne les maladies des yeux, remarque Judith Gagnon. En effet, les optométristes ont l’habitude de diagnostiquer des glaucomes ou des dégénérescences maculaires à des personnes âgées en clinique privée. Or, des examens faits par les optométristes apparaissent dans le tableau des frais accessoires en voie d’être abolis, même s’ils ne sont pas médecins et que ces tests ne sont pas couverts par l’assurance maladie.

«C’est sûrement une erreur, mais personne ne corrige le tableau. Les patients sont confus et vivent de la colère», dit Maryse Nolin de l’Association québécoise des optométristes.

« Stress négatif »

«Ça crée du stress négatif qui peut empirer l’état de santé des personnes vulnérables, pour qui la santé est la priorité, note Judith Gagnon. Quand tu es stressé, tu fais plus de pression, tu dors et manges moins», dit-elle.

«C’est une très bonne réforme, mais le style de gestion autoritaire du Dr Barrette et le manque de préparation poussent les fédérations [de médecins et autres professionnels] à prendre des groupes vulnérables en otage», explique André-Pierre Contandriopoulos, professeur d’administration de la santé à l’Université de Montréal.

Le cabinet du ministre Barrette assure que «les différentes questions soulevées seront abordées avec les associations et fédérations et seront éclaircies d’ici le 26 janvier».

Où en sont les dossiers des frais accessoires ?

En négociation

  • Vasectomie (urologues)
  • Endoscopie (gastroentérologues)
  • Injections en salle fluoroscopique (physiatres)

Bon espoir d’entente

  • Anesthésie générale et sédation consciente (dentistes)

Confusion pour les spécialistes

  • Gouttes oculaires, biométrie de l’œil, échographie de l’œil, rétinophoto, etc. (optométristes)
  • Anticoagulothérapie, bandelettes (pharmaciens)

Sources : Associations des médecins et de professionnels concernés par les frais accessoires