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Elle aide les gens en fin de vie

Une femme de 92 ans cumule plus de 23 ans de bénévolat auprès de personnes âgées en CHSLD

Georgette Secours est surnommée «maman secours» par les aînés auxquels elle consacre sa retraite dans les CHSLD.
photo Pierre-Paul Poulin Georgette Secours est surnommée «maman secours» par les aînés auxquels elle consacre sa retraite dans les CHSLD.

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Tandis que plusieurs Québécois rêvent d’une retraite précoce à l’ombre d’un palmier, Georgette Secours passe pratiquement toutes ses journées depuis 23 ans auprès de personnes âgées malades et en grande perte d’autonomie. Et la femme de 92 ans ne troquerait jamais ses sorties au centre commercial à pousser des aînés en fauteuil roulant contre la chaleur des Tropiques.

«Je veux consacrer ma retraite à ça, le bénévolat. Je n’ai pas de mérite: j’adore ça. Je pense que j’ai une retraite de rêve», lance celle que les aînés surnomment «maman Secours».

Depuis 23 ans, Georgette Secours consacre la majeure partie de ses semaines aux résidents du CHSLD Saint-Vincent-Marie et du Centre d’hébergement de Saint-Laurent, à Montréal. Elle est membre du Centre d’action bénévole et communautaire Saint-Laurent.

«J’ai élevé cinq enfants et j’ai travaillé pendant 21 ans dans un magasin Zellers­­. J’ai eu un ben beau ménage et une ben belle vie. À 59 ans, j’ai pris ma retraite et j’ai eu 12 belles années de bonheur avec mon mari à voyager, faire du ski, etc. On était très heureux», évoque-t-elle.

«Quand il est décédé, je m’ennuyais trop de lui. Il fallait que je voie du monde. Je ne peux pas dire que j’étais en dépression, mais disons que le bénévolat m’a aidée. Et je suis tombée en amour avec ça.»

Une vie modeste

Mme Secours est loin d’être indépendante de fortune. Elle vit de sa «modeste» pension de Zellers et de ses rentes de retraite.

«Je fais quand même une belle vie avec le petit coussin que j’ai amassé avec le temps. Quand j’étais vendeuse, je rêvais à ma retraite pour pouvoir dormir tard le matin. Je sors du lit à 9 h maintenant. J’ai eu ce que je voulais!» dit-elle en riant.

Au moins quatre jours par semaine, la nonagénaire se rend «disponible» pour les personnes âgées qui sont seules. Le bingo et le Scrabble sont parmi ses activités préférées. «Je bouge les pièces du jeu pour les gens qui ne sont pas capables de le faire eux-mêmes», dit-elle.

Elle anime aussi une activité de stimulation sensorielle, où elle fait écouter de la musique zen aux résidents en leur massant les mains.

«Il y a aussi l’aide à l’alimentation pour la clientèle plus lourde. Ou alors j’accompagne les personnes à la messe ou au centre commercial. Toutes les madames des magasins me connaissent, maintenant! Je ne sais pas où je prends mon énergie, mais je ne suis jamais fatiguée», lance-t-elle.

Malgré ce qu’on pourrait croire, Mme Secours ne trouve pas ça «déprimant du tout» de passer la majeure partie de son temps auprès de personnes fortement diminuées ou en fin de vie.

Vivre avec la mort

«Je pense que je suis un cas spécial, mais je suis tout le temps heureuse quand je rentre chez moi. Même les décès, je prends bien ça. Vous savez, quand quelqu’un meurt dans un CHSLD, c’est rarement une mort subite. On est content lorsque les souffrances de quelqu’un s’arrêtent­­.»

Elle avoue toutefois souhaiter ardemment que d’autres personnes suivent son exemple. Pour «maman Secours», le bénévolat est pratiquement la garantie d’une retrai­te réussie.

«Il y a si peu de gens qui veulent faire du bénévolat! J’avoue trouver la société un peu égoïste, parfois. Les gens qui prennent leur retraite dans la cinquantaine et qui sont en bonne santé pourraient s’impliquer. Je dis ça, mais je n’ai même pas réussi à convaincre mes enfants de le faire­­, à part un de mes garçons (rires).»

Un beau cadeau

Certes, elle ne court pas les grands restaurants et elle ne va pas en Floride chaque année. Mais Mme Secours affirme que le bénévolat lui permet d’emmagasiner des moments précieux qu’elle se remémore dans sa solitude, une fois chez elle.

«À la fin des années 1990, j’ai accompagné une dame aux soins palliatifs. Je lui lavais les cheveux et la coiffais. Un jour, elle m’a dit qu’elle approchait de la mort et m’a dit de lui confier quelque chose qu’elle emporterait avec elle à son départ. Je lui ai dit que j’aimerais qu’elle parte avec ma peur de tout et de rien, mon angoisse. La dame m’a longuement serrée dans ses bras. Elle est décédée le lendemain et je n’ai plus jamais eu peur. De quel plus beau cadeau pourrait-on rêver?»

Les deux conseils de Mme Secours

  • «Faites comme moi et faites ce dont vous avez envie. Moi, j’ai toujours pensé que de me lever tard le matin serait une joie dans ma vie. Je ne m’en prive pas depuis que je suis à la retraite. Je me gâte!»
  • «Pensez à faire du bénévolat. Tellement de gens sont si seuls! Et ça apporte beaucoup au cœur, comme activité.»