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Un début de présidence chargé pour Donald Trump

Les promesses du nouveau président sont toutefois encore loin de se matérialiser, estiment des experts

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Photo AFP Cette photo de Donald Trump uniquement entouré d’hommes lors de la signature d’un décret antiavortement dans le Bureau ovale lundi dernier a soulevé de nombreuses critiques dans le monde, notamment de la part d’organisations progressistes et de défense des femmes.

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Signatures à la chaîne de décrets contro­versés et mises en scène «théâtrales»...

La première semaine du nouveau président à la Maison-Blanche a été une sorte de «coup d’éclat permanent», estiment des analystes, qui doutent toutefois que les promesses de Donald Trump puissent devenir réalité un jour.

«On a assisté à une sorte de spectacle, cette semaine, avec les signatures de décrets présidentiels à répétition, dans des mises en scène un peu théâtrales qui visaient avant tout à faire une rupture claire avec l’ère Obama», dit le chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM Maxime Minne.

Décrets symboliques

Donald Trump a multiplié les annonces dès son investiture, le 20 janvier, où il a signé un premier décret contre la loi sur l’assurance maladie «Obamacare».

Il s’est ensuite attaqué à de nombreuses promesses faites lors de la campagne électorale, notamment, la construction d’un mur à la frontière mexicaine, la réouverture du débat sur l’avortement et le retrait des États-Unis du Partenariat transpacifique.

Le politologue de l’Université Concordia Graham Dodds estime toutefois que ces décrets et mémorandums restent pour l’instant symboli­ques, car Trump aura besoin de l’appui plutôt incertain du Congrès pour aller de l’avant dans ces projets.

«Et comme certains mem­bres républicains du Congrès ont paru particulièrement embarrassés récemment par des propos du président, ils seront sans doute réticents à l’appuyer», pense-t-il.

il remplit ses promesses

Maxime Minne croit néanmoins que Trump est resté fidèle à lui-même depuis le début de sa présidence et qu’il remplit pour l’instant sa promesse de ne pas faire de politique à la manière de ses prédécesseurs.

«Il avait dit qu’il pouvait être imprévisible. Pour l’instant, c’est bien le cas. Il sera toutefois intéressant de voir si le soufflé que Trump est en train de nous cuisiner ne finira pas par retomber», ajoute-t-il.

Tollés et décrets en série

Obamacare

  • Vendredi 20 janvier

Donald Trump a signé dès son entrée à la Maison-Blanche, il y a 10 jours, un décret contre la loi sur l’assurance-maladie «Obamacare», qu’il avait promis d’abroger durant sa campagne. Il s’agit d’un décret ordonnant aux diverses agences fédérales de «soulager le poids» de cette loi, réforme la plus emblématique de la présidence de Barack Obama, en atten­dant son abrogation et son remplacement.

Partenariat transpacifique

  • Lundi 23 janvier

Trump a mis fin, par décret, à la participation des États-Unis au traité de libre-échange transpacifique, âprement négocié pendant des années par l’administration Obama.

Vu comme un contrepoids à l’influence grandissante de la Chine, le traité a été signé en 2015 par 12 pays d’Asie-Pacifique représentant 40 % de l’économie mondiale, mais il n’est pas encore entré en vigueur.

«Mais il faut savoir que les États-Unis n’étaient pas encore partie prenante de l’accord puisqu’il n’avait pas été ratifié par le Sénat. Donc Trump voulait surtout nous indiquer qu’il compte tenir sa promesse de rejeter du revers de la main tout accord de libre-échange désavantageux pour le pays», estime le chercheur invité à l’Université de Virginie Vincent Boucher.

Le républicain compte aussi renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain «au moment jugé opportun», a-t-il dit à des journalistes cette semai­ne.

Avortement

  • Lundi 23 janvier

Le président a signé lundi un décret interdisant le financement d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement, s’attirant les condamnations immédiates d’organisations progressistes et de défen­­se des femmes. Le président a pris cette mesu­re au lendemain du 44e anniversaire d’un arrêt emblématique de la Cour suprême qui a légalisé l’avortement en 1973 aux États-Unis, et deux jours après que des millions d’Américaines aient manifesté pour leurs droits à Washington lors de la Marche des femmes. «Pour cela, ce n’est rien de nouveau, depuis la présidence de Ronald Reagan dans les années 1980, les administrations républicaines et démocra­tes se renvoient la balle sur ce dossier. Avec Trump, on revient à une grande trame conservatrice qui reste très présente aux États-Unis», estime Maxime Minne, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM.

Mexique

  • Mercredi 25 janvier

Cinq jours après son entrée en fonction, le nouveau président républicain a signé en grande pompe, mercredi, un décret pour «sécuriser la frontière américaine» avec la construction d’un mur entre les États-Unis et le Mexique, l’une des promesses les plus emblématiques de sa campagne. Donald Trump a par ailleurs de nouveau assuré que le financement de ce mur serait payé par le Mexique, ce que le président mexicain Peña Nieto a rejeté du revers de la main le jour même.

Visite annulée

Le lendemain, M. Nieto a annulé une rencontre prévue à Washington la semai­ne prochaine.

Et quelques heures plus tard, Trump annonçait la mise en place d’une taxe de 20 % sur les produits importés du Mexique pour payer le fameux mur.

«On entre dans une confrontation assez poussée entre deux puissances voisines dès le début de la présidence. Cela n’augure rien de bon pour les rapports diplomatiques à la fois sur le continent, mais aussi à l’échelle internationale», estime le chercheur Maxime Minne.

Terrorisme

  • Vendredi 27 janvier

Un décret signé vendredi par Donald Trump prévoit des contrôles renforcés aux frontières pour stopper l’éventuelle entrée de «terroristes islamiques radicaux».

En vertu du décret intitulé «Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis », les autorités américaines bloqueront momentanément l’arrivée de ressortissants de sept pays musulmans: Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen. Les réfugiés syriens seraient définitivement interdits d’entrée.

Qu’est-ce qu’un décret ?

Les décrets présidentiels sont directement inscrits dans le registre des lois fédérales. C’est une manière pour le président de légiférer rapidement sans passer par le Congrès.

Mais rien n’assure que cette instance acceptera ensuite de débloquer les fonds nécessaires pour la réalisation du projet.

De nombreux décrets n’arrivent donc jamais à se matérialiser. Par exemple, Barack Obama avait signé un décret au lendemain de son investiture, en 2009, pour ordonner la fermeture de la prison militaire de Guantanamo, à Cuba. Et huit ans plus tard, l’endroit est toujours ouvert.

Les mémorandums présidentiels ne sont pas automatiquement inscrits au registre des lois fédérales. Pour ce faire, des procédures supplémentaires sont nécessaires. C’est pourquoi nombre d’entre eux meurent au feuilleton.

Un vice-président actif

Contrairement à nombre de ses prédécesseurs, le nouveau vice-président américain Mike Pence ne devra pas être sous-estimé durant la présidence de Donald Trump, estime le chercheur en sciences politiques Maxime Minne. «Il a beaucoup d’influence, on voit qu’il est déjà très présent avec le président dans les différentes réunions qui ont lieu à la Maison-Blanche et il a beaucoup d’expérience politique, contrairement à Trump», dit-il. Ancien gouverneur et membre du congrès, Mike Pence aura clairement un poids important dans le processus décisionnel du nouveau président, estime M. Minne.