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Des experts craignaient un drame lié à l’extrême droite

Le niveau de risque au pays reste modéré, selon la Sécurité publique

Trois voitures de police surveillaient hier matin le Centre islamique du Québec, à Montréal, dans l'arrondissement Saint-Laurent.
Photo hugo duchaine Trois voitures de police surveillaient hier matin le Centre islamique du Québec, à Montréal, dans l'arrondissement Saint-Laurent.

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Des experts craignaient depuis plusieurs mois qu’un drame comme celui de la mosquée de Sainte-Foy se produise au Québec en raison, notamment, de l’élection de Donald Trump et de la montée des discours d’extrême droite.

«Depuis plusieurs années, je fais partie de ceux qui disent qu’il faut faire attention à la montée de l’extrême droite», avoue tristement David Morin, professeur à l’Université de Sherbrooke et codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent.

Au moment de mettre sous presse, on ne savait rien des motivations qui auraient animé le principal suspect de la tuerie, mais le jeune homme était connu pour ses opinions s’apparentant à l’extrême droite. Cette idéologie est susceptible de mener à des incidents haineux et à des discours racis­tes ou homophobes, entre autres.

Climat propice

«Le climat est très propice. (...) C’est utopique de penser que ça ne nous atteindrait pas», abonde André Gagné, professeur spécialiste des questions sur la radicalisation à l’Université Concordia. Selon lui, le Québec n’est pas imperméable au discours anti-immigration du président américain Donald Trump. Par exemple, pas plus tard que vendredi, M. Trump a signé un décret interdisant l’entrée aux ressortissants de sept pays musulmans, rappelle M. Gagné.

Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence avait d’ailleurs lancé une campagne de sensibilisation dès cet automne, observant une hausse d’appels liés à l’extrême droite, une tendance qui a continué à se confirmer dans les derniers mois, explique le directeur Herman Deparice-Okomba.

Si les experts ont noté une certaine désinhibition des discours xénophobes récemment, ils rappellent aussi que les facteurs favorisant une montée de l’extrême droite ne datent pas de lundi. De façon générale, les crimes haineux sont en hausse au Québec, particulièrement depuis 2012-2013, ce qui correspond au débat entourant la charte des valeurs, rappelle M. Morin.

«Je me disais: j’espère qu’il n’arrivera pas d’incident déplorable», abonde Emmanuel Choquette, professeur à l’Université de Sherbrooke, qui voit des racines qui remontent aux attentats de septembre 2001.

Risque modéré

«Suis-je surpris? Non. Est-ce que ça change tout? Non», nuance David Morin. Car même si le Québec n’est pas à l’abri d’un acte comme celui de lundi, les risques d’attentats restent modérés, estiment les experts.

Le risque est plus faible que chez nos voisins du sud, notamment en raison de l’accès aux armes, explique M. Morin. «La présence de groupes d’extrême droite est très inférieure à ce qui existe aux États-Unis.» Cette idéologie est celle qui est à l’origine du plus grand nombre d’attentats dans l’histoire américaine, souligne-t-il.

D’ailleurs, le niveau de menace terroriste au pays était toujours considéré comme «modéré» lundi, où il se situe depuis 2014, indi­que la Sécurité publique du Canada.

Idéologie populaire hors de Montréal

L’idéologie d’extrême droite est particulièrement présente à l’extérieur de Montréal, ce qui expliquerait qu’il y ait autant d’incidents visant les musulmans, même s’ils y sont moins nombreux.

«Plus on s’éloigne de la région de Montréal, plus on est con­fron­té à la réalité de l’idéologie d’extrême droite», observe Herman Deparice-Okomba, directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence.

Pour André Gagné, professeur à l’Université Concordia, cette tendance s’explique par le fait que les gens craignent ce qu’ils ne comprennent pas. «L’intolérance est l’expression d’une ignorance profonde», affirme-t-il.

Radio

La Grande mosquée de Québec n’était d’ailleurs pas ciblée pour la première fois. Une tête de porc y avait été déposée et une lettre islamophobe distribuée dans ses environs cet été. En 2014, des affiches haineuses avaient été apposées sur trois mosquées de la capitale.

La capitale était-elle un terreau particulièrement fertile en raison de ses animateurs de radio particulièrement virulents à l’endroit de l’immigration? Les experts se montrent prudents.

«Il y a beaucoup de facteurs qui concourent à ce que quelqu’un passe à l’acte. Il n’y a pas de lien de causalité direct. Mais lors­qu’on répète un message polarisant et stigmatisant (à la radio), il ne faut pas s’étonner que quelqu’un finisse par péter les plombs», admet David Morin, de l’Université de Sherbrooke.

L’ex-agent du renseignement Michel Juneau-Katsuya a lui un avis beaucoup plus tranché, n’hésitant pas à avancer sur RDI que «certains animateurs de radio de la région de Québec ont du sang sur les mains.»

Montréal aussi

Outre Québec, le Centre culturel de Sept-Îles a aussi été l’objet d’actes de vandalisme à deux reprises en 2016, avant même d’être ouvert. À Chicoutimi, une mosquée a aussi été l’objet de vandalisme en 2013.

À Montréal, la mosquée Noor Al Islam a été visée par des incendiaires avant Noël dernier. La mosquée Assahaba du controversé Adil Charkaoui avait aussi été vandalisée en 2014.