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Pas d’amalgame?

En 2012, Richard Henry Bain  s’était présenté au Métropolis dans le but de tuer le plus de séparatistes possible.
Photo courtoisie En 2012, Richard Henry Bain s’était présenté au Métropolis dans le but de tuer le plus de séparatistes possible.

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Dans son ensemble, notre classe politique s’est globalement montrée à la hauteur des événements depuis dimanche soir.

Aucun parti ne cherche à récupérer à son avantage l’attentat de Québec.

Le crime est à ce point odieux qu’il réveille par effet de contraste la meilleure part de chacun et le désir de trouver les points communs entre tous les Québécois.

Demain, nous nous querellerons certainement. Aujourd’hui, nous communions.

Amalgame

On ne peut en dire autrement de certaines personnes qui profitent de la tragédie pour pousser leur programme idéologique avec un sans-gêne déconcertant.

On les voit surtout sur les médias sociaux: elles s’appuient sur l’horreur partagée pour dresser la liste des coupables et excitent un désir de lynchage. Elles instrumentalisent grossièrement l’événement.

Un coupable ressort particulièrement: le débat identitaire québécois.

On résumera ainsi l’accusation: de la crise des accommodements raisonnables en 2007 au débat sur la Charte des valeurs en 2013-2014 jusqu’au carnage de Québec en 2017, il y aurait une lente progression dans la haine antimusulmane qui aurait culminé dans un attentat terroriste. Ce dernier serait la conséquence inévitable de ce débat.

C’est une insulte à l’intelligence.

On connaît le mot d’ordre qui vient normalement au lendemain des attentats islamistes: pas d’amalgame.

On nous demande de ne pas mélanger les musulmans et les terroristes islamistes. Cela va de soi et c’est même essentiel.

On peut malheureusement constater que la volonté de ne pas faire d’amalgames se fait trop rare depuis dimanche soir. L’émotion emporte tout sur son passage.

Quand on associe les débats sur les seuils d’immigration, l’intégration des nouveaux arrivants, l’avenir du français, la laïcité ou les accommodements raisonnables à l’attentat de Québec, on commet un impardonnable amalgame.

Un peuple peut se questionner sur son avenir, sur son identité, sur sa culture, sans qu’on l’accuse de couver une tentation terroriste. L’identité n’est pas un gros mot.

L’extrême droite n’est pas la vérité enfouie du peuple québécois qui viendrait de se révéler.

Il y a des limites à la culpabilité par association. Celles de la décence, par exemple.

Évidemment, aucune idéologie n’est à l’abri du fanatisme et certaines y prédisposent plus que d’autres. Un peu d’histoire nous éclairera.

Fanatisme

Au Québec, en 1970, la crise d’Octobre a poussé certains indépendantistes au terrorisme.

Toujours au Québec, en 1984, le caporal Lortie, qui détestait les souverainistes, a voulu liquider le gouvernement Lévesque.

En 2012, c’est Richard Bain qui a voulu tuer le maximum de séparatistes possible dans l’attentat du Métropolis.

Dans les années 1970, l’Europe était par exemple frappée par le terrorisme d’extrême gauche, ancré dans l’anarchisme militant. L’Italie en a beaucoup souffert. Quant à l’Allemagne, elle a été victime de la bande à Baader.

Au Pays Basque, l’ETA a longtemps semé la terreur.

L’islamisme radical, on le sait, pousse aussi au crime depuis plusieurs années déjà.

Faudrait-il, pour autant, condamner en bloc l’indépendantisme, le fédéralisme, l’anarchisme, le nationalisme basque ou l’islam?

Non.

Il faut condamner le fanatisme.