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Trois sites d’injection supervisée à Montréal

Les intervenants du milieu soulagés en pleine crise de surdoses au pays

Injection drogue
Photo Benoît Philie La directrice de Cactus Montréal, Sandhia Vadlamudy, a milité pendant plus de 10 ans pour les sites d’injection supervisée.

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L’ouverture de trois sites d’injection supervisée à Montréal est un énorme soulagement pour les intervenants du milieu qui craignent que la crise des surdoses atteigne la métropole. 
 
«On n’y croyait plus», a déclaré au Journal le directeur général de l’organisme Spectre de rue, Gille Beauregard. «C’est l’aboutissement de près de 15 ans de travail sans relâche.»
 
Le gouvernement fédéral a donné le feu vert lundi à l’implantation de ces centres, qui s’ajouteront à deux autres du genre à Vancouver, les seuls existants au Canada à ce jour. 
 
Les trois sites, qui devraient ouvrir leurs portes au printemps, seront gérés par les organismes Cactus, Dopamine et Spectre de rue. Ils seront situés dans les arrondissements Hochelaga-Maisonneuve et Ville-Marie, où la consommation de drogues injectables est plus répandue.
 
Un autre site mobile devrait aussi recevoir l’aval du fédéral prochainement.
 
M. Beauregard, qui milite pour la mise en place de ces sites dans la métropole depuis 2003, parle d’un énorme pas en avant pour venir en aide à «des gens lourdement hypothéqués». 
 
Crise de surdoses
 
La ministre de la Santé, Jane Philpott, a déclaré par communiqué lundi qu’il s’agissait avant tout de protéger la population, alors que les autorités de santé publique luttent contre une crise de surdoses liées aux opiacées qui sévit au Canada.
 
«Les sites de consommation supervisée, lorsqu’ils sont bien gérés, peuvent sauver des vies sans qu’il y ait d’augmentation de la consommation de drogues ou de la criminalité dans les environs», a-t-elle indiqué. 
 
Le précédent gouvernement conservateur s’était battu pendant des années pour bloquer leur implantation dans les grands centres urbains du pays.
 
Montréal « épargnée »
 
Le maire de Montréal, Denis Coderre, a salué la décision du fédéral. «Si on veut protéger les gens contre eux-mêmes, on a besoin d’avoir ce lien entre un professionnel de santé et la personne qui souffre de toxicomanie», a-t-il dit en conférence de presse lundi après-midi. 
 
La directrice de Cactus Montréal, Sandhia Vadlamudy, estime pour sa part que ces centres arrivent à point. «Jusqu’à présent, Montréal a été épargnée par la crise des opiacés qui frappe l’Ontario, l’Ouest canadien et les États-Unis, mais nous ne sommes pas à l’abri», dit-elle.
 
Le centre d’injection supervisé par Cactus Montréal sera aménagé dans un local de l’arrondissement Ville-Marie, dont l’emplacement n’a toujours pas été dévoilé. Il sera ouvert entre 12 et 14 heures par jour, de soir et de nuit, et il y aura 10 cubicules pour les injections. 
 
Chez Spectre de rue, on parle de 4 cubicules à même les locaux de l’organisme situés sur la rue Ontario dans Ville-Marie. Ils seront accessibles de jour.
 
Le Journal n’a pas été en mesure de joindre l’équipe de Dopamine, dont le centre se situera pour sa part dans Hochelaga-Maisonneuve.

Le processus

Injection drogue
Photo Benoît Philie

Voici comment se déroulera le passage d’un consommateur dans un site d’injection supervisée, selon la directrice générale du centre Cactus Montréal, Sandhia Vadlamudy.

1• Accueil

Le consommateur se présente au centre d’injection supervisé où il apporte sa drogue. 
 
Il est accueilli par un intervenant et fait son inscription dans un registre confidentiel dans lequel il peut utiliser un pseudonyme ou inscrire ses initiales. Le but est de récolter de l’information sur le type de drogue que la personne «pense» consommer. «On n’intervient pas de la même manière en cas de surdose de cocaïne ou de fentanyl par exemple», explique Mme Vadlamudy.

2• Salle d’injection

Le consommateur passe à la salle d’injection, dont l’accès est contrôlé. On lui fournit le matériel stérile nécessaire: seringue, tampons d’alcool, ampoule d’eau stérilisée, petit récipient pour diluer la drogue, condoms. Des infirmières et intervenants psychosociaux sont présents sur place. 

3• L’injection

Le consommateur procède à l’injection par lui-même, assis face à un miroir dans un petit cubicule fermé sur les deux côtés. «Il faut que l’infirmière, assise derrière, puisse garder un contact visuel avec le consommateur, car les signaux physiques sont importants en cas de surdose», explique Mme Vadlamudy. 

4• Lieu de répit

Après l’injection, le consommateur passe à une salle de répit où il peut rester le temps qu’il le veut. Un intervenant psychosocial est sur place ainsi qu’un «pair», une personne qui a déjà consommé au cours de sa vie ou qui consomme encore.

La consommation de drogues injectables à Montréal

43 % des consommateurs de drogue par intraveineuse s’injectent de la cocaïne

39 % s’injectent des médicaments opioïdes

13 % consomment de l’héroïne

18 % des personnes qui s’injectent de la drogue sont infectées par le VIH

25 % d’entre elles ont contracté l’hépatite C

70 : nombre de décès liés à des surdoses chaque année

12 millions $ : budget de Québec pour les centres d'injection supervisée entre 2016 et 2019, incluant les coûts d’aménagement des locaux et le développement du système pour l’inscription des usagers

Source : Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal